ELECTION PRÉSIDENTIELLE EN ALGÉRIE
1er tour : 8 avril – 2ème tour : 22 avril 2004

La tradition en Algérie veut que le président sortant ait derrière lui l'appui de l'administration. L'élection de jeudi prochain comporte un élément nouveau : l'intérêt réel des Algériens. Il y a une attente et une mobilisation citoyenne très fortes. C'est apparemment l'une des surprises de cette fin de campagne.

Malgré son optimisme et sa volonté, le Président Bouteflika est prisonnier d'une séquence historique, celle de l'Algérie triomphante des années soixante-dix lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères. Mais l'Algérie a évolué depuis. Elle ne se gouverne plus comme il y a trente ans. Le temps où l'on amenait les gens en camion pour voter pour le candidat unique est terminé. Une nouvelle génération apparaît. Ce sont tous des enfants du satellite et de la parabole, qui n'ont pas connu les années Boumédienne ou Chadli.

I – LE CONTEXTE ISLAMISTE EN ALGÉRIE

Le scrutin du 8 avril se profile dans un contexte difficile sur tous les plans, économique, politique, sécuritaire. Le terrorisme endémique n'est pas totalement maîtrisé (90 morts par mois en 2003).

En dix ans, le PIB par habitant a été divisé par deux, 6 millions d'Algériens vivent en dessous du seuil de pauvreté, 30 % de la population active est au chômage. Le décalage se creuse entre une Algérie moyenne rurale et urbaine et les privilégiés. S'y ajoute la ruine des petits porteurs dans la faillite de la Khalifa-Bank.

Traditionnellement, l'armée gère le jeu institutionnel et influence les processus électoraux. Cette fois, en proclamant sa neutralité et en refusant d'adouber un candidat, elle met en évidence la fragilité du jeu politique.

Certes, le président-candidat dispose d'atouts : son emprise sur l'administration locale. Par contre, son bilan est mitigé. Certains parlent de catastrophe, d'autres sont plus indulgents, mais sur le fond : chômage, tremblements de terre, grèves des enseignants, situation en Kabylie, manipulation des médias, éclatement du FLN, semblent avoir fait l'unanimité contre lui. L'opposition politique est divisée et affaiblie. Le parti islamiste Al-Islah pourrait devenir un concurrent pour le président, mais aux dernières nouvelles, il ne représenterait guère plus de 20 % de l'électorat, ce qui ne signifie d'ailleurs pas que les Islamistes en soient réduits à ce chiffre. Le parti d'Abdallah Djaballah peut être considéré comme la première composante islamiste. Ce parti prétend jouer un rôle important dans les processus de réhabilitation de la société (structuration du tissu social). La neutralité de l'armée s'expliquerait par un souci de cette institution de restaurer une légitimité ébranlée par l'interruption du processus électoral en 1992 et les accusations de massacres collectifs.

II – LA RÉALITÉ ÉLECTORALE

Depuis le mois de février le renforcement des positions du Président Bouteflika, caractérisé par de nombreux ralliements dont le Hamas et le Syndicat UGTA, permet de penser que sa réélection sera probable.

Toutefois, un élément d'incertitude est apparu, fondé sur l'animosité personnelle du Chef d'Etat major des Armées, le Général Mohamed Lamari, envers le Chef de l'Etat. Certains dirigeants militaires seraient en train de soutenir plus vigoureusement M. Ali Benflis, un Berbère originaire des Aurès, dans l'est du pays. L'ouest est au contraire le bastion du président sortant.

Avec le temps, la campagne s'est durcie. Selon M. Benflis : "Il faut en finir avec le système. Nous avons besoin de gens intègres. Ne vous soumettez pas au prince du moment. Votez en masse et surveillez les urnes".

Le processus électoral est le plus démocratique qu'ait connu l'Algérie depuis 1991 : la grande majorité de la population aspire à la tranquillité après une décennie de troubles graves.

Bouteflika comme Benflis, son ancien premier ministre, semblent convaincus de l'emporter et n'envisagent leur défaite qu'en cas de fraude massive au profit de l'adversaire. La question des rapports entre l'institution militaire et le pouvoir présidentiel restera l'enjeu central de l'après élection.

Le Président Bouteflika a, pour sa part, indiqué que s'il était réélu il souhaitait engager une révision de la Constitution afin de donner un caractère plus présidentiel au régime. Un conflit larvé entre l'institution militaire et le pouvoir civil constituerait un scénario dangereux.

Pour nous Français, la situation de ce pays, riche en habitants, en pétrole et en gaz, doit être suivie avec attention.


LE NIGERIA ET SES PROBLEMES
janvier 2004

Le Nigeria dispose d'une superficie de presque deux fois la France. Le pays a un poids considérable en Afrique de l'Ouest. C'est un géant démographique.

