SURPRISE DANS LA PLUS
GRANDE DÉMOCRATIE MONDIALE
mai 2004
L'Inde a dépassé le milliard d'habitants. 670 millions d'électeurs viennent de créer une grande surprise en rejetant le parti au pouvoir. Dans la plus grande démocratie du monde devenue indépendante le 15 août 1947, plus de 80 % de la population est de religion hindoue, 15 % musulmane, 2,5 % chrétienne. Le revenu par habitant a triplé depuis 1980.
Le pays a longtemps été dirigé par le Parti du Congrès et au départ par Nehru et la famille Gandhi. En 1948, le Mahatma était assassiné. En 1984, Indira Gandhi subissait le même sort. Son fils Rajiv lui succéda, mais à son tour fut assassiné en 1991. Sa femme Sonia Gandhi, d'origine italienne, peu attirée par la politique, devint membre du Parti du Congrès. Le grand rival de ce parti, le BJP, nationaliste, constitua une "alliance nationale démocratique" et prit le pouvoir en 1998. Contre toute attente, aux élections législatives de 2004, le Parti du Congrès l'emporte et forme, à son tour, une nouvelle alliance pour diriger le pays.
En résumé, l'Inde dispose de deux grands partis, obligés l'un et l'autre de s'unir à d'autres formations pour assurer le gouvernement d'un pays promis à dépasser par sa population la Chine dans une trentaine d'années.
L'ambition serait également d'élever son taux de croissance pour atteindre régulièrement le chiffre de 8 % lui permettant de combler son retard qu'elle doit beaucoup à des défauts : la bureaucratie, la corruption et l'insuffisance d'investissements étrangers.
Les résultats définitifs de mai 2004, sur un total de 539 sièges, sont les suivants :
- "Congrès" et alliés : 217 sièges (dont Parti du Congrès : 145),
- Alliance Nationale Démocratique : 186 sièges (dont le BJP : 138),
- Les partis n'appartenant à aucune alliance : 136 sièges (dont : Le Parti communiste marxiste : 43 et le Parti communiste ex pro-soviétique : 10). L'un et l'autre soutiendront le Parti du Congrès.
Il existe encore une incertitude sur le poste de premier ministre qui normalement devrait revenir à Mme Sonia Gandhi, mais qui pourrait être aussi accordé au Docteur Manmohan Singh, auteur de l'ouverture économique en 1991.
Comment expliquer le coup de théâtre de la défaite du BJP qui avait lui-même anticipé les élections du fait de l'excellente situation économique et de son rapprochement avec le Pakistan ? Tout laissait prévoir la victoire de "l'Inde qui brille", slogan du BJP.
On s'attendait à la récompense du gouvernement de M. Vajpayee, un véritable homme d'Etat. On en est arrivé à la victoire de "l'Indo-italienne". Les explications sont les suivantes :
- Le BJP a surtout axé sa campagne sur les classes moyennes, le développement des nouvelles technologies et en particulier les logiciels (suprématie de Bengalore).
Le BJP a délaissé l'Inde rurale et ses 650.000 villages.
Il a exaspéré les laissés-pour-compte de la croissance spectaculaire des derniers mois.
- Le BJP n'a pas exprimé la compassion suffisante pour les électeurs musulmans victimes des violences de 2002 dans l'Etat de Gujarât.
- Par une campagne acharnée, l'héritière des Nehru a remporté une victoire pour défendre le nom de son mari, Rajiv Gandhi, et de ses enfants.
Après la victoire d'une femme volontaire et d'une famille qui a su retrouver la popularité, on peut se demander comment se comportera le Parti nationaliste hindou dans l'opposition.
Grâce au Premier ministre, M. Vajpayee, le BJP avait tenté de faire prévaloir une ligne de gouvernement raisonnable, mais le parti s'inscrit dans un environnement extrémiste. Il est l'instrument docile d'un RSS toujours fidèle à sa vocation "communautariste, anti-musulmane et anti-basses castes". D'autre part, le BJP s'est beaucoup rapproché de Washington et d'Israël, notamment après le 11 septembre 2001. Le BJP a toujours été soucieux d'écrire l'histoire en fonction de ses croyances religieuses et idéologiques. On lui doit une gestion modérée des crises avec le Pakistan. Il a amélioré également les relations avec Pékin. Du fait de sa défaite, le BJP est susceptible de se retrancher vers un nationalisme sourcilleux, voire sectaire ; ne va-t-il pas dans la défaite retrouver ses racines et ses vieux démons ?
CONCLUSION
Les vainqueurs du Parti du Congrès ne s'attendaient pas à leur victoire. La mise en place du nouveau pouvoir sera donc lente et compliquée. Il devra se mettre au diapason d'une évolution économique et des tendances d'une mondialisation agressive, détestée par les partis de gauche.
Le temps dira si la nouvelle coalition tiendra ou risquera de se désintégrer. Le "Congrès" va devoir réapprendre l'art de gouverner après les longues années de traversée du désert depuis 1998.
L'Inde est un pays de forte personnalité
qui veut compter dans le monde. Elle devra à la fois rassurer
les milieux économiques et répondre à l'attente des déshérités.
LE
PROBLEME NUCLÉAIRE NORD-CORÉEN
avril 2004
La Corée du Nord poursuit des programmes clandestins d'acquisition d'armes nucléaires. La situation doit être replacée dans le cadre de l'histoire récente.
I LA CRISE DE 1993-1994 ET SES SUITES
La négociation avec les Etats-Unis avait conduit à la création d'un consortium international, le KEDO, chargé de construire deux réacteurs nucléaires non proliférants. Les Américains devaient fournir du fuel en échange du gel du programme nucléaire nord-coréen qui aurait permis de produire du plutonium.
Malgré cette bonne volonté de départ, la Corée du Nord a reconnu le 4 octobre 2002 l'existence d'un programme clandestin d'enrichissement de l'uranium. Elle a affirmé son droit à posséder des armes nucléaires. Le consortium international a donc suspendu les livraisons de fuel.
Fin décembre 2002, la Corée du Nord a expulsé les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (A.I.E.A.).
