L'AMÉRIQUE LATINE EN
PERSPECTIVE
Décembre 2003
L'Amérique du Nord, Etats-Unis et Canada, s'étend sur 20 millions de km2. C'est aussi la superficie de l'ensemble Amérique du Sud, Centrale et Caraïbes. Dans les deux grandes zones, la population était égale dans les années 1950. Aujourd'hui, l'écart grandit : 323 millions au Nord, 540 millions au sud du Rio Grande. Les deux branches devraient continuer à se séparer en 2025 pour atteindre 387 millions pour les deux pays Etats-Unis et Canada, et 690 millions pour les autres.
I LA MONDIALISATION POUR TOUS
Les changements touchent tous les pays du continent. L'indicateur du développement humain, en 2003, situe les Etats-Unis en 7ème position et le Canada immédiatement après. Par contre, le 1er pays latino-américain, l'Argentine, n'apparaît qu'à la 34ème place, suivi du Chili (43ème), le Mexique (55ème) et le Brésil (65ème). Haïti est le dernier de la zone en 150ème position, sur un total de 175 pays.
Trois grandes observations :
- La libéralisation des années 1990 n'a pas répondu au sud du continent aux espoirs optimistes.
- La crise asiatique en 1997 et 1998 a souligné la faiblesse de nombreux pays et notamment celle de l'Argentine, qui a dû abandonner sa parité fixe avec le dollar. Depuis 1998, la croissance très faible a réduit les niveaux de vie.
- Les Etats-Unis sont perçus maintenant comme indifférents aux problèmes de la région et se trouvent orientés vers l'Irak, le Moyen-Orient et l'Asie.
L'Amérique Latine n'est plus à l'ordre du jour. La zone tourne donc son regard vers d'autres régions et notamment l'Asie Pacifique. La Chine commence à s'intéresser aux matières premières : cuivre, fer, soja, d'où l'intérêt porté au Brésil, à l'Argentine, au Chili et au Pérou. Le fatalisme de la géographie a besoin d'être repensé.
A Washington, on s'inquiète de la fragilité inattendue des démocraties, à la suite des évènements en Bolivie, au Venezuela, Équateur et Colombie. Pour l'ancien président du Brésil Cardoso, les démocraties latino-américaines seraient "victimes de leur succès. Les citoyens encore novices réclament toujours plus aux différents gouvernements. Les sociétés deviennent de plus en plus fragmentées en groupes d'intérêts aux demandes contradictoires. La région a besoin de dirigeants plus professionnels. Il leur faudrait moins de charisme et davantage de sens du compromis. Les élections se gagnent ou se perdent presque exclusivement sur les questions de corruption et d'inégalités. Les Etats-Unis ne se préoccupent plus, pour leur part, que de la lutte contre la drogue et se concentrent surtout sur les problèmes militaires et de renseignements.
L'Amérique Latine, dans ses difficulté, reste sur la voie du progrès. Les îlots de pauvreté sont énormes, mais les classes moyennes représentent désormais près de 40 % de la population. Les droits de l'Homme y sont mieux respectés, les médias plus libres, la société civile plus active. Le principal problème, au-delà de la pauvreté, c'est l'inégalité, les fossés entre riches et pauvres, ville et campagne, Noirs, Blancs et Métis. Le rayon d'optimisme semble résider dans l'expérience de Lula, au Brésil.
II LA PREMIERE ANNÉE DU GOUVERNEMENT LULA AU BRÉSIL
Le Brésil est le 5ème pays du monde par l'espace (8 millions 557.000 km2) et par la population (177 millions). Il devrait atteindre en 2025 environ 211 millions d'habitants. Son histoire démographique est exceptionnelle. Sa population n'était que de 10 millions en 1872.
Le pays a connu une arrivée massive d'émigrants européens durant les 20 premières années du 20ème siècle. La fédération se divise en 26 Etats plus un district fédéral et 5 grandes régions. L'Etat de Sao Paulo comprend, à lui seul, 22 % des habitants du Brésil. On constate une baisse rapide de la fécondité ; l'indice est actuellement de 2,2 : taux réduit de moitié en 30 ans. Le Brésil va connaître un vieillissement inéluctable, d'où un paysage démographique se présentant avec une compétition graduelle :
- entre des problèmes pressants et immédiats, tels que la mortalité infantile et la malnutrition, caractéristiques des pays en voie de développement.
- et un nombre croissant de pathologies chroniques définissant le modèle de mortalité des pays vieillissants.
Ce pays constitue un chef d'uvre de la colonisation portugaise, alliant esprit d'aventure, mobilité et persévérance laborieuse. Ce sont les évènements en Europe et principalement l'invasion au Portugal en 1807 par Napoléon qui ont déterminé le destin politique de cette Amérique lointaine. Le Brésil aurait pu se disloquer en plusieurs États, comme ce fut le cas pour l'empire espagnol. Il a résisté à cette tentation. En 1808, l'arrivée à Rio du roi du Portugal eut pour effet d'amorcer un processus progressif d'indépendance qui aboutit en 1822 au maintien de l'unité d'un empire. Il aurait pu aussi connaître une guerre de sécession lorsqu'il fallut en arriver, sous la pression de l'Angleterre, à l'abolition tardive de l'esclavage. Cette décision prise en fin de compte en 1888 contribua à la fin du régime impérial et à l'avènement en 1889 d'une République fédéraliste qui laissait de grands pouvoirs aux oligarchies des États. Si la fin du servage se réalisa sans drame, c'est pour une grande part grâce au rôle de l'armée dont les officiers se refusaient à intervenir contre les noirs dans les plantations.