Colonie britannique depuis 1861, le Nigeria a obtenu son indépendance en 1960. C'est l'un des grands pays pétroliers de l'Afrique. En 1967, l'ancienne région de l'ouest se proclama République indépendante du Biafra, d'où une guerre civile qui durera jusqu'en 1970. Le Nigeria a connu de nombreuses dictatures militaires. Sous l'autorité du Président Obasanjo, un ancien général, il connaît un "régime démocratique", dont on se demande s'il est durable.

I – DE MULTIPLES PROBLEMES

Le Nigeria forme une mosaïque de peuples, avec plus de 250 groupes ethniques, possédant chacun sa langue et son mode de vie. Parmi les principaux : Ogbo, Yoruba et Hausa, représentant la moitié des habitants. La population, en 2003, atteint 134 millions de personnes. Elle devrait dépasser les 200 millions en 2025. L'indice de fécondité est encore de 5,8 enfants par femme.

La division ethnique, l'instabilité politique, parfois même l'état de guerre larvé, la corruption des élites, la lutte pour le contrôle des matières premières désorganisent les budgets et les infrastructures. L'indice de développement humain place le Nigeria en 152ème position sur 175. Tous les pays qui le suivent dans le classement sont des pays africains, au Sud du Sahara.

II – LE PÉTROLE EST-IL UNE MALÉDICTION ?

La part du pétrole africain vendu aux Etats-Unis devrait atteindre 25 % en proportion ne sera pas très éloignée de celle du 2005. Cette Moyenle Gabon, la Guinée Équatoriale, São -Orient. Avec l'Angola, Tome, le Cameroun, et plus récemment le Tchad et le Soudan, le Nigeria est devenu un acteur important de l'énergie mondiale.

Pour le Président du Nigeria, "le pétrole et le gaz" aveuglent les pays de la région. Beaucoup de pays pétroliers n'ont pas trouvé les moyens de transformer le pétrole en prospérité pour leur population. L'influence du pétrole tend à réduire les secteurs agricoles, les mines et même le tourisme. Il y a, bien entendu, des exceptions, en Norvège et aux Etats-Unis où le pétrole accompagne le développement général. Le contre exemple est celui de l'Angola où la corruption s'étend.

III – L'IMPORTANCE DE LA DIVISION NORD-SUD en AFRIQUE DE L'OUEST

Le Nigeria devient rapidement deux Etats. Le Sud correspond au pays chrétien et aux ressources pétrolières abondantes. Le Nord, musulman, applique la "Sharia" (loi islamique). Cette division nord-sud se retrouve dans d'autres pays, comme le Ghana et le Bénin. La même ligne de fracture apparaît en Côte d'Ivoire, longtemps considérée comme un modèle de prospérité et de tolérance.

A travers l'Ouest africain, on peut distinguer des moteurs économiques au sud et les rigueurs de la Savane au nord. C'est dans les régions les plus déshéritées que le Pakistan, l'Arabie Saoudite et la Libye envoient leurs émissaires. L'Afrique de l'Ouest n'est pas une cause perdue. Le Ghana et d'autres pays constituent de bons exemples. Pour enrayer les spirales de violence, il faut davantage de considération et d'intérêt de la part de la communauté internationale.


L'AVENIR DE L'AFRIQUE AU SUD DU SAHARA
Janvier 2004

Dans une époque de prospérité globale, 40 % des 600 millions d'Africains qui vivent au Sud du Sahara ont moins d'un dollar, par jour, pour leur existence. Un tiers des 53 Etats se trouve affecté par un conflit. Les propos sur le continent sont pessimistes. On parle d'un espace sans espoir. Un livre récent de Stephen Smith a pour titre : "Négrologie – Pourquoi l'Afrique meurt".

Durant la guerre froide, le continent noir était soutenu par les deux blocs antagonistes. Maintenant il apparaît ravagé par des conflits : Près de trois millions de morts depuis 1998.

Si l'Afrique est loin derrière les autres continents, on note cependant des indices d'explication et de changement.

I – DES ÉLÉMENTS POUR COMPRENDRE

- L'aide du Plan Marshall, après la seconde guerre mondiale, a représenté 2,5 % du PNB de pays comme la France ou l'Allemagne. En Afrique, on estime que l'aide, en 1996, a représenté jusqu'à 16 % du PNB et, plus encore dans certains pays, comme le Rwanda et le Mozambique. L'une des grandes déceptions de notre époque a été de constater que l'aide étrangère  n'améliorait pas sensiblement les situations.

- Deuxième observation : l'Afrique constitue un continent hétérogène. Quelques pays ont réussi, par exemple le Botswana et l'Ile Maurice. D'autres ont eu des résultats particulièrement mauvais : le Liberia, le Sierra Leone et la Somalie.