Le 10 janvier 2003, la Corée du Nord s'est retirée du Traité de non prolifération (T.N.P.)
Une réunion de discussion à six pays (Chine, Etats-Unis, Corée du Nord, Corée du Sud, Japon, Russie) a eu lieu à Pékin, les 27-29 août 2003.
Les divergences sur le fond continuent et le rapprochement espéré avec le KEDO n'avance que très lentement.
1 Corée du Nord : En janvier 2004, les Nord-Coréens ont proposé un plan de règlement : en échange de leur engagement de s'abstenir de tester et de produire des armes nucléaires, les Etats-Unis devraient retirer la Corée du Nord de la liste des Etats qui soutiennent le terrorisme. Sur le fond, Pyongyang semble chercher à gagner du temps et notamment parie sur un contexte plus favorable avec les élections américaines en novembre 2004.
2 Les Etats-Unis : ils mettent en avant l'objectif final d'un démantèlement complet des programmes nucléaires nord-coréens. En échange, Washington n'aurait pas l'intention de favoriser un changement de régime.
3 Pékin : la Chine joue un rôle de médiateur difficile, entre fermeté américaine et intransigeance nord-coréenne. Les Chinois sont hostiles à une Corée nucléarisée, tout en craignant une présence militaire américaine accrue à ses portes. C'est la Chine qui semble avoir la plus grande capacité de persuasion sur ce dossier.
4 Japon, Corée du Sud et Russie :
- L'opinion publique japonaise est très sensible à la question des ressortissants japonais enlevés par la Corée du Nord au cours des années 1970 et 1980. Le Japon est très proche des Etats-Unis.
- La Corée du Sud dispose d'une marge de manuvre réduite entre son alliance avec les Etats-Unis et son souci de dialoguer avec la Corée du Nord (réunification à très long terme).
- Moscou cherche à jouer
un rôle de premier plan dans les affaires coréennes mais n'a
pas les mêmes cartes que Pékin dans sa relation avec Pyongyang.
PROLIFERATION
: DANGER
avril 2004
Islamabad lutte sans beaucoup de vigueur contre les groupes islamistes armés. Washington pourrait hausser le ton. Aux Etats-Unis, on sinquiète de plus en plus du possible double-jeu pakistanais, à la suite de la révélation des activités dAbdul Qadeer Khan, le père de la bombe pakistanaise, qui a avoué avoir vendu une partie de son savoir-faire à la Corée du Nord, à lIran et à la Libye. Le Financial Times vient de publier deux articles, le 6 et le 7 avril, sur cette étonnante affaire.
Monsieur Khan a confessé en février 2004 quil avait transféré des technologies nucléaires militaires à dautres pays. A peine avait-il avoué quun pardon immédiat lui a été accordé par le général Pervez Musharraf, Président du Pakistan. Les Etats-Unis ont de surcroît octroyé au Pakistan le statut de « meilleur allié » non-OTAN.
Pour tenter de comprendre, il faut rappeler que les Etatsdurant la -Unis ont beaucoup soutenu le Pakistan période doccupation de lAfghanistan par lUnion soviétique, de 1979 à 1989. Après leffondrement du communisme, ils ont eu tendance à négliger leur protégé. Ils sont revenus vers le Pakistan après le 11 septembre 2001, soucieux dutiliser ce pays dans leur lutte contre le terrorisme. Cette nation musulmane de 150 millions dhabitants joue un rôle important dans un contexte stratégique proche de lInde, de la Chine et de la Russie. La question qui se pose aujourdhui aux experts est de savoir si lEtat pakistanais était au courant des tractations occultes de Monsieur Khan et de ses transferts technologiques à des pays dangereux. Cette question est dautant plus importante que depuis mai 1998, le Pakistan est devenu officiellement une puissance nucléaire militaire, comme lInde, son voisin.
Lexplication officielle donnée à Islamabad précise que Monsieur Khan navait pas dautre motivation que son désir dargent. Cette thèse est controversée. Beaucoup pensent quil souhaitait aussi défendre lislam. Pour le directeur général de « lagence dénergie atomique », Monsieur ElBaradei, il travaillait également par idéologie et avait eu des contacts avec lIran, la Corée du Nord, la Libye et même lIrak.
Ces relations douteuses se sont établies bien avant larrivée du général Musharraf au pouvoir par un coup dEtat militaire en octobre 1999. A lépoque où Madame Benazir Bhutto dirigeait le pays (1988 puis 1993), les problèmes sétaient déjà posés. On peut supposer que les services dinformation américains et britanniques étaient au courant. Washington avait exprimé ses inquiétudes sous la présidence de Clinton et notamment en 1999, alors que Nawaz Sharif était premier ministre au Pakistan.
En conclusion, on peut douter que ces transferts aient été réalisés en dehors de toute connaissance des responsables et militaires pakistanais. Il paraît donc difficile dexonérer le gouvernement.
II Les conséquences de la prolifération
Monsieur Khan avait créé une organisation multinationale pour organiser ces transferts de technologie. Le réseau Khan a fait apparaître quune base industrielle nest plus maintenant nécessaire pour développer un programme militaire. Létendue des connaissances permet dutiliser des fournisseurs installés dans le monde entier. Il nexiste plus seulement un groupe de producteurs connus et repérés. Pour fournir par exemple des centrifugeuses à la Libye, des pays comme la Malaisie ont joué un rôle essentiel (société Scomi). Mais les enquêtes ont conduit également à des fournisseurs turcs, à Dubaï (qui a organisé des centres dentraînement) en Suisse et en Grande-Bretagne. Monsieur Khan se déplaçait dans le monde entier et à la suite des révélations de la Libye, les enquêtes continuent. Monsieur Khan avait des relations en Europe où il avait créé une société anglo-holandaise-allemande (Urenco).
En conclusion, la prolifération
na pas été le fait dun homme seul ou dune
famille mais dun réseau mondial diversifié, le plus
souvent animé par le profit et parfois par lidéologie.
Monsieur Khan a réussi à obtenir beaucoup de sympathie au
Pakistan où il était considéré comme un héros national.