De ces réussites du passé, il ne faudrait pas idéaliser l'histoire. Celle du Brésil a connu de grandes turbulences, des alternances de crise, de dictature 1930-1954 : époque de Vargas 1964-1985 : les généraux au pouvoir) et de démocratie permettant au Président Cardoso en exercice de déclarer : "Le Brésil n'est pas un pays sous-développé, c'est un pays injuste". Une telle situation vient de loin :
- de l'héritage de la traite qui a "consommé" 12 millions d'esclaves pour fabriquer la Nation,
- de la "terre" inégalement répartie. Le MST, mouvement des paysans sans terre, apparaît comme une organisation de la décennie écoulée. Avec sa devise "occuper, résister, produire", il ne se contente pas de simples revendications. Il est aussi le promoteur d'un projet d'agriculture alternative fondé sur les cultures vivrières et la coopération. Malgré des progrès, la lancinante question de la terre demeure l'un des défis. A cette caractéristique paysanne s'ajoute l'insécurité, la violence des quartiers périphériques urbains et le problème des enfants des favelas.
Entre les années de Kubitschek (1955-1960) et celles de Cardoso, le Brésil est passé par d'immenses transformations. Le décollage dans sa fulgurance s'est accompagné de désenchantement. La démocratie restaurée est loin d'avoir tenu toutes ses promesses. Son fonctionnement reste tributaire d'un milieu politique clientéliste et parfois corrompu. Malgré tout, le Brésil est devenu plus progressiste et comme l'indiquent les historiens Bennassar et Marin : "en termes de vitalité, de génie d'un peuple ou de melting pot des couleurs, on aimerait que le monde de demain ressemblât au Brésil".
2- QUI EST LULA ?
Après la victoire de Lula aux élections présidentielles d'octobre 2002, il faut s'interroger sur la personnalité du vainqueur. Issu d'un milieu très pauvre, il a d'abord réalisé plusieurs métiers avant de devenir tourneur, ce qui lui a permis d'accéder à la présidence du syndicat de la métallurgie. Il a suscité de grandes grèves, notamment contre le régime militaire; Il a connu la prison et créé en 1980 le "parti des travailleurs". Candidat malheureux aux élections présidentielles de 1989, 1994 et 1998, l'homme est resté simple et modeste. Il a rencontré deux handicaps :
- la méfiance de certains milieu d'affaires mais pas de tous,
- le manque d'expérience dans la gouvernance.
Les raisons de la victoire de Lula : Dans un pays jeune et dynamique, il est le symbole d'une ascension de sa classe sociale :
- avec lui apparaît une volonté de changement populaire pour plus de croissance et d'emploi,
- il a su prendre ses distances avec le "parti des travailleurs" pour évoluer vers le centre,
- de tribun révolutionnaire, il s'est transformé en sage. Le Brésil n'a pas eu peur de cet homme nouveau et a accepté de lui confier très largement la responsabilité du pays,
- derrière ce succès, il faut percevoir l'évolution d'un parti, d'un homme et d'un pays,
- le peuple a gagné, grâce à sa vitalité représentative d'une histoire originale,
- au Brésil, ce qui l'a emporté, c'est une démocratie apaisée.
Le passage du pouvoir entre le Président Cardoso et son successeur a été exemplaire. Tout le monde sait au Brésil que ce pays est l'un des plus inégalitaires au monde. Le vote à gauche a eu pour but d'atteindre une démocratisation sociologique de l'Etat. On a donc fait confiance à un homme ayant à la fois l'expérience de la pauvreté et de la réflexion sur ses échecs électoraux. La vulnérabilité de l'économie brésilienne a son origine dans le secteur public et dans la dette du pays. Durant sa première année au pouvoir, Lula a donc engagé des réformes de structure (retraites et simplification des impôts). Il a surtout voulu s'attaquer aux réformes sociales et principalement à l'inégalité. Les 10 % les plus riches concentrent au Brésil 50 % du revenu total des ménages, alors que les 50 % les plus pauvres disposent de 10 % du revenu total.
Les enquêtes sociales démontrent que la cause de ces inégalités s'explique par le niveau d'éducation et l'accès aux équipements de santé. Devant ces données, Lula a donc décidé de réorienter les politiques sociales en direction des plus pauvres et notamment de l'emploi. Son objectif est d'éradiquer complètement la faim en se concentrant vers les zones rurales du Nord-Est. "Un Brésil plus juste sera plus grand" pourrait être sans doute la devise du présent gouvernement. Il est trop tôt pour se prononcer sur l'expérience Lula. La croissance des prochains mois constituera la véritable clé de lecture de ce combat. Les faillites au Brésil ont plutôt tendance à augmenter et les revenus à diminuer. Les taux d'intérêt sont encore très élevés (17,5 %). Le Brésil doit s'engager dans une nouvelle étape de ses réformes et notamment réduire sa bureaucratie et améliorer son système judiciaire.
III L'AMÉRIQUE ESPAGNOLE ET SES CONTRASTES
Au début du 16ème siècle, peu de temps après la découverte de l'Amérique et le début de la colonisation espagnole, deux vice-royautés étaient créées par Madrid : celle de la Nouvelle-Espagne avec pour capitale Mexico et celle du Pérou à Lima.
Les indépendances sont survenues vers 1820. On assiste alors à une floraison d'États dans toute la zone espagnole. Ces fractionnements ne correspondaient pas aux idées de Simon Bolivar qui, lui, aurait souhaité une "grande Colombie". L'immensité des distances, les difficultés de la géographie, les particularismes régionaux ont fait le reste : le découpage en une vingtaine d'États. Aux populations amérindiennes inégalement réparties sur le continent, sont venues s'ajouter une population européenne, puis une autre d'origine africaine, ultérieurement l'immigration asiatique. On a donc assisté au métissage parce que les Colons étaient souvent arrivés sans famille. Cela explique qu'il n'y a jamais eu de ségrégation.
Après la "décennie perdue" des années 1980 et celle d'une croissance économique forte à partir de 1990, sommes-nous maintenant dans l'époque de "l'ingouvernabilité" ?