Enfin, si l'Afrique connaît globalement tant de difficultés, elle le doit aux résultats de grands pays : la République démocratique du Congo, l'Ethiopie et le Nigeria, pays les plus peuplés. Les plus performants paraissent être la Tunisie, l'Afrique du Sud, le Maroc et l'Algérie (dont trois sont des pays d'Afrique du Nord). Les moins favorisés sont le Tchad, le Niger, le Burundi, la République du Centrafrique et le Mali.

II – LA RÉPONSE DE L'OCCIDENT A LA CRISE DE L'AFRIQUE

L'Afrique ne représente que 1 % du produit mondial brut, alors que les pays au Sud du Sahara disposent de 11 % de la population globale. Il serait faux de penser que le continent est particulièrement pauvre. Il fournit 11 % du pétrole aux Etats-Unis. Le Nigeria en est le 5ème fournisseur. Malgré ses richesses, l'état de l'Afrique est une cicatrice sur la conscience du monde.

Le continent ne laisse pas indifférent. 13 % de la population américaine considèrent que leurs ancêtres sont d'origine africaine. En 2050, l'Afrique pourrait représenter 22 % de la population mondiale, contre 9 % en 1950. Les organisations non gouvernementales sont de plus en plus nombreuses à se dévouer à la cause africaine. L'afro-pessimisme ne manque pas d'argument puisqu'on estime que 120 millions d'enfants sont orphelins.

Les Etats-Unis font porter leurs efforts sur quatre Etats : l'Ethiopie, le Kenya, le Niger et l'Afrique du Sud. La France, elle, est surtout orientée vers le Sénégal, la Côte d'Ivoire et le Cameroun. Les difficultés restent présentes. Au Nigeria, la fracture nord-sud est à la base des principaux problèmes et cette division se retrouve également en Côte d'Ivoire.

Point positif sur la nécessité d'aider l'Afrique : on constate un accord de principe entre Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Japon, Pays Nordiques, etc …

III – LA POSITION PARTICULIERE DE L'AFRIQUE DU SUD

L'Afrique du Sud génère 45 % du produit national des pays au sud du Sahara. Elle bénéficie de l'aura exceptionnelle de Nelson Mandela et, depuis 1990, de Thabo Mbeki. Le pays fait figure d'une zone développée et bénéficie d'une forte personnalité. Il n'hésite pas à s'opposer à certaines positions des grands pays, notamment au Moyen-Orient et sur le problème du Zimbabwe.

Ceci s'explique par le combat mené contre l'apartheid et le colonialisme. Bien que la communauté musulmane ne représente que 2 % des 42 millions d'habitants d'Afrique du Sud, son influence est défendue par le pouvoir. Pretoria cherche une politique d'équilibre entre les Etats-Unis et le reste de l'Afrique.

IV – UNE VISION DE l'AVENIR

Deux évènements permettent d'espérer un futur meilleur : la création du partenariat pour le développement de l'Afrique, en 2001 (NEPAD) et la naissance de l'Union africaine, en 2002.  Il ne s'agit plus d'initiatives étrangères, mais des responsables africains, eux-mêmes, soucieux des grands problèmes du continent : paix, sécurité, démocratie, bonne gouvernance, investissements, etc… Il est prévu que les Africains porteront des jugements critiques sur les régimes et sur l'évolution de la démocratie. Parmi les pays fondateurs, se trouvent l'Algérie, l'Egypte, le Nigeria, le Sénégal et l'Afrique du Sud.

Depuis la création du NEPAD, on constate des accords de paix, notamment en Afrique Centrale et au Soudan. Ce qui sera surtout recherché sera l'accès aux marchés des pays développés. L'ouverture du commerce pourrait permettre à l'agriculture africaine d'améliorer son développement (exemple : le problème du coton au Mali).

Certains se demandent si pour rétablir la paix en Afrique, il ne faudrait pas modifier les frontières définies par la colonisation pour tenter de résoudre notamment les problèmes des Tutsis et des Hutus, après le génocide au Rwanda, en 1994.

La situation de l'Afrique est sérieuse. Elle n'est pas désespérée et elle demande des efforts des Africains et du monde entier.


L'EFFONDREMENT ECONOMIQUE DU ZIMBABWE
Mai 2003

Ancienne colonie britannique de Rhodésie du Sud (de 1923 à 1965) puis République de Rhodésie dominée par un coup de force de la minorité blanche (régime de Ian Smith), le Zimbabwe a accédé à l’indépendance le 18 avril 1980. Depuis, Robert Mugabe et son parti ZANU-PF dirigent sans partage le pays.

Autrefois grenier de l’Afrique australe et considéré il y a peu comme le fer de lance du continent africain, le Zimbabwe voit son économie s’effondrer. Il vient de subir en trois ans une récession cumulée de près de 20%. Le pays paye très cher les erreurs qui se sont enchaînées ces dernières années.