OU
VA LA CHINE ?
mars 2004
Pour l'avenir du monde, rien n'est plus important que de tenter de répondre à cette question en raison :
- du poids démographique du
pays (plus de 20 % de la population mondiale),
- du développement de sa croissance continue depuis 1978,
- du point d'interrogation sur l'avenir d'un régime communiste
en politique et capitaliste en économie.
I UNE PERFORMANCE REMARQUABLE . MAIS FRAGILE
- La Chine est devenue la sixième puissance économique avec un PIB de 1.262 milliards de dollars en 2002, devant l'Italie et juste derrière la France. Cette évolution est sans précédent dans l'histoire des "miracles asiatiques". En vingt-cinq ans, la richesse créée par la Chine est passée de 4 à 14 % du total mondial (en termes de parité de pouvoir d'achat), derrière les Etats-Unis (24 %), mais devant le Japon (9 %) et l'Allemagne (5,5 %). Le PIB annuel par tête reste néanmoins inférieur à 1.000 dollars, ce qui classe la Chine au 73ème rang mondial (celui de la France est d'environ 23.000 dollars).
La Chine peut être regardée à la fois comme un partenaire et un concurrent. Au cours des vingt-cinq dernières années (1978-2002) le commerce extérieur est passé de 21 milliards de dollars par an, à plus de 610 milliards de dollars par an.
La particularité du miracle chinois, contrairement au précédent japonais, réside dans le recours massif à l'investissement étranger. En outre, les Chinois d'outre-mer lui permettent de bénéficier de savoir-faire et de capitaux utiles à son développement.
- Malgré ses progrès, la Chine est soumise à des limites fortes de sa géographie : enclavement des régions intérieures distances de transport par rapport à l'Europe et l'Amérique la langue notamment comparée à l'anglais de l'Inde.
L'économie chinoise connaît une triple transition : de la planification au marché, de la ruralité à l'urbanité, de l'autarcie à l'ouverture. Elle va devoir réussir une concentration industrielle et un système bancaire moderne. On constate la croissance des inégalités et disparités. La Chine n'est pas à l'abri d'un retournement des flux de capitaux et, au-delà du débat sur les niveaux des taux de change du yuan, la question du choix d'un régime de change est cruciale.
Enfin, le vieillissement et le déséquilibre démographique chinois vont peser sur le système de retraite et donc sur le financement de l'économie.
- La Chine est devenue "un pays d'assemblage", d'où un débat en Occident sur les délocalisations et la perte d'emplois industriels. Elle ne pourra relever les défis de son développement qu'au prix d'une forte augmentation des moyens de l'enseignement supérieur et de la recherche.
II LES AMBITIONS ÉCONOMIQUES DE LA CHINE ASSIGNENT UN CADRE NOUVEAU A SA POLITIQUE ÉTRANGERE
La politique extérieure a été réorientée pour tenir compte des exigences de son économie. Dans le domaine énergétique la Chine cherche à diversifier ses sources d'approvisionnement (Moyen-Orient, Russie, Asie Centrale, Afrique). La diplomatie chinoise est aussi active pour les matières premières. Le pays tente de promouvoir une politique globale favorisant un environnement international sécurisé et stable. Elle développe donc une politique d'apaisement et d'influence avec son étranger immédiat (Inde, Etats de l'Aséan et Asie Centrale : renforcement de l'organisation de coopération de Shanghai). Soucieuse de ne pas voir la péninsule coréenne déstabilisée, la Chine s'efforce de réduire le risque d'incertitude. Elle craint à la fois un dérapage militaire et un effondrement de la Corée du Nord.
A plusieurs reprises depuis le milieu des années 90, la Chine a pris un tournant marquant de sa politique étrangère :
- décision de participer à plusieurs régimes internationaux de contrôle des armements : participation au MTCR et neutralité envers le PSI (initiative contre la prolifération).
- signature (sinon la ratification) de deux conventions internationales en matière de droits de l'Homme.
- le 11 septembre 2001 a inauguré un rapprochement antiterroriste avec les Etats-Unis.
La Chine assiste au grand retour des forces américaines en Asie et comprend le danger d'un isolement international. Elle accepte donc une dépendance mutuelle avec les Etats-Unis puisque le pays est aujourd'hui le premier acheteur de bons du Trésor américain. La convergence stratégique de la Chine et des Etats-Unis est donc avant tout faite d'adaptation aux nouvelles réalités. Les deux sociétés et les deux économies sont bien plus complémentaires que ne l'étaient celles du Japon avec les Américains à la fin des années 80. La ductilité des Chinois, leur individualisme consumériste compensent bien les désaccords sur les droits de l'Homme et l'insuffisance du système juridique chinois.
Le fondement de la politique étrangère chinoise post-maoïste se rallie donc à la préférence pour la stabilité. Le système paraît à l'avantage des deux pays. Pour combien de temps ? Des scénarios de crise existent à un horizon plus éloigné. On peut en constituer une liste potentielle : luttes factionnelles en Chine, Taiwan , Corée, Mer de Chine prolifération conflits d'intérêts commerciaux ou financiers montée d'une opinion nationaliste.
III SOUS LE PASSÉ .. LA LIBERTÉ
Après l'examen de la politique extérieure, il faut s'interroger sur les possibles soubresauts de la situation intérieure.
La Chine doit faire face à de grands risques et à la nécessité de grands efforts collectifs. Les restructurations d'entreprises d'Etat et la transformation du secteur agricole détruisent des dizaines de millions d'emplois. La modernisation n'en crée pas autant, loin de là. Le climat social en est gravement détérioré. L'avenir peut donc être marqué par divers accidents et déceptions.
Certes, la passation des fonctions de direction du Parti au 16ème Congrès, en novembre 2002, et de l'Etat en mars 2003 s'est déroulée sans heurt. Le tandem Hu Jintao Wen Jiabao apparaît très crédible. Cette équipe est en place pour dix ans. Le futur laisse prévoir une Chine de 1,4 milliard d'habitants en 2010 et de un milliard et demi entre 2020 et 2025. Dans ce long terme il pourrait donc y avoir une classe moyenne de 300 à 400 millions à revenu par tête en hausse, mais aussi un nombre équivalent de pauvres et une moitié de population à développement relativement lent. Cette situation laisse prévoir des tensions internes et le maintien d'un régime autoritaire plutôt qu'un système démocratique de type occidental.