La plupart des pays ont, à partir de 1990, réalisé des réformes exigées par "l'environnement international", en application du consensus de Washington : ouverture des frontières, privatisation des entreprises publiques, équilibre budgétaire, diminution de l'État. En un mot : un mélange d'ouverture commerciale et de rigueur budgétaire, présenté comme un remède miracle. Les problèmes ont surgi lorsque la croissance s'est ralentie à partir de 1997. A l'exception du Chili qui illustre la définition du "bon gouvernement" depuis une douzaine d'années, les autres pays ont rencontré des difficultés :
- En Argentine, la chute de l'économie a entraîné un véritable désastre social.
- En Colombie, un conflit vieux de quarante ans continue de mettre aux prises le gouvernement, deux guérillas marxistes et une nébuleuse de groupes paramilitaires.
- Au Venezuela, où l'agitation sociale fragilise, chaque jour davantage, le régime d'Hugo Chavez, un ancien militaire putschiste, démocratiquement élu en décembre 1998 et chantre d'une révolution néo-bolivarienne, Chavez, a été victime, en avril 2002, d'une tentative de coup d'État qui tourna à la déroute de ses adversaires.
- Enfin, au Mexique, le Président Vicente Fox, ancien directeur de Coca-Cola, se heurte aux difficultés de la rénovation de l'État, du conflit du Chiapas et du retour du "Parti révolutionnaire institutionnel" (PRI) qui a gouverné le pays pendant plus de 70 ans, avant la victoire historique, en 2000, du président actuel.
IV LA ZONE DE LIBRE ÉCHANGE DES AMÉRIQUES RÉCONCILIERA-T-ELLE LE CONTINENT ?
34 pays ont accepté, en novembre 2003, un compromis pour faire aboutir l'accord de libre commerce (ALCA), malgré des divergences entre les Etats-Unis et le Brésil. Il devrait concerner l'ensemble du continent, de l'Alaska à la Terre de Feu. Lancé il y a dix ans, ce projet a été critiqué par les adversaires de la mondialisation. Pour eux, l'écart entre les Etats-Unis et les pays d'Amérique Latine est trop grand. Soucieux d'éviter un nouvel échec deux mois après le fiasco de l'OMC, les deux poids lourds (Brésil et Etats-Unis) ont mis une sourdine à leurs divergences. Ils ont donc élaboré un accord à la carte, permettant à chaque signataire de ne pas adhérer aux clauses, estimées contraires à leurs intérêts.
L'affaire n'est pas terminée pour autant. Certains pays en Amérique Centrale sont en pourparlers avec Washington pour la signature d'un traité de libre échange. Washington continuera à signer des accords bilatéraux et renvoie, en attendant, les subventions agricoles à l'OMC, car l'Europe et le Japon sont aussi concernés. L'accord permet de sauver la face et de laisser passer la prochaine élection présidentielle aux Etats-Unis.
V POSITION DE LA FRANCE A L'OCCASION DU BICENTENAIRE DE L'INDÉPENDANCE d'HAÏTI, EN JANVIER 2004
Haïti a été le premier pays noir à avoir acquis son indépendance en battant l'armée de Napoléon en 1804, malgré le courage du Général Leclerc et de ses hommes. Autre point d'histoire : Haïti a été le premier pays à avoir aboli l'esclavage et à lutter pour empêcher sa restauration. En 1825, Charles X a obtenu de l'île d'indemniser les Colons.
Nous allons célébrer le bicentenaire de l'indépendance d'Haïti, où le français est langue officielle. Le malheur veut qu'aujourd'hui Haïti soit le pays le plus déshérité du continent américain. L'île se trouve à la 150ème place de "l'indicateur de développement humain". Elle est dirigée par un prêtre défroqué, le Père Aristide, qui a perdu toute crédibilité internationale. Haïti se bat contre la misère et ses habitants, quand ils le peuvent, essaient de fuir vers des pays plus cléments.
La prochaine élection présidentielle devrait avoir lieu fin 2005, mais le Père Aristide n'a pas le droit de se représenter. Certains manifestent en sa faveur et veulent le faire "roi". Malgré un soutien international à la lutte contre la pauvreté, le travail des organisations non gouvernementales (ONG) n'a pas de véritable effet d'entraînement, car il n'y a pas un État de droit. Haïti se trouve proche d'une catastrophe humanitaire. Dans son désordre, elle ne fait qu'importer des produits et services et sa situation financière est délabrée.
CONCLUSION
Pour l'écrivain péruvien, Vargas Llosa, la corruption est probablement la cause première de la timide modernisation entreprise en Amérique Latine. L'opinion publique est consciente du danger. Les populations semblent souhaiter que l'État joue enfin son rôle, c'est à dire qu'il renforce les institutions, fasse respecter le droit, préserve les libertés et laisse sa place au marché. L'équilibre se situe dans doute quelque part entre la poursuite du modèle libéral et démocratique du consensus de Washington et le "nouveau consensus" de Brasilia, qui exige un État fort et humain.
Avec le "G 22", apparu aux discussions de Cancun, est née une nouvelle force. Son objectif a à cur la défense et la promotion des intérêts du Brésil et des pays en voie de développement. Des intérêts opposés et concurrents apparaissent avec les Etats-Unis et avec l'Union européenne.
En Amérique Latine, l'évolution récente est celle d'une "démocratie dégradée". On observe au Sud, dans presque tout le continent, la crise des partis et de la représentation politique. D'où la montée en puissance des revendications indigènes. Dans ce contexte, l'expérience de Lula, au Brésil, apparaît particulièrement importante.
PARTICULARITÉS
DE LA COLOMBIE EN AMÉRIQUE LATINE
Août 2003
Par le nombre d'habitants, la Colombie (42 millions) a surpassé l'Argentine en crise (38 millions). Le palmarès latino-américain est maintenant le suivant :
1- Brésil : 176 millions, 2- Mexique : 100, 3- Colombie : 42
Au début du XXème siècle, Buenos-Aires se trouvait à la première place pour sa prospérité, son niveau de vie, son éducation et son caractère européen. Au fil du temps, le pays a perdu beaucoup de ses qualités. Façonné par l'immigration, les flux se sont inversés et, depuis trois ans, les Argentins s'en vont : la crise économique et sociale s'est accompagnée d'une perte de confiance dans l'avenir.