I – Un régime contesté

A – Atteintes aux libertés.

Depuis plus de vingt ans, Robert Mugabe jouit du soutien du Politburo du ZANU-PF et de l’armée, et ses partisans dominent le pouvoir judiciaire. Cette situation s’explique par la suppression de toute tentative d’opposition : nouvelles lois restrictives sur l’information et la sécurité renforçant les pouvoirs de police et proscrivant les réunions publiques, harcèlement du parti d’opposition et de la société civile, arrestation de syndicalistes. Le seul parti d’opposition, le MDC (Mouvement pour la démocratie et le changement), a vu ses militants agressés ou enlevés, son candidat Morgan Tsvangirai accusé d’un complot contre le chef de l’Etat (son procès pour trahison a débuté le 3 février dernier).

Le Président Mugabe a été réélu le 11 mars 2002. Il a remporté le scrutin par 56,2% des voix contre 42% pour le MDC, selon les résultats officiels. Mais la campagne et le scrutin ont été marqués par de graves irrégularités. Les observateurs de l’Union européenne ont été expulsés, seuls les délégués de l’OUA (Organisation de l’unité africaine), du Commonwealth et de la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) étant admis. Outre les violences et intimidations commises, 30 % des bureaux de vote situés dans les zones où dominait le MDC ont été supprimés, rendant impossible le bon déroulement du scrutin dans les délais.

B – Réaction de la communauté internationale.

Suite aux violences commises lors des élections, le Zimbabwe a été exclu des réunions du Commonwealth. Le pays a vu ses relations avec l’Union européenne et les bailleurs de fonds se dégrader. L’UE a ainsi imposé des sanctions ciblées, telles que le gel des avoirs, l’interdiction de déplacement sur le territoire européen, un embargo sur les armes, la révision de l’aide européenne.

La Grande-Bretagne, ancienne puissance coloniale qui possède d’importants intérêts humains (32 000 ressortissants) et économiques au Zimbabwe, est le moteur de la politique de sanction et d’isolement menée par l’UE. La France souhaiterait privilégier le dialogue politique. Les pressions exercées sur le chef de l’Etat, loin d’ébranler sa détermination, ne font, semble-t-il, que le convaincre de la justesse de son combat : la lutte contre l’impérialisme occidental pour une « décolonisation totale » du Zimbabwe.

Le Président Mugabe tente de réduire son isolement en diversifiant ses relations vers l’Asie (le Japon, son premier bailleur de fonds, la Chine, la Malaisie) ou vers le Moyen-Orient (notamment la Libye). Il entretient surtout de bonnes relations avec les Etats membres de la SADC, souhaitant favoriser une intégration régionale indépendante de la tutelle de l’Afrique du sud dont l’hégémonie l’inquiète.

Robert Mugabe a d’ailleurs reçu le soutien des principaux pays d’Afrique lors des élections présidentielles. Ces élections ont une fois de plus mis en relief le fossé qui se creuse entre les Occidentaux et les Africains. Pour ces derniers, le véritable crime que l’on impute à Mugabe est d’avoir décrété l’occupation des terres appartenant à des fermiers blancs, pour les « restituer » aux nationaux…

II – Une mauvaise gestion économique

A – Une forte dégradation depuis cinq ans.

Après une politique d’essor économique et social, le pays est apparu fortement endetté au début des années 1990. Les dépenses se sont accumulées : argent versé en cadeau aux anciens combattants de la guerre d’indépendance, dépenses non chiffrées pour venir en aide au Président Kabila dans la guerre de la République du Congo. Le Zimbabwe dut souscrire à la politique d’ajustement structurel du FMI mais le climat de corruption et de mauvaise gestion acheva de faire sombrer le pays dans une grave crise économique : inflation atteignant 175,5% en décembre 2002, disparition des devises étrangères, pénuries de carburants et d’alimentation, taux de chômage de plus de 60% en mai 2002. Selon le Programme alimentaire mondial, les trois-quarts de la population vivraient au dessous du seuil de pauvreté. Les aléas climatiques ne sont pas les seuls responsables de la crise alimentaire qui sévit actuellement : la récente réforme agraire a complètement déstructuré l’agriculture.

B – La réforme agraire.

Au début des années 1990, le Président Mugabe et son parti ont voulu enrayer le mécontentement croissant de la population (premières émeutes de la faim). Ainsi a été décidée la « redistribution » des terres. Cet événement trouve son origine dans le passé colonial du pays :

Au moment de l’indépendance, en 1980, 6000 fermiers blancs possédaient 15,5 millions d’hectares, dont 45% des terres les plus productives. Des accords prévoyaient une redistribution dont les bénéficiaires devaient être les noirs en manque de terres cultivables. Mais le Président Mugabe, entendant que Londres, de par sa « responsabilité historique », finance l’opération, la répartition ne connut pas d’avancées significatives.