Le quart de siècle écoulé a constitué pour la Chine la période de croissance et de paix la plus remarquable de l'histoire moderne. Elle est aujourd'hui une puissance respectée dans le monde. Le rêve des dirigeants depuis la guerre de l'opium de 1842 -faire de la patrie un pays puissant et prospère- semble en passe de se réaliser. Mais que reste-t-il de l'autre rêve des étudiants du 4 mai 1919 qui, eux, réclamaient la démocratie ? C'est la question posée par l'historien Jean-Philippe Béja. Le régime communiste est toujours en place : son idéologie a disparu, il est toujours craint, mais ne terrorise plus. Le parti a-t-il découvert l'élixir d'immortalité ? Il n'a pas totalement rompu avec l'héritage maoïste. Pour Chen Yan, l'auteur de "l'Eveil de la Chine", il reste beaucoup du communisme. Sur le plan économique sa marque demeure. Le système chinois n'est pas un libéralisme classique : c'est toujours l'Etat qui décide et décrète ce qui est possible. Le système de répression reste vigilant et intact. L'histoire de la Chine populaire après 1989 illustre une étape nouvelle que ni les pays communistes de l'Europe de l'Est, ni l'Union Soviétique, n'ont connue : celle du totalitarisme conscient. Un phénomène nouveau imprévisible ?
La stabilité avant tout est l'objectif majeur du régime, mais le XXIème siècle s'annonce sous le signe des turbulences. L'histoire de la Chine a été sillonnée de fièvres et par 150 ans "de honte et d'humiliation". On peut penser que le pays saura acquérir une mentalité de grande puissance. Il ne serait pas surprenant qu'il connaisse aussi quelques résurgences d'un grand passé et du nationalisme vivace.
LA RÉPUBLIQUE DE CORÉE
février 2004
Sur une superficie voisine de 100.000 km2, la population de la Corée du Sud est estimée à 48 millions d'habitants. La principale religion est le bouddhisme, suivi du protestantisme (39 %) et du catholicisme (13 %). Avec l'arrivée, en février 2003, d'un nouveau président, M. Roh, la jeune démocratie coréenne a franchi un palier et s'est engagée dans un mouvement de réformes touchant tous les secteurs de la vie publique.
I LA SITUATION INTÉRIEURE
Malgré une culture politique marquée par la tradition autocratique, la jeune démocratie coréenne poursuit son processus d'enracinement. C'est en 1987 que le mouvement a obtenu l'organisation des premières élections présidentielles. La concentration des pouvoirs dans la personne du président rappelle la filiation autoritaire de la Constitution.
Le paysage politique est marqué par de fréquentes recompositions. Deux partis dominent actuellement la vie politique : le MDP de l'ancien président Kim Dae-Jung et les "Forces conservatrices" représentées par le GNP, plus proche des grands conglomérats coréens. Le MDP est surtout implanté dans le Sud-Ouest, alors que le GNP domine dans le Sud-Est.
La victoire de M. Roh a constitué une réelle surprise. Il incarne un véritable renouvellement de la vie politique coréenne. Il a été élu grâce aux voix de la jeunesse.
Avocat de 56 ans, il s'est spécialisé dans les droits de l'Homme. Il a su jouer habilement du sentiment identitaire des Sud-Coréens en se présentant comme le candidat du dialogue avec la Corée du Nord.
En l'espace d'une génération, la Corée du Sud a connu un développement remarquable qui lui a permis de se hisser au 12ème rang mondial, depuis 1960. Cette réussite est le résultat d'une politique industrielle active. La production s'est développée autour d'énormes sociétés : les "Chaebols". La Corée a ainsi acquis de solides compétences dans les nouvelles technologies de l'information. Cependant, certains conglomérats rencontrent des difficultés (Daewoo et SK-Global). La véritable incertitude pesant sur l'économie est liée aux tensions avec la Corée du Nord. Le Sud connaît cependant des montées de fièvre régulières contre l'ancien oppresseur colonial, le Japon, voire contre les Etats-Unis. Ces derniers sont contestés sous prétexte de leur attitude intransigeante vis à vis de Pyongyang ou à cause des bases américaines.
II LA POLITIQUE ÉTRANGERE
- La division de la péninsule domine la politique extérieure face à la menace du Nord avec son régime totalitaire et proliférant. Séoul n'a pas d'autre choix depuis un demi siècle que de maintenir une solide alliance avec les Etats-Unis.
Les Coréens ont décidé d'envoyer en Irak une unité mixte de 3.000 hommes, composée pour moitié de soldats combattants et d'unités médicales et techniques.
- La réconciliation avec la Corée du Nord reste l'objectif prioritaire des autorités. Le dialogue entre les deux Corée avait connu une percée importante, en 1991, interrompue lors de la crise nucléaire de 1994. Le nouveau président Kim Dae-Jung, en février 1998, a repris l'initiative d'une "politique d'embellie", avec l'optique d'une réunification lointaine. Mais cette orientation se heurte à la mauvaise volonté du Nord. L'espoir ténu persiste d'une ouverture du "royaume ermite", mais la Corée du Sud ne peut pas agir seule. Elle a besoin de la Chine, des Etats-Unis et du Japon. La Corée se compare à une "crevette entre deux baleines" (Etats-Unis et Chine).
Avec le Japon, les relations restent marquées par la condescendance et le ressentiment. La diversification des relations suit deux axes principaux : l'Asie du Sud-Est et l'Union européenne.
En cas de réunification, c'est une nouvelle puissance de 70 millions d'habitants qui émergerait en Asie et modifierait l'équilibre régional.
CONCLUSION
- La Corée du Sud est devenue le 3ème partenaire commercial de la France en Asie, mais notre part de marché reste faible, à 1,3 % en 2003 (malgré un TGV qui sera inauguré en avril).
- La Corée du Sud a soutenu jusqu'à présent la candidature japonaise pour ITER, mais pourrait être ouverte au dialogue. La France est attachée à un règlement global de la question coréenne dont l'objectif doit être le démantèlement complet, vérifiable et irréversible des installations nucléaires nord-coréennes.