Comment expliquer que les Colombiens, qui connaissent un conflit historique et prolongé, ne subissent pas la même chute de tension ? Les indicateurs économiques dépassent les moyennes régionales. La Colombie bénéficie de la sollicitude des Etats-Unis, au point d'être devenue le troisième plus gros récipiendaire d'aide américaine, après Israël et l'Egypte. Le pays n'est pas en marge de l'évolution de la région. Il attire l'attention et ne peut être oublié, tant son mal est complexe et hautement contagieux vers les pays voisins.
UN CLIMAT DE GUERRE CIVILE
La Colombie a toujours eu des difficultés à se doter d'un Etat fort et à mettre fin à ses nombreux conflits intérieurs, comme la guerre des "Mille jours" de 1899 à 1902, qui fit entre 100.000 et 200.000 morts. La sécession et l'indépendance du Panama, en 1903, furent non seulement soutenues, mais aussi provoquées par les Etats-Unis.
Ces derniers étaient devenus une grande puissance économique à l'échelle hémisphérique, d'où leur intérêt pour l'ouverture d'un canal interocéanique. En dépit de cette amputation de son territoire, Bogota renoua des liens avec Washington, dès 1914, et se plaça dans son orbite. Malgré d'importantes mobilisations paysannes dans les zones de culture de café, les mouvements populaires, dans les années 1925, ne menaçaient pas alors les intérêts américains. Après la seconde guerre mondiale, les liens se resserrèrent entre les deux pays. La Colombie rompit avec l'URSS en 1948.
Au cours de la "Violencia" (1948-1957), la guerre civile et sociale entre libéraux et conservateurs entraîna plus de 200.000 morts. La Colombie fut le seul pays d'Amérique latine à envoyer des troupes en Corée (1950-1953) et elle rompit ses relations diplomatiques avec Fidel Castro. C'est à cette époque qu'apparurent officiellement les F.A.R.C.(Marxistes léninistes issus de mouvements paysans), puis l'E.L.N. (Guevaristes influencés par la théologie de la libération) et, un peu plus tard, l'E.P.L. (Maoïstes). Conscients du danger de ces guérillas, les Colombiens furent bénéficiaires de "l'Alliance pour le progrès" décidée par le Président Kennedy. La coopération fut, dès cette époque, également militaire.
C'est très progressivement au cours des années 1970-1980 que le thème de la drogue fit son apparition dans les relations Amérique-Colombie. Les Cartels allaient déclencher une vague d'attentats sans précédent dans les principales villes de Colombie et assassiner quatre candidats à la présidence de la République, dont le favori, Carlos Galan, en 1989.
Avec l'effondrement du bloc soviétique, les F.A.R.C. et l'E.L.N. perdaient une partie de leurs soutiens idéologiques et financiers. Pourtant le conflit s'intensifia et se transforma. Pour les Américains, la lutte contre la drogue allait devenir un problème intérieur
LE PLAN COLOMBIE DES ETATS-UNIS
La logique du Plan repose sur un pari ambitieux : fournir une aide sous forme de développements alternatifs de soutien économique dans les zones de guérillas et de culture de coca, en échange de l'arrêt du narcotrafic. Alors que les autorités américaines décrivent le conflit en termes de défis à l'autorité de l'Etat, les Européens mettent davantage l'accent sur le caractère endémique de la violence et sur ses causes socioéconomiques , les disparités, les inégalités, les fractures sociales. Les uns et les autres ont des intérêts asymétriques et des enjeux différents.
Depuis le discours du Président américain, James Monroe, en 1823, une préoccupation n'a cessé de guider la politique latino-américaine des Etats-Unis : celle de la paix et de la sécurité hémisphérique.
L'attention accordée à la Colombie n'échappe pas à la règle. Elle a évolué en fonction des risques et opportunités :
- passage interocéanique et menace communiste, hier ; drogue et pétrole, aujourd'hui.
- près de 90 % de la cocaïne et 50 % de l'héroïne consommées aux Etats-Unis proviennent de la Colombie. Or, sur les trois millions et demi d'Américains qui prennent de la cocaïne et sur les 800.000 utilisateurs d'héroïne, entre 20.000 et 50.000 meurent chaque année. Les autorités américaines ont donc tendance à considérer la Colombie comme étant à l'origine du fléau.
- la Colombie est, par ailleurs, le 4ème producteur sud-américain de pétrole, après le Mexique, le Venezuela et le Brésil, et le 8ème fournisseur des Etats-Unis. Malgré les attentats commis par les groupes de guérillas, les Américains considèrent donc indispensable de maintenir cette source de pétrole pour éviter de trop fortes spéculations sur les prix.
CONCLUSION
Au cours des années 2001-2002, on a pu constater un durcissement de la politique américaine par suite de la dégradation du conflit (en 2002, plus de 300.000 personnes ont été contraintes de quitter leur foyer), des risques de la "Colombianisation" de la région, des attentats du 11 septembre 2001 et surtout de la rupture des négociations de paix, en février 2002.
Les Américains cherchent donc à établir de nouvelles bases militaires. Quatre sites ont été retenus : Nanta en Equateur, Aruba et Curaçao dans les Antilles néerlandaises et Comalpa au Salvador.
Les Etats-Unis seront-ils tentés d'intervenir en Colombie ? Les événements d'Irak et le calendrier électoral américain paraissent plutôt de nature à retarder l'échéance. A l'occasion du tout récent voyage du Secrétaire à la Défense, M. Rumsfeld, la presse américaine rappelait que le gouvernement colombien du Président Uribe avait reçu plus de deux milliards et demi de dollars, principalement en aide militaire, depuis l'an 2000. Cette année, il recevra 700 millions de dollars, surtout au titre de la surveillance aérienne. Malgré cette manne, le Plan Colombie tend à s'enliser.