Alors que la situation économique du pays était déjà très dégradée, le Président Mugabe fit adopter par le Parlement, en avril 2000, un amendement constitutionnel qui autorisait l’expropriation sans compensation de 3270 grandes exploitations. Le Président Mugabe encouragea ensuite un mouvement d’occupations illégales de 1700 propriétés. Une période d’extrême confusion a suivi (destruction de biens et violences physiques).

Les lots les plus rentables ont été offerts à des cadres ou fonctionnaires proches du régime, pendant que des milliers de petits paysans ont hérité de lopins arides, dépourvus d’eau, de semences ou de matériel agricole. L’objectif du Président Mugabe de redistribuer plus de 10 millions d’hectares a été atteint mais cette redistribution ne s’est accompagnée d’aucune mesure de soutien ou de formation pour les petits fermiers noirs. Ceux-ci n’ont plus accès aux intrants compte tenu de la hausse des prix. Les conséquences de cette réforme mal menée ont été l’effondrement de la production de céréales et du tabac, l’expulsion d’environ 230 000 travailleurs noirs et le départ de la plupart des fermiers blancs.

Conclusion

Le pays traverse une période de grave crise alimentaire car aux erreurs politiques sont venus s’ajouter les dommages de la sécheresse. La production céréalière (pour l’essentiel du maïs) a chuté de 57% par rapport à la faible récolte de 2000/2001. La crise exacerbe également l’impact de la pandémie du SIDA, dans un pays où 34% des adultes sont atteints par le virus.

Seuls une politique de rigueur, la levée des contrôles sur les changes et les mouvements des capitaux, la mise en œuvre d’une aide aux nouveaux fermiers noirs et le renforcement de la gouvernance économique pourraient inverser le déclin. Une mission de consultation du FMI en mars 2003 a conclu que le pays s’enfonce dans la crise et que la récession continuera en 2003.

Quant aux pays de la région, ils redoutent pour eux-mêmes la contagion de la réforme agraire;


LA SITUATION INTÉRIEURE MAROCAINE

Mai 2003

 Le Maroc s'étend sur 710.000 km2, (si l'on tient compte du Sahara occidental). Il a environ 30 millions d'habitants, sa croissance démographique reste élevée : + 1,6 % en 2002, et il devrait compter 39 millions d'habitants vers 2025. 45 % de la population est berbérophone.

 Le PIB du pays s'élève à 40 milliards de dollars ce qui, par habitant, donne un chiffre de 1.361 dollars en 2002.

 Plus de 5 millions de personnes vivent dans des conditions précaires et le taux de chômage serait supérieur à 12 %. Il atteint surtout les jeunes.

 Le Maroc réalise près de 60 % de ses échanges commerciaux avec les pays de l'Union européenne, principalement la France, suivie de l'Espagne.

 40 % des Marocains sont francophones. Si la Communauté française au Maroc comprend 25.000 personnes, la communauté marocaine en France s'élève à 800.000 personnes.

 I - MOHAMED VI A MARQUÉ LE PAYS DE SON EMPREINTE AVEC LES ELECTIONS LEGISLATIVES DE SEPTEMBRE 2002

 La succession dynastique, intervenue le 23 juillet 1999, s'est faite sans difficulté, montrant l'existence d'un consensus au Maroc autour de l'institution monarchique.

 Les espaces de liberté se sont élargis et l'emprise de l'appareil sécuritaire a été desserrée grâce à la volonté du roi.

 Les élections législatives marocaines du 27 septembre 2002 se sont déroulées dans le calme. A noter cependant, un faible taux de participation de 51,61 % contre 58,3 % en 1997.

 L'Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) est arrivée en tête, remportant 50 sièges, suivie du Parti de l'Istiqlal : 48 sièges. Le Parti islamiste "Justice et Développement" (PJD) a obtenu 42 sièges. Il n'en comptait que 14 dans le Parlement sortant. Il apparaît donc comme l'un des grands gagnants du scrutin en devenant la troisième force politique. Les principaux responsables du PJD ont tous été élus et les Islamistes ont réalisé un raz de marée dans les grandes agglomérations. Parti proche du pouvoir, le PJD ne constitue pas aujourd'hui une menace pour le royaume, puisqu'il accepte les règles du jeu politique. Il ne faudrait pas cependant idéaliser cette situation car les Islamistes marocains s'en prennent parfois à la culture française. Nos instituts culturels sont accusés de "diffuser les valeurs de la décadence morale par le biais de leur enseignement et de leur programmation".