- La France demeure le seul pays au sein de l'Union européenne à ne pas avoir normalisé ses relations avec l'Etat nord-coréen.
ELECTIONS EN
RUSSIE : NOVEMBRE 2003 ET MARS 2004
Moins de vingt ans après l'arrivée de Gorbatchev au pouvoir, la Russie va voter pour des élections législatives, suivies d'une élection présidentielle. Dans un pays où ont toujours dominé l'imprévisible, l'autoritarisme et le secret, il faut tenter de souligner difficultés et progrès depuis l'implosion de l'Union Soviétique en 1991.
REGARD SUR LA PÉRIODE DE BORIS ELTSINE
Eltsine est devenu le premier président à la fin de l'Empire parce qu'il rassemblait dans sa personne à la fois une continuité avec le passé, tout en symbolisant le rejet du communisme. Il était un personnage de la vieille Russie, mal à l'aise dans un système de séparation de pouvoirs, en ayant tout de même un sentiment pour la démocratie et les libertés civiles Son idéologie relevait de l'anti-communisme, ce qui ne l'a pas empêché de terminer son mandat avec l'absolutisme d'un monarque d'autrefois. Le chemin parcouru à Moscou s'est révélé différent de celui de la Pologne ou de la Tchécoslovaquie, où l'on a assisté à un consensus entre anciennes et nouvelles élites.
En Russie, l'opposition était trop faible et la nomenklatura trop forte pour aboutir à un compromis. L'idéal aurait été l'abandon du pouvoir par Eltsine après 1996, à cause de sa maladie et de son incapacité croissante à gouverner. Son maintien à la présidence a conduit à la dégradation et à la démoralisation de la Russie. Il est vrai qu'en dehors du communiste Ziouganov, l'alternative n'existait pas pour les électeurs. On s'est donc retrouvé dans la tradition russe du pouvoir monolithique et vieillissant.
Après avoir gagné deux élections, Eltsine s'est transformé en un écran pour les clans dissimulés derrière le trône. On lui doit d'avoir obtenu l'impossibilité d'un retour au communisme et d'avoir permis l'existence de la libre expression et une atmosphère pluraliste pour la classe politique.
LA SUCCESSION PAR VLADIMIR POUTINE
Après la crise financière de l'été 1998, Eltsine est apparu de plus en plus malade, faible et impopulaire. Soucieux de préparer sa succession et surtout de protéger les intérêts de sa famille, il s'est concentré dans la recherche d'un premier ministre fiable. En mai 1999, le sort tomba sur Sergueï Stepachine. Début août, il fut remplacé par Poutine que personne n'attendait. Colonel du KGB en Allemagne de l'Est, il avait aussi servi dans l'entourage du maire de Saint-Pétersbourg, Sobchak. Le 31 décembre 1999, Eltsine étonna le monde entier en annonçant sa démission. Versant une larme, il a demandé pardon, en s'excusant de n'avoir pas réalisé tous ses rêves. Fixée au 26 mars 2000, l'élection fut remportée par Poutine, au 1er tour avec 53 % des votants. La société russe avait ainsi exprimé sa préférence pour la stabilité et la sécurité. La plus haute fonction du pays était tombée dans la besace d'un inconnu, après une période d'essai de quatre mois comme premier ministre
Avec le recul des années, les sources du pouvoir du président apparaissent claires :
- prix élevés du pétrole
permettant l'amélioration de l'économie.
- étonnantes cotes de popularité autour de 70 %, prolongées
jusqu'en 2003.
- capacité de séduction de forces diverses et parfois opposées
: libéraux partisans de l'Etat, conservateurs ou modernes,
parlementaires.
- évolution de la société vers des valeurs russes
traditionnelles d'ordre, en raison du vieillissement de la
population
Vladimir Poutine demeure difficile à définir : c'est un sphinx politique. Les critiques contre lui ne manquent pas :
- sa politique de contrôle
envers les médias, les instituts de sondage et la télévision.
- son attitude envers les oligarques.
- l'affaire du sous-marin Koursk.
- les ventes d'armes et de technologie
- la Tchétchénie.
- "la verticale du pouvoir" comprenant sept super-préfets.
L'environnement économique des élections de 2003 et de 2004 devrait être favorable, non seulement en raison de la situation énergétique, mais aussi par une situation meilleure de la consommation (hausse des revenus moyens et faible taxation).
Pour la première fois, "la
Russie n'est peut-être plus une interrogation dans un mystère
à l'intérieur d'une énigme",selon le mot de Churchill.
Elle devient plus lisible. Dans ces progrès, le rôle du Président
Poutine et son sens politique autoritaire sont indiscutables. Sa
réélection en 2004 ne semble guère faire de doute. Elle
devrait marquer davantage encore le retour de la Russie sur la scène
mondiale.
LA
RUSSIE ET L'EUROPE OCCIDENTALE : LE DILEMME RUSSE
Août 2003
Le livre de Marie-Pierre Rey, "Le dilemme russe" (2002, Flammarion), traite de la nature des liens avec l'Europe et la question identitaire sur longue durée de la Russie autocratique à la Russie post-communiste. Pour certains, être russe c'est appartenir à une grande nation qui se doit de garder la tête haute et de croire à un bel avenir malgré la crise actuelle. Pour d'autres, c'est souffrir de l'arrogance occidentale, ressentir l'humiliation d'avoir fait longtemps jeu égal avec les Etats-Unis et de n'être plus qu'un "parent pauvre", invité à contrecoeur aux sommets du G7. Pour d'autres encore, c'est accepter les difficultés des temps présents pour être un jour en mesure d'assurer à la Russie un avenir démocratique.
Au-delà de leurs divergences, ces perceptions renvoient toutes au passé pluriséculaire de la Russie et s'attardent sur ce lien complexe que le pays entretient avec l'Occident et plus encore avec l'Europe.