ARGENTINE
: DEUXIEME TOUR DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES
BATAILLE ENTRE DEUX CANDIDATS PÉRONISTES
mai 2003
Le mouvement péroniste, fondé en 1945, se réclame de l'héritage du Général Peron.
Deux candidats du même mouvement vont s'affronter pour le deuxième tour des élections présidentielles le 18 mai.
Peron reste le père bienfaiteur de la nation. Evita était la "Pasionaria des pauvres". Le couple exerce, à titre posthume, de profonds souvenirs. Il évoque le temps d'une Argentine "grenier à blé du monde".
Aujourd'hui, plus de 50 % des 37 millions d'Argentins vivent dans la pauvreté. Le chômage touche plus du quart de la population active.
Désormais, le péronisme n'a plus de leader. Il est éclaté en factions rivales. Deux candidats s'affrontent. Carlos Menem, ancien président, et Nestor Kirchner, candidat proche du pouvoir, c'est à dire du Président Duhalde.
Quels sont les enjeux ?
L'opinion publique maintient une grande méfiance à l'égard des appareils politiques traditionnels, incapables d'enrayer la crise multiforme que connaît le pays.
On constate une désaffection chronique des militants, tant au Parti péroniste qu'au Parti Radical.
Les deux candidats qui vont s'affronter le 18 mai doivent tenter de répondre aux préoccupations des Argentins : en premier lieu, le chômage, et également l'insécurité. M. Menem a sur le sujet la position la plus dure, puisqu'il parle de mobiliser l'armée contre la délinquance et les barrages routiers. Son opposant, M. Kirchner, insiste au contraire sur l'importance des politiques sociales dans la prévention des délits.
Les Argentins seront appelés à choisir entre deux modèles de développement :
- le premier est celui des années 1990, incarné par M. Menem, l'ancien président. Il s'appuie sur une monnaie forte et prône le retrait de l'Etat. Pendant une décennie, il a permis d'entretenir l'illusion d'une bonne santé économique, d'attirer des capitaux étrangers et d'améliorer le pouvoir d'achat des Argentins. Beaucoup s'en rappellent avec une certaine nostalgie. Il y a toutefois une grande convergence pour le condamner, comme en témoigne le fort taux de rejet de la candidature Menem, soupçonné de corruption dans des affaires de ventes d'armes.
- l'autre modèle se définit, avant tout, par sa volonté de rompre avec le précédent. Il est fondé essentiellement sur la production et sur une intervention plus active de l'Etat dans la relance de l'économie et dans sa régulation. M. Kirchner et d'autres candidats du premier tour revendiquent ce modèle.
C'est au sein du Parti Justicialiste (péroniste) que la division est la plus forte entre M. Menem, d'une part, et M. Kirchner, de l'autre.
La présence très marquée de l'actuel ministre de l'économie, Roberto Lavagna, aux côtés de M. Kirchner (dauphin politique désigné du Président Duhalde) a certainement été pour beaucoup dans le score du Gouverneur Kirchner. Face à son concurrent, l'intelligence tactique et la capacité de rebond de M. Menem sont telles que tout pronostic est difficile à faire, même s'il paraît probable que le candidat Kirchner finira par l'emporter grâce à un meilleur report sur son programme.
II CONSÉQUENCES INTERNATIONALES DE L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE
L'ancien président Menem apparaît plus proche des thèses des Etats-Unis, particulièrement en raison de ses positions libérales.
Vis à vis du MERCOSUR, c'est à dire de l'accord entre le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay (sans oublier les pays associés, comme le Chili, la Bolivie) l'ex président argentin, essentiellement pragmatique, n'ira vraisemblablement pas au delà d'une union douanière, à l'intérieur de laquelle il s'efforcera de garantir les conditions du libre échange. Il est surtout favorable à la grande zone économique prévue par les Américains en 2005.
M. Kirchner, à l'instar du Président Duhalde, paraît avoir des ambitions d'ordre politique pour le MERCOSUR et devrait être plus favorable à la mise en place de rapprochements avec le Brésil en matière sociale, de lutte contre la pauvreté et d'union monétaire.
M. Kirchner aura sans doute beaucoup plus d'affinités avec le Président Lula du Brésil, dont la sensibilité progressiste est connue.
M. Kirchner a défendu durant sa campagne une Argentine intégrée au monde, mais soucieuse de ses intérêts nationaux. Sa conception paraît très proche de celle du président brésilien.
Les relations avec les Etats-Unis seront donc conduites très différemment selon l'issue de l'élection présidentielle. M. Kirchner se trouve davantage en phase avec l'opinion publique qui éprouve un profond sentiment d'amertume à l'égard des Etats-Unis.
Le candidat Kirchner pourrait se montrer plus ouvert à l'égard de l'Union européenne. Il ne faut pas oublier cependant que les problèmes de la politique agricole commune européenne constituent encore un obstacle sérieux dans nos relations avec le Brésil et l'Argentine notamment.
On pensait généralement que l'Argentine allait connaître un désastre économique et social : hyper-inflation, violences généralisées, et surtout rupture irréversible du système politique.
Le pays connaît de sérieuses difficultés, mais ne se trouve plus dans un scénario catastrophique. Nous sommes dans une période de transition politique.
Comment expliquer cette résistance de l'Argentine ?
- par l'économie parallèle qui a soutenu dans l'ombre le maintien d'une certaine activité ;
- par la personnalité du ministre de l'économie, M. Lavagna, qui a fait un travail tendant à rétablir le calme sur les marchés financiers ;
- par le facteur Lula et son contraste avec Chavez au Venezuela. Le public a ainsi perçu qu'à travers le système démocratique on pouvait arriver à une amélioration politique, économique et sociale.
L'Argentine est sortie du gouffre. Il lui reste à remonter une pente très difficile qui dépendra beaucoup de la reprise générale en Amérique Latine, aux Etats-Unis et en Europe.