 Le roi reste l'arbitre du jeu politique. Mohamed VI marque définitivement le pays en choisissant son premier ministre. Le "Makhzen", terme générique désignant le système monarchique, continue donc de contrôler le champ politique. L'état de grâce royal a aussi ses limites : les attentes de la population demeurent fortes dans le domaine économique et social. Plusieurs réformes ont été mises en œuvre, notamment dans les domaines de la justice et du terrorisme.

 II - LE CHAMP POLITIQUE MAROCAIN : EMPRISE DU "MAKHZEN", INTÉGRATION DE TOUTES LES FORCES POLITIQUES ET L'INCONNUE ISLAMISTE

 Le 7 novembre 2002, un nouveau gouvernement a été nommé, comprenant trois femmes. Il a, en partie, déçu l'opinion publique. Le Parti Islamiste (PJD) occupe le devant de la scène en apparaissant comme la seule grande force d'opposition.

 La mouvance islamique au Maroc se compose principalement de deux formations distinctes. Les Islamistes du PJD, créé le 4 octobre 1998, sont reconnus par le régime. Ils participent au gouvernement, contrairement au mouvement de Cheikh Yassine ("Justice et Bienfaisance"), qui n'est pas reconnu mais toléré. Il constitue la seule véritable force sur l'échiquier, susceptible de s'opposer au "Makhzen". Les autorités travailleraient sur un schéma éventuel d'intégration des Islamistes de la mouvance de Cheikh Yassine dans le jeu politique, mais l'opération est difficile parce que cette organisation souhaite l'abolition de la monarchie.

 Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, la situation est suivie avec beaucoup d'attention au Maroc.

 Plusieurs affaires démontrent qu'un Islamisme salafiste a pris pied au Maroc et pourrait se réclamer de Ben Laden. Avec l'aide des services américains, une cellule d'Al-Qaïda a été démantelée en juin 2002. En attendant, les Islamistes s'imposent comme l'élément le plus actif de la vie politique. Le PJD travaille dans l'optique des élections communales reportées à septembre 2003.

 La vie politique se caractérise par une  très grande fragmentation. 22 partis sont, en effet, représentés à la Chambre.

 Le Maroc demeure le premier pays aidé par la France dans le monde, bénéficiant d'une aide publique française estimée à 194 millions d'euros en 2002.

 Notre pays maintient un poids prépondérant dans les échanges et les financements extérieurs du pays. Nous continuons à être le premier partenaire commercial et le premier investisseur étranger.

 La Cinquième Rencontre des Chefs de Gouvernement se tiendra le lundi 16 juin prochain au Maroc et il est prévu une visite du Président de la République au mois d'octobre 2003.

 NB : Cet article a été rédigé avant les attentats du 17 mai.


LYBIE ELUE A LA PRESIDENCE
DE LA COMMISSION DES DROITS DE L'HOMME DE L'O.N.U.
Février 2003

 Le 20 janvier dernier, la Libye a été élue pour un an à la présidence de la Commission des droits de l’homme de l’ONU. Comment un tel choix a-t-il pu se faire ?

 Chaque année, la présidence tournante est assurée par l’un des cinq groupes géographiques qui composent la Commission. Pour 2003, c’était au tour des pays africains d’avoir un président. Ils se sont prononcés en faveur de la candidature libyenne. Contrairement à la tradition selon laquelle le président des travaux de la Commission est désigné par acclamation, il a été procédé à un vote à bulletins secrets. Outrés par la candidature libyenne, les Américains ont obtenu cette modification de la procédure mais le résultat n’en a pas été modifié. Mme Najat Al-Hajjaji, ambassadeur le Libye auprès des Nations-Unies, a ainsi été élue par 33 voix sur 53. Des positions défendues par les uns et les autres avant le vote, on peut reconstituer ce qu’a été le scrutin : les pays représentant le « Sud » dont Cuba, le Soudan et l’Algérie, ont voté pour la Libye ; les sept pays représentant l’Union européenne, dont la France, se sont abstenus ; les États-Unis, le Canada et le Guatemala ont voté contre.

 Le choix de la candidature libyenne a été très critiqué par les États-Unis et par plusieurs ONG de défense des droits de l’homme, en raison des abus commis dans ce pays. Le régime du colonel Kadhafi est notamment accusé d’avoir commandité plusieurs attentats terroristes dont celui de décembre 1988 contre un Boeing de la PanAm au-dessus du village écossais de Lockerbie. 270 personnes avaient alors trouvé la mort. La Libye a aussi été mise en cause dans l’attentat contre un DC-10 d’UTA au dessus du désert du Ténéré, au Niger, en 1989.