UN HÉRITAGE CONTRASTÉ
Du Moyen-Age au début du XVIème siècle, les relations russo-européennes apparaissent comme marginales et épisodiques. Les moments fondateurs de l'histoire nationale contribuent à rejeter la Russie, pourtant chrétienne, à la périphérie de l'Europe :
- le choix de l'orthodoxie a placé en 988 la Russie dans la sphère d'influence de Byzance. Elle s'affirma chrétienne, tout en soulignant son "orientalité" contre un Occident catholique.
- l'invasion mongole déferla en vagues successives (1223-1237-1240) et cette tutelle s'exerça pendant plus de deux siècles et orienta la Russie vers l'Asie Centrale et le monde musulman.
Il faudra attendre Ivan le Terrible (1547-1584) pour constater une première tentative d'ouverture vers l'Europe occidentale. Jusqu'en 1700, la Russie va s'accroître en moyenne annuelle de 35.000 km2. La libération du pays sera effective en 1612 avec la mise en place d'une nouvelle dynastie "les Romanov". Ainsi, trois siècles avant la venue au pouvoir de Pierre le Grand, les relations avec l'Europe ont changé, passant de l'indifférence à une progressive découverte des pratiques et des usages des uns et des autres. Le Tsar Pierre 1er régna plus de trente ans, affirma un dessin ambitieux, celui de faire de la Russie une grande puissance capable d'égaler les Etats les plus importants du continent. En 1712, Saint-Pétersbourg devint la capitale administrative et politique de l'Empire. Après la disparition de Pierre 1er en 1725, survint le temps des impératrices et notamment de Catherine II, à la fin du XVIIIème siècle. Avec la Révolution française, l'heure est à la méfiance à l'égard de tous les étrangers susceptibles de véhiculer des idées subversives. Pour Catherine II, "si la Révolution française s'empare de l'Europe alors il viendra un autre Gengis Khân ou un Tamerlan". "C'est là ma prophétie" ! "Même le nom de France devrait être exterminé. L'égalité est un monstre".
UNE PHASE NOUVELLE
L'engagement de l'Empire dans les affaires européennes gagne en ampleur. Chèrement acquises, les victoires contre Napoléon n'amènent pas le pays à se replier sur lui-même. Le pouvoir est alors omniprésent sur la scène européenne, oscillant au fil des décennies entre un rôle de sauveur, d'arbitre et de gendarme de l'Europe monarchique. Les progrès vers l'extérieur se heurtaient au manque d'ouverture de la politique interne. Dans "la Russie en 1839" le Marquis de Custine ne cesse de dénoncer l'apparente européanité, "je ne savais pas encore ce qu'est la rencontre d'un gouvernement absolu et d'une nation d'esclaves". Cette faillite russe, Tchaadaev l'explique par l'isolement et l'ignorance morale et spirituelle : "Solitaires dans le monde, nous n'avons pas versé une seule idée dans la masse des idées humaines, nous n'avons en rien contribué au progrès de l'esprit humain".
En réalité, les occidentalistes se font au XIXème siècle les chantres d'une ouverture à l'Europe. A contrario, les slavophiles, issus de la noblesse provinciale, voient dans l'exaltation de l'identité russe la seule voie du salut. "Les valeurs de l'Europe ne sont qu'illusoires, source de décadence".
Ce débat s'est encore poursuivi au XXème siècle :
"Staline était persuadé qu'après la guerre l'Allemagne s'offrirait une révolution et se transformerait à son tour en un Etat prolétarien. Il avait les mêmes espoirs avec la France et l'Italie". (Mémoires de Molotov).
Pour la plupart des dissidents politiques, le salut de l'URSS n'était pas à trouver dans une greffe du modèle occidental, mais dans une évolution du régime vers un "marxisme-léninisme authentique" et un retour aux valeurs anciennes de la Russie orthodoxe. (C'est tout le sens du combat de Soljenitsyne).
LE RETOUR EN EUROPE
En mars 1985, l'arrivée de Gorbatchev au poste de Secrétaire général du PCUS signe une évolution décisive de l'histoire soviétique. Cette révolution met un terme aux ambitions mondiales de l'URSS. Il se produit un recentrage progressif vers les questions européennes (le concept de maison commune). La Pérestroïka renoue ainsi avec la notion de glacis culturel, un glacis ne cherchant plus à protéger le pays de toute contamination venue de l'Occident, mais qui permettrait une diffusion des pratiques du continent.
Le rapprochement sous le Président Poutine sera-t-il durable ? C'est un des enjeux majeurs des décennies à venir, au-delà des élections législatives de décembre 2003 et des présidentielles de mars 2004.
LA
CORÉE DU NORD NUCLÉAIRE : MENACE ENCORE
Août 2003
Les efforts de la Corée du Nord pour développer des armes nucléaires constituent un défi pour l'Asie du Nord-Est, les Etats-Unis et la communauté internationale. Certaines informations annoncent un second site de production. La diplomatie peut-elle forcer le régime à abandonner ses programmes dangereux ?
QUE SE PASSE-T-IL EN CORÉE DU NORD ?
Ce pays peut se définir par son secret, sa xénophobie et sa puissance militaire. Outre sa ligne de démarcation avec la Corée du Sud, elle dispose de 1.400 kilomètres de frontières avec la Chine et la Russie. Des centaines de réfugiés fuient, chaque jour, vers l'espoir de la prospérité chinoise.
Après la mort de son père en 1994, Kim Jong-Il occupe maintenant tous les postes de responsabilité politique et militaire. L'armée est prépondérante : plus d'un million d'hommes sous les drapeaux et une réserve de près de cinq millions de personnes. La République Démocratique Populaire de Corée du Nord possède des armes de destruction massive chimique, biologique et construit des missiles balistiques Scud, No Dong (1.300 kms) et Taepo Dong (2.000 kms). Elle vend des armes, notamment au Pakistan, au Yémen et à l'Iran. Dans le domaine du nucléaire, elle a bénéficié d'une assistance soviétique : accord en 1959 entre Moscou et Pyongyang pour un complexe à Yongbyon à 92 kilomètres au nord de la capitale. La coopération s'est encore développée en 1985. Malgré cela, les deux Corées Nord et Sud ont signé, en décembre 1991, une déclaration de "dénucléarisation de la péninsule", ayant au préalable accepté le traité de non-prolifération et passé des accords avec l'Agence internationale de l'énergie atomique.