LE VENEZUELA :
FAILLITE D'UN MODELE POLITIQUE ET SOCIAL MALGRÉ LA RICHESSE PÉTROLIERE
février 2003
Le monde a les yeux tournés vers le Moyen-Orient mais le désordre mondial se retrouve également en Amérique Latine.
Perçu comme l'homme providentiel il y a quatre ans, Hugo Chavez cristallise aujourd'hui les frustrations de la société civile vénézuélienne. Le pays se trouve cassé en deux factions ennemies : d'un côté, les classes moyennes qui combattent le président avec l'appui des médias, de l'autre, des classes populaires soutiennent encore le Chef de l'Etat. Deux mondes, deux visions qui s'affrontent dans un pays où tous paraissent armés. Dans les quartiers pauvres Chavez trouve l'essentiel des 30 % de soutien populaire. Il est le président du peuple et populiste ; l'insécurité monte comme le chômage. L'opposition divisée et sans leader semble incapable de transformer l'essai de ses mobilisations actives. Il n'y a plus de réflexion politique. Le prix du pétrole est en hausse mais le Venezuela n'en profite pas en raison de sa production limitée.
I - LA DÉTÉRIORATION DE LA SITUATION
Il y a urgence à enrayer la crise économique. Depuis la tentative du coup d'état du mois d'avril 2002, le mouvement se prolonge. Ce qui frappe dans cette crise, c'est bien la faiblesse des institutions, chacun interprète à sa guise une Constitution dont l'encre est à peine sèche. Il y a du mai 68 dans la crise vénézuélienne, en raison du caractère parfois festif des manifestations.
Dans l'immédiat, le Venezuela est devenu ingouvernable. Aucun des deux camps en présence n'a les moyens d'imposer sa loi et l'intransigeance apparente des porte-parole respectifs semble conduire lentement mais sûrement le pays à la ruine. Les grévistes de la Compagnie Pétrolière Nationale (PDVSA) en viennent à réduire la production pétrolière au moment où les prix dépassent 35 dollars le baril. Malgré des tentatives de compromis, malgré les médiations de Gaviria et de l'ancien Président Carter, le pays est toujours à la recherche d'un compromis qui sauverait la face des deux camps. Le Président Chavez persuadé qu'il est sorti vainqueur de ce long conflit adopte maintenant un langage plus agressif que jamais.
II - L'AVENIR EN FACE
Les assassinats se succèdent, les actes de vengeance se multiplient :
- Carlos Fernandez qui dirige l'une des fédérations du patronat vénézuélien les plus importantes vient d'être arrêté à la demande d'un tribunal sur la plainte du gouvernement ;
- Carlos Ortega, Président de l'une des principales confédérations ouvrières, est en fuite et dans la clandestinité.
Dans ces désordres, l'espoir légal réside dans un référendum au mois d'août prochain permettant d'obtenir la révocation du président, comme le prévoit la Constitution.
En attendant, il serait souhaitable de pacifier l'atmosphère politique. Malheureusement le Président Chavez semble ne plus écouter les appels profonds du pays. Il semble s'orienter à gauche. On craint aussi la proximité de la Colombie et l'influence des guérillas révolutionnaires financées par les trafics de drogue. En outre, Chavez semble dominé par l'esprit de vengeance : " pas un dollar pour les grévistes" et "prison pour les responsables de la grève du pétrole".
La Compagnie pétrolière qui était considérée comme l'une des plus efficaces en Amérique Latine apparaît comme un Etat dans l'Etat. Beaucoup de ses ouvriers ont été renvoyés et le produit intérieur brut pourrait se réduire de près de 40 % au premier trimestre 2003.
Après deux mois de grève nationale, la production est repartie et dépasse les 2 millions de barils par jour. Elle pourra difficilement revenir à 3,2 millions, niveau antérieur à la grève.
16.000 membres de la Compagnie Pétrolière Nationale (PVDSA) ont été renvoyés par le gouvernement parce qu'ils s'étaient opposés au Président Chavez. Le départ de ces travailleurs qui avaient en moyenne dix-sept ans d'expérience complique encore les problèmes de la société.
Dans ce pays de 24 millions d'habitants, presque deux fois plus grand que la France, 80 % des revenus des exportations dépendent du pétrole. Le Venezuela fait donc face à une crise budgétaire de très grande dimension et le retour à une production normale sera long et difficile. Les revenus du pétrole pour le gouvernement en 2003 auraient dû atteindre 11 milliards et demi de dollars. Ils pourraient être seulement de 5 milliards cette année.
Internationalement le troisième fournisseur de pétrole des Etats-Unis a perdu beaucoup de sa crédibilité.
L'AMERIQUE LATINE APRES
LES ELECTIONS BRESILIENNES
novembre 2002
Le continent américain
se divise en deux branches distinctes :- une Amérique
septentrionale de 19 millions 964 000 km², avec une population
de 316 millions dhabitants susceptible daccroissement
jusquà 382 millions en 2025 ;
- une Amérique centrale, Caraïbes et du sud, étendue sur 20
millions 600 000 km², qui compte maintenant 525 millions dhabitants,
chiffre qui pourrait devenir 700 millions en 2025.
Lhistoire des deux branches a été marquée par des contrastes : le nord a atteint la suprématie mondiale, le sud a réalisé une marche alternée vers la démocratie depuis la fin de la seconde guerre. Sentinelles avancées : le Costa Rica en 1948, le Venezuela et la Colombie en 1958. Pays retardataires : le Chili et le Nicaragua qui ont connu la démocratie avec la décennie 1990. Une seule exception : Cuba, un État resté communiste.
Depuis la fin des années 90, lAmérique latine connaît le désenchantement du « consensus de Washington », cest-à-dire de louverture du marché, de la mondialisation et des privatisations. Elle rencontre avec toujours plus dintensité : la pauvreté, linégalité, linsécurité.
I La situation du Brésil
Après la
victoire de Lula aux élections présidentielles des 6 et 27
octobre 2002, il faut sinterroger sur la personnalité du
vainqueur.