 Le passé et les zones encore obscures de sa politique font que la société libyenne n’apparaît pas particulièrement comme une référence en matière de droits de l’homme. Ce qui vient de se produire est choquant :

- en ce qui concerne la Libye, qui obtient un satisfecit ;

- en ce qui concerne les Nations-Unies, dont le fonctionnement se trouve décrédibilisé ;

- en ce qui nous concerne, poussés à l’abstention pour ne pas heurter de front le « bloc du Sud ».

L’événement s’inscrit dans une suite logique : la Libye a profondément changé d’orientation ces dernières années. Aussi est-il utile d’étudier ce qu’a été le pays et ce qu’il est devenu aujourd’hui.

I – Kadhafi et le Livre vert

Anciennement colonie italienne, la Libye est indépendante depuis 1951. La Libye ne sortit de la misère qu’à partir de la découverte de pétrole dans son sol, en 1958. Les revenus du pays furent multipliés par 20 entre 1962 et 1969. Mais cette manne pétrolière mal contrôlée entraîna la hausse des prix et la naissance de bidonvilles. Le mécontentement populaire grandit. Le 1er septembre 1969, alors que le roi était parti en cure en Turquie, un petit groupe d’officiers dirigés par le Colonel Kadhafi, alors âgé de 27 ans, s’empara du pouvoir.

Moammar Kadhafi, inspiré par les thèses socialistes et unionistes de Nasser, se fixa un double objectif :

- redonner à la nation arabe, en la réunifiant, les moyens d’effacer les traces de la domination occidentale. La marque coloniale était visée mais aussi l’établissement de l’État d’Israël. Pour Kadhafi, les sionistes avaient spolié les Palestiniens de leur terre, avec l’aide des pays occidentaux, surtout des États-Unis, et à la faveur de la désunion du monde arabe. Toute l’action politique de Kadhafi à l’échelle arabe et sur le plan international sera alors pensée, orientée en fonction de cette doctrine 

- le second objectif découla en fait du premier : il s’agissait d’installer une forme de démocratie directe, de transformer les institutions libyennes puis arabes, parce qu’elles avaient fait la démonstration de leur incapacité à permettre la réalisation de l’unité. En 1977, la Libye se proclama « Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste » (le mot « Jamahir » signifiant « les masses »). Les partis, parlements et autres modes de représentation, qualifiés « perversions de la démocratie » furent supprimés. Ainsi commença un long processus de prise d’assaut des institutions administratives et politiques d’abord, économiques ensuite, que les citoyens étaient en principe invités à contrôler. Ce nouveau système est décrit dans le « Livre vert » rédigé par le colonel Kadhafi. Concrètement, le fonctionnement des « comités révolutionnaires » ne différa en rien de celui d’un parti unique, avec comme chef le colonel Kadhafi.

La bourgeoisie haute ou moyenne (c’est à dire les patrons d’industries, les propriétaires immobiliers, les commerçants) fut dépossédée moyennant une indemnisation. Les professions libérales, jugées « incompatibles avec le pouvoir populaire » durent se reconvertir. Le commerce disparut au profit de magasins d’État.

Sur le plan international, Kadhafi se voulut le grand adversaire de l’impérialisme, que celui-ci soit français, anglais ou surtout américain. Ce type de discours lui valut la sympathie des mouvements anti-impérialistes dans le monde, et avant 1990, le soutien des Etats communistes. Cela le conduisit aussi à accorder son aide à toutes sortes de mouvements de libération nationale (groupes palestiniens, IRA, ETA, FLNC, FLNKS...). De ce fait, les réseaux libyens sont impliqués dans diverses opérations terroristes. Par ailleurs, plus de dix régimes africains ont fait l’objet de tentatives de déstabilisation.

L’isolement libyen.

La guerre contre le Tchad fut un premier échec pour Kadhafi. La présence française sur une zone nord du territoire tchadien, la « bande d’Aouzou », était perçue comme une menace par les Libyens sur leur frontière sud. Kadhafi annexa la bande en 1973. Après plusieurs années d’un feuilleton diplomatico-militaire, Tripoli dut enfin concéder en 1987 un repli militaire proche de la déroute.

A la défaite libyenne s’ajouta l’humiliation d’un bombardement américain en 1986, sur Tripoli et sur la maison même de Kadhafi. Les États-Unis s’élevaient ainsi contre le rôle des services secrets libyens dans des attentats terroristes anti-occidentaux. Pour le régime libyen, le plus grave fut que les pays arabes ne réagirent guère, ce qui prouvait le très grand isolement de la Libye et la lassitude générale à son égard. La Libye fut surtout soumise par le Conseil de sécurité de l’ONU à un embargo aérien pour obliger Kadhafi à livrer à la justice internationale les auteurs présumés des attentats contre des avions américains et français. La Libye fut ainsi mise à l’index sur le plan international. Elle adopta un profil bas qui explique son absence quasi totale sur le terrain arabe lors de la guerre contre l’Irak en 1991.