RÉACTIONS DES ETATS-UNIS
Dès 1989, le renseignement américain s'est inquiété de l'importance des travaux nucléaires en Corée du Nord, sans obtenir de réponse précise. En 1994, l'Administration Clinton obtenait un accord KEDO prévoyant la fourniture de :
- deux centrales nucléaires civiles (hors usage militaire) pour 2003.
- et, en attendant, 500.000 tonnes de pétrole.
En outre, les deux parties s'engageaient à reprendre des relations normales. Mais les difficultés s'accumulent : les livraisons des réacteurs ne sont maintenant plus prévues avant 2008 et 2009, retard également pour les livraisons de fuel lourd. La Corée du Nord, elle, refuse les inspections prévues par l'Agence Internationale de Vienne et, en 2003, annonçait son retrait automatique du traité de non-prolifération.
Depuis l'élection du Président George W. Bush, les contacts ont été nombreux : classement de Pyongyang dans "l'Axe du Mal", visite de James Kelly sur place, annonce par la Corée du Nord qu'elle disposait de deux bombes. L'impasse serait totale et le président américain aurait déclaré : "Je déteste Kim Jong-Il ; j'ai à son égard une réaction viscérale, parce qu'il affame son peuple".
L'intervention en cours en Irak ne facilite pas la solution et, compte tenu du calendrier électoral américain en novembre 2004, elle oblige à la relance de la négociation diplomatique entre différents pays : Corée du Nord et du Sud, Etats-Unis, Japon, Chine, Russie, ce qui devrait se réaliser à l'automne 2003.
POSITION DES ACTEURS ET ENJEUX
§ Corée du Sud
:
La 11ème économie mondiale, avec 47 millions
d'habitants, vit à proximité des missiles Nord-Coréens. Séoul
se trouve à 50 kilomètres au Sud de la ligne démilitarisée,
à distance de tir de l'artillerie du Nord. Le pays vit dans
l'inquiétude d'une frappe américaine contre le régime
staliniste voisin. On se souvient du conflit des années 1950,
qui a entraîné la mort de millions de civils et de soldats et
l'on recommande plutôt une politique constructive. Autre inquiétude
: les conséquences d'une réunification trop rapide et coûteuse
(cf. Allemagne de l'Est).
§ Corée du
Nord (22 millions d'habitants) :
Personne ne sait bien ce que peut souhaiter le régime en
faillite. Pyongyang est un pays qui a expulsé les inspecteurs
des Nations-Unis et qui est le premier à s'être retiré du
traité de non-prolifération. Pour abandonner ses programmes
nucléaires il demande surtout aux Américains des garanties de
survie de son régime et la signature d'un pacte de non-agression.
§ Japon
:
La visite du Premier Ministre Koizumi, en septembre 2002, en Corée
du Nord, a permis une certaine baisse de tension. Les transferts
entre les Coréens du Japon et leur pays sont estimés à plus de
100 millions de dollars. Leur blocage gênerait la Corée du Nord.
Le Japon est allié des Etats-Unis et cette crise l'incite à
renforcer sa puissance militaire (anti-missiles et marine).
§ Chine
:
Pékin est le premier partenaire commercial et le meilleur allié
de la Corée du Nord. La Chine lui fournit de l'énergie et des
aliments. Elle s'inquiète d'un possible effondrement de son
voisin. Sa priorité va au maintien de sa propre croissance et
elle redoute l'extension des famines en Corée du Nord.
§ Russie
:
Poutine a visité Pyongyang en 2000 et a reçu Kim Jong Il, deux
fois en Russie. Le président estime que la crise doit être résolue
par des négociations patientes
§ Etats-Unis
:
Washington ne veut pas d'armes nucléaires en Corée du Nord, qui
conduiraient à une multiplication des attentats terroristes dans
le monde. Les experts sont divisés sur le principe de la survie
du régime en contrepartie de l'arrêt des programmes en cours.
En fait, la position américaine se révèle hésitante.
LE
PAKISTAN ENTRE PRESSIONS AMÉRICAINE ET ISLAMISTE
juillet 2003
Les élections d'octobre 2002 ont vu la résurgence des partis religieux au Pakistan. Pour la première fois dans l'histoire de ce pays, une alliance de six partis islamiques a triomphé dans deux provinces proches de l'Afghanistan.
La campagne électorale a été marquée par la défense de l'Islam et par des slogans contre les Etats-Unis.
Le Pakistan, peuplé de 150 millions d'habitants, devrait atteindre 250 millions en 2025, soit la 5ème place mondiale. Le pays, sous l'autorité du Président Musharraf, se trouve écartelé entre les demandes des Etats-Unis pour lutter contre le terrorisme et la montée des partis religieux, regroupés sous l'étiquette du MMA.
I RELATIONS ENTRE LE CLERGÉ ET LES MILITAIRES
L'alliance MMA a gagné une majorité de sièges dans la province de la frontière du Nord-Ouest (NWFP) et dans celle du Balouchistan. La première couvre 9 % du total du Pakistan et représente plus de 13 % de sa population. La seconde constitue 43 % du territoire et seulement 5 % des habitants.
En théorie, le Pakistan peut être considéré comme une théocratie islamique. La Constitution de 1973 déclare l'Islam, religion officielle de l'Etat.
En pratique, l'armée est la source de l'autorité centrale. En conséquence, le droit religieux est un allié naturel des militaires.
Le pouvoir, en adoptant une politique ouverte à l'Ouest et aux Etats-Unis, se trouve souvent dans une position ambiguë par rapport aux religieux.
L'alliance entre mollahs et militaires s'est encore renforcée dans les dernières années. Ils ont un ennemi intérieur commun : les partis politiques non religieux comme ceux de Benazir Bhutto (PPP) et de son rival, Nawaz Sharif (PML). D'autre part, les conservateurs religieux ont été les associés des militaires pendant la guerre contre les Soviétiques en Afghanistan (1979-1989). Ils étaient alors alliés des Etats-Unis.
Par la suite, après sa prise de pouvoir en 1999, le Général Musharraf a abandonné les Talibans afghans, bénéficiant ainsi de l'appui américain.