Issu dun milieu très pauvre, il a dabord réalisé
plusieurs métiers avant de devenir tourneur, ce qui lui a permis
daccéder à la présidence du syndicat de la métallurgie.
Il a suscité de grandes grèves, notamment contre le régime
militaire. Il a connu la prison et créé en 1980 le « parti
des travailleurs ».
Candidat malheureux aux élections présidentielles de 1989, 1994 et 1998, lhomme est resté simple et modeste. Il a deux handicaps :- la méfiance de certains milieux daffaires mais pas de tous ; - le manque dexpérience dans la gestion des affaires.
Les raisons de la victoire de Lula.
Dans un pays jeune et dynamique, il est le symbole dune ascension de sa classe sociale :
- avec lui
apparaît une volonté de changement populaire pour plus de
croissance et demploi ;
- il a su prendre ses distances avec le « parti des
travailleurs » pour évoluer vers le centre ;
- de tribun révolutionnaire, il sest transformé en sage.
Le Brésil na pas eu peur de cet homme nouveau et a accepté
de lui confier très largement la responsabilité du pays ;
- derrière ce succès, il faut percevoir lévolution dun
parti, dun homme, et du pays ;
- le peuple a gagné, grâce à sa vitalité représentative dune
histoire originale ;
- au Brésil, ce qui la emporté, cest une démocratie
apaisée.
Les contraintes de lhéritage.
Sur la route de
sa présidence, Lula devra :
- rechercher une majorité au Congrès ;
- répondre à lattente sociale, et ceci après les progrès
accomplis par le président Cardoso ;
- il se heurtera à une croissance faible, actuellement de lordre
de 1 %
- au départ, lexportation sera sa principale option.
Historiquement, le Brésil ne sest pas tourné assez vers lextérieur ;
- au mois daoût, le Brésil a obtenu un prêt complémentaire
du FMI de 30 milliards de dollars, avec la seule condition de réaliser
un excédent primaire pour obtenir une décrue du ratio de la
dette publique ;- 800 millions de dollars seront à trouver
chaque semaine pour couvrir le déficit courant et la dette ;
- se pose donc la question : le plan du FMI sera-t-il
suffisant ? Le Brésil va apparaître dans les prochains
mois comme un cas détude susceptible dopposer la démocratie
à louverture des marchés ;- la réponse à cette
question réside dans la crise économique et sociale que le
monde traverse à la fin de 2002, et dont lépicentre
semble bien se trouver aux États-Unis.
II- Un environnement régional très détérioré
- Pour juger de la situation brésilienne, certains se demandent sil napparaîtra pas un nouvel axe du mal reliant Cuba, le Venezuela et le Brésil. Cest une approche erronée parce quelle ne prend pas assez en compte lévolution de Lula et la distinction entre le Brésil et le reste de lAmérique hispanique ;
- Si lensemble du sud du continent traverse des difficultés, on peut trouver de bons exemples, notamment le Mexique et le Chili ;
- Par contre, il existe de graves situations :
a) Argentine. Elle continue une crise politique, économique et sociale depuis plus dun an. Se pose la question de savoir si le FMI pourra même trouver un accord de principe ou si lArgentine continuera à rester à lécart du monde international. La proximité des élections du 30 mars rend la solution recherchée particulièrement difficile.
b) Colombie. Ce pays, lun des plus éduqués de lAmérique latine, connaît une situation de violence depuis 1948-52. Trois mouvements de guérilla sont présents sur le territoire et le plan Colombie na pas réussi à diminuer la tension. Le président Uribe se montre très ferme, mais malgré lespoir quil représente, une solution à court terme napparaît pas possible.
c) Venezuela.
Le cinquième exportateur de pétrole au monde na jamais réussi
à dominer sa richesse. Depuis la fin des années 80, les partis
démocratiques ont éclaté. Chavez, putschiste en 1992, a été
élu en 1998 et renouvelé en 2000. Deux camps sopposent.
Le secrétaire général de lorganisation des États américains
tente une médiation.
Conclusion : quel avenir pour les deux Amériques ?
Les Américains
souhaitent faire aboutir la zone de libre échange de lAlaska
à la Terre de feu à lhorizon 2005. Actuellement, les
discussions sur ce projet se font en coprésidence Brésil-Etats-Unis.
On peut se demander si, après le 11 septembre, lorientation
reste la même.
Dans les mois qui viennent, nous assisterons à une rivalité
dans les négociations entre les États-Unis et lEurope.
Actuellement,
Lula est attiré par une restauration du Mercosur. Il est proche
des idées européennes et devra dire sil accepte les
positions des États-Unis sur une grande zone de libre-échange.
6 - AMÉRIQUE LATINE : LE
MEXIQUE DEUX ANS APRÈS L'ÉLECTION DE Vicente FOX
novembre 2002
Après la victoire historique en 2000 de Vicente FOX, l'euphorie a disparu pour faire place au bilan d'un gouvernement qui peine à réaliser les réformes annoncées.
I - Un bilan décevant
La majorité des réformes structurelles reste bloquée au Congrès faute d'accord politique :
- restructuration
des secteurs pétrolier et gazier qui continue d'achopper sur
les modalités de participation d'entreprises privées :- la réforme
du droit du travail se heurte aux syndicats proches du PRI ;
- la rénovation de l'État tarde à voir le jour ;
- le conflit du Chiapas n'a pas progressé sur la voie du
règlement, même si la situation sur place reste calme ;
- sur le terrain économique, la promesse du candidat Fox
de créer plus d'un million d'emplois par an et de maintenir la
croissance de l'ordre de 7 % a été mise à mal par le
ralentissement américain ;- Par contre, ont pu être adoptées
des lois de transparence, de développement rural, des Droits et
Cultures Indigènes et pour les Droits de l'Homme ;
- Vicente FOX doit composer avec un Congrès où il ne dispose
d'aucune majorité et avec les rigidités d'un pays gouverné
pendant plus de 70 ans par le même parti, Parti Révolutionnaire
Institutionnel (PRI), qui continue à détenir de
nombreux leviers de pouvoir (élus locaux, syndicats).