A partir des années 90, face à ces échecs et à la montée du mécontentement social, le régime commença à amorcer un repositionnement spectaculaire.

II - Le repositionnement de la Libye -

La Libye n’offre plus aujourd’hui le même visage : la page de la révolution semble tournée, Kadhafi aspirant à normaliser ses relations diplomatiques et à apaiser les tensions sociales qui règnent à l’intérieur du pays.

Le retournement de situation est tout d’abord économique. Dès 1987, le changement passe par un désengagement de l’État, une réouverture des petits commerces, le développement d’un secteur touristique longtemps vitupéré, le rétablissement de certaines professions libérales et la privatisation d’entreprises. Surtout, les investissements étrangers sont encouragés, quelle que soit leur nationalité.

En 1999, à la suite d’un accord autorisant les deux ressortissants libyens impliqués dans l’attentat de Lockerbye à être jugés aux Pays-Bas, l’ONU suspendit l’embargo qui frappait la Libye. La fin de l’embargo, longtemps désigné comme la source de tous les maux, suscita un véritable soulagement au sein de la population libyenne.

Sur le plan interne, pour attester de sa volonté de normalisation, Kadhafi franchit des étapes : en 1992, les mathabas (camps de base) de la révolution sont dissous ainsi que le coûteux Congrès du peuple arabe. Le régime mène une opération de récupération des universitaires et cadres libyens vivant et travaillant aux États-Unis, au Canada et en Europe. Depuis 1998, Kadhafi créé des commandements constitués en partie de chefs de tribus et se situant au-dessus de toutes les structures. Ils visent à élargir le front tribal qui soutient le régime. Il reste à savoir comment cette décentralisation sera effectivement pratiquée.

Malgré la richesse du pays, la population voit son niveau de vie régresser au fil des années, avec un taux de chômage estimé à 18%. Faute de pouvoir s’exprimer ouvertement, ce ressentiment se transforme en racisme anti-Noir qui tourne parfois à la chasse au bouc émissaire. En l’an 2000, ce sont plusieurs centaines d’Africains travaillant en Libye qui auraient été tués.

Le retour sur la scène internationale

Kadhafi se pose désormais en homme de paix. En 2000, la Libye, qui avait gardé des contacts au sein de la mouvance musulmane philippine, était bien placée pour jouer les médiateurs dans l’affaire des otages de Jolo. La libération des otages occidentaux grâce à l’intervention de Tripoli symbolise le retour en force, pacifique, de la Libye sur la scène internationale. Elle a condamné les attentats du 11 septembre et se déclare prête à coopérer dans la lutte globale contre le terrorisme.

Le régime cherche également à reprendre l’initiative sur le terrain diplomatique en se donnant un projet des plus ambitieux : la constitution des « États-Unis d’Afrique ». En 1998, la Libye annonce officiellement l’abandon du panarabisme au profit du panafricanisme.

La proclamation de l’acte constitutif de l’Union africaine (UA), en mars 2001, a été l’un des évènements majeurs de la politique étrangère libyenne. Il s’agit désormais de bâtir des infrastructures communes, une coopération économique, scientifique et culturelle. La Libye dispose de nombreux atouts pour réaliser son rêve africain (influence religieuse, aides financières). Cette politique porte d’ors et déjà ses fruits puisque la Libye a obtenu le soutien du groupe africain pour sa candidature à la présidence de la Commission des droits de l’homme aux Nations-Unies…

Si la Libye veut changer de visage (par exemple par des progrès dans le statut de la femme), les droits de l’homme sont loin d’y être respectés (emprisonnements, absence de liberté d’opinion). L’élection de la Libye, même si elle marque que nous tenons compte du processus de normalisation dans lequel elle est entrée, ne peut donc que susciter l’émotion. La France, avec tous les pays de l’Union européenne, a avant tout fait le choix de respecter la candidature des pays africains. S’opposer au vote des pays du Sud n’aurait malheureusement servi qu’à attiser les rancœurs. Le vrai problème, estiment les experts onusiens, est la tendance de plus en plus confirmée à voter par blocs de pays.

Conclusion

Le résultat est malheureusement une décridibilisation de l’institution des Nations-Unies, au moment où elle doit jouer un rôle majeur dans la crise irakienne. Les ONG avaient déjà déploré l’absence de critères de sélection pour être membre de la Commission des droits de l’homme, certains pays donnant l’impression de n’être là que pour saboter les travaux de l’institution. Il sera difficile de faire machine arrière…

Pour la Libye, le vote représente une « reconnaissance mondiale historique du dossier vierge du pays dans le domaine des droits de l’homme ». Il est infiniment regrettable que les familles des victimes de la révolution libyenne assistent ainsi à la négation de leur drame personnel.