L'action du président est de plus en plus critiquée pour ses lenteurs à démocratiser le pays.
En 2003 les 500 députés seront renouvelés : Avant cette échéance les partis se présentent ainsi :
Le PRI reste très enraciné dans la société mexicaine. Il constitue un recours sérieux pour de nombreux électeurs déçus ;
Le PRD, regroupement de mouvements de gauche, souffre d'un sérieux problème de cohésion interne ;
Le PAN (le parti de Vicente Fox) apparaît plus homogène, mais a perdu du terrain et ne pourra pas conquérir à lui seul la majorité de la chambre des députés.
Au Sénat qui ne sera pas renouvelé avant 2006, le PRI conservera la majorité. L'élection présidentielle aura lieu également en juillet 2006. En attendant, le sextennat en cours semble voué à une certaine paralysie et on ne peut pas écarter une tendance au retour du PRI.
II - Qui est donc Vicente FOX ?
L'une des grandes forces de Vicente Fox : réside dans son pragmatisme. Catholique pratiquant, formé à l'université par les jésuites et issu du monde de l'entreprise, M. Vicente Fox est un ancien directeur de Coca-Cola au Mexique. Il a dirigé le Parti Polique PAN, situé à droite de l'échiquier du pays, il a, depuis sa prise de fonction, pris une certaine distance avec l'idéologie libérale préférant la recherche pratique de solutions de Gouvernement.
Il a ainsi déjoué
les pronostics de ceux qui imaginaient que son accession au
pouvoir serait le point de départ d'une "révolution morale".
Cette indépendance d'esprit, s'est également manifestée au
niveau des hommes, puisque fort peu de militants du PAN ont intégré
l'équipe gouvernementale. Depuis le début de l'année 2002, le
Président a toutefois fait un effort pour resserrer les liens
avec le PAN. Le Président doté d'un charisme incontestable
continue de bénéficier d'une popularité significative. La
population lui est reconnaissante d'avoir permis l'alternance
politique en 2000.
Peu épargné par la presse qui le présente souvent comme un homme sans vision d'État, voire comme un rustre, Vicente Fox a su maintenir sa côte en faisant preuve de pragmatisme.
Mais il n'est
cependant pas parvenu à mettre en route les grandes réformes
sectorielles nécessaires, par suite d'un manque d'autorité sur
son Gouvernement et des oppositions qu'il rencontre au Congrès.
La pauvreté au Mexique a progressé au cours des dix dernières
années, actuellement 43 % des foyers mexicains vivent au-dessous
du seuil de pauvreté. A partir des années 1950, la population a
cru à un rythme très rapide et s'est fortement urbanisée. La
pauvreté touche surtout les zones rurales. Mais en dépit de
criantes inégalités le risque d'une explosion sociale semble
faible, la pauvreté alimente une violence et une criminalité
urbaine surtout à Mexico.
Dans ce contexte, les migrations vers les Etats-Unis restent la meilleure des soupapes de sécurité en offrant une issue à des milliers de familles mexicaines et en permettant des transferts de devises au profit de l'économie locale.
III - Relations Mexique-États-Unis
Depuis la guerre d'indépendance du Texas et l'invasion américaine de 1846 qui a amputé de moitié le territoire américain, la relation Mexique-Etats-Unis était teintée de méfiance.
L'entrée en
vigueur de l'ALENA en 1994 a changé la donne.
Le Mexique fait désormais plus de 80 % de ses échanges avec son
grand voisin. Dès son élection en juillet 2000, Vicente FOX a
proposé aux américains un approfondissement de l'intégration
Nord-américaine sur le modèle européen, avec à terme, une
libre circulation des travailleurs et des politiques sectorielles
permettant au Mexique de combler son retard vis-à-vis des Etats-Unis
et du Canada. Dans l'immédiat, le Mexique souhaitait obtenir des
concessions migratoires : la régularisation de tout ou partie
des 3 ou 4 millions de clandestins mexicains, et une augmentation
de nombre des permis temporaires. En échange, le nouveau
Gouvernement mexicain permettrait de renforcer son effort de
lutte contre le narcotrafic.
Pour parvenir à ses fins, le Président Fox comptait sur deux atouts
- d'une part, les 20 millions de personnes d'origine mexicaine résidant aux Etats-Unis, dont les 2/3 sont citoyens américains et dont l'influence électorale est croissante dans certains États clés : Floride, Texas, Californie.
Les attentats du 11 septembre ont bouleversé à nouveau la donne, en excluant tout assouplissement de la politique migratoire américaine.
Le Mexique n'est
donc pas prêt d'obtenir ce qu'il souhaitait. Sur d'autres
thèmes en politique étrangère notamment, le Mexique est proche
des thèses françaises, Cour pénale internationale et Irak.
Les Mexicains continuent d'espérer l'obtention de concessions
migratoires après les élections de novembre 2002 aux Etats-Unis
et à la faveur du lancement de la campagne présidentielle de
2004 en raison du vote Hispanique.
Conclusion
Sur un
territoire de 1 960 000 km2, le Mexique a maintenant dépassé
100 millions d'habitants, il y en aurait 131 millions en 2025. Il
constitue déjà la10ème puissance commerciale dans le monde.
Malgré une sortie de récession difficile en 2001 et 2002, il
garde une certaine confiance de la part des investisseurs
internationaux. En dépit de la conjoncture actuelle, le Mexique
bénéficie de l'appréciation positive que portent les marchés
sur son intégration avec les Etats-Unis.
Il partage 3 200 km de frontière avec son grand voisin. Il est
tout à la fois, un pays en développement, un pays émergeant et
industrialisé. Il a subi deux crises graves en 1982 et en 1994.
Dans le cas ou l'Amérique latine connaîtrait de nouvelles
turbulences. Le Mexique peut compter sur les américains, il n'y
a guère que le Chili et le Mexique qui resteront épargnés.