La coopération dans la lutte contre le terrorisme s'est poursuivie et a permis l'arrestation de nombreux membres d'Al Qaïda. Après le 11 septembre 2001, le Président Musharraf a maintes fois répété que la survie du Pakistan exigeait un changement dans sa politique afghane.
"Pakistan d'abord" est devenu le nouveau slogan du président pakistanais. Cette nouvelle donne n'est pas toujours appréciée par les partis religieux, mais le MMA ne souhaite pas s'opposer aux militaires.
II RIVALITÉS ENTRE L'ISLAM ET LE POUVOIR
La principale priorité politique du MMA réside dans sa volonté de mettre en uvre les recommandations idéologiques du Conseil de l'Islam et du ministère des Affaires religieuses. Par exemple, les partis islamiques souhaitent une économie sans taux d'intérêt et une islamisation du système financier.
Plus généralement, le MMA n'a pas caché ses intentions, dans les deux provinces où il a remporté la victoire électorale, d'appliquer la loi religieuse (la Sharia). Il manifeste sa volonté de protéger "les droits des femmes" ; ce qui dans son esprit signifie : réglementer leur ségrégation dans les écoles et la vie publique, les voiles et les vêtements.
D'autre part, les religieux veulent engager des actions contre les professions et les affaires non islamiques (magasins de musique, cinémas, vente d'alcools, etc ). Dans certaines localités, ils veulent empêcher les antennes satellites et s'élèvent contre "tous les excès" de la civilisation occidentale.
Malgré sa tendance à gouverner par décrets et ordonnances, le Président Musharraf n'a pas souhaité user de ses pouvoirs contre l'extrémisme religieux. Plus encore, les militaires ont eu tendance à soutenir ces partis durant les élections d'octobre 2002.
Se sentant nécessaire, le MMA a réussi à islamiser la législation par petites étapes et notamment dans les domaines des femmes et des minorités.
Musharraf et son premier ministre auront devant eux deux choix :
- soit résister,
- soit acquiescer à l'agenda islamique.
S'il ne marque pas un point d'arrêt, le gouvernement se prépare à des conflits sociaux et risque d'éroder sa légitimité, "déjà très relative".
Le Gouvernement fédéral devra restreindre l'activité des gouvernements provinciaux du MMA notamment et leur orientation belliqueuse (Jihad) et la culture des armes.
Si les responsables du MMA continuent à exploiter les sentiments anti-américains, le Pakistan pourrait devenir de plus en plus isolé et connaître une crise politique.
Le problème du Général Musharraf se trouve dans l'histoire politique du Pakistan. Ce pays a connu des alternances de régimes militaires et civils. L'armée s'est maintenue au pouvoir en formant des alliances avec le Clergé et les milieux musulmans. Elle a ainsi restreint le développement de la démocratie et de la société civile.
A titre d'exemple, les écoles religieuses (Madrassas) se sont multipliées sous les présidences du Maréchal Ayub Khan (1958-1969) et du Général Zia-Ul-Haq (1977-1988). L'armée en reçoit maintenant l'héritage fondamentaliste. Durant ces périodes de dictature, les Etats-Unis soutenaient déjà les militaires pour lutter contre le communisme athée et l'invasion de l'Afghanistan par l'Union Soviétique.
Aujourd'hui, le Général Musharraf, qui a obtenu en 2002 une extension de son mandat, tente de s'appuyer à la fois sur le Clergé et sur les Etats-Unis, tout en se battant contre les restes du réseau Al Qaïda.
Religieux et militaires partagent une hostilité envers l'Inde au Cachemire.
Toutes ces contradictions finiront par faire surface dans la vie politique du Pakistan.
On ne peut pas lutter contre le terrorisme par de simples demi-mesures.
L'AFGHANISTAN : DIX-HUIT MOIS APRES LES ACCORDS DE BONN
mai 2003
Après l'occupation soviétique de 1979 à 1989, le régime communiste a cédé la place à une république islamique. Apparu en 1994, le mouvement des Taleban a imposé une chape de plomb intégriste sur les territoires conquis, dont la capitale Kaboul en 1996.
La réaction des Etats-Unis aux attaques terroristes du 11 septembre 2001 a provoqué le renversement de la situation en Afghanistan. Les bombardements américains, dans le cadre de la campagne "liberté immuable", ont permis la progression des troupes du Front Uni du Nord.
La Conférence inter-afghane de Bonn a débouché sur un accord, le 5 décembre, qui a mis en place une administration intérimaire pour six mois, présidée par un Pachtoune M. Hamid Karzaï, dont les principaux postes sont revenus aux Tadjiks de l'ancien Front Uni.
Le calendrier des accords de Bonn est respecté : à l'autorité transitoire a succédé, le 22 juin 2002, l'Etat provisoire islamique. Une Constitution devrait être adoptée en octobre 2003 par une Assemblée et s'achèvera par des élections générales en juin 2004.
La communauté internationale contribue à la reconstruction de l'Afghanistan : santé, éducation, agriculture, réhabilitation des routes, etc
Deux programmes sont particulièrement importants :
- la formation de la nouvelle armée afghane, avec un concours essentiellement américain et français. Les plans, à l'origine, ont prévu une force de 70.000 soldats, mais jusqu'ici 4.500 ont été formés. Cette formation de l'armée va de pair avec celle de la police nationale assurée par l'Allemagne.
- le programme de démobilisation / réinsertion des Moudjahidin doit commencer en juin 2003. Il sera notamment financé par le Japon.
Toutes ces étapes de reconstruction ne sont guère satisfaisantes et souffrent des rivalités entre différents organismes internationaux : ONU, Union européenne, les ONG, les Etats.
Les Américains ont vite perçu les limites de l'action internationale et ont lancé l'initiative des "équipes de reconstruction provinciale".
II LES DIFFICULTÉS DU PRÉSIDENT KARZAÏ
Détenant un pouvoir absolu, le président manque d'autorité. Il est, en effet, démuni de tout moyen coercitif. Son administration, inefficace, est un handicap et ses ministres comme ses conseillers sont incompétents.
Le pouvoir de M. Karzaï apparaît, de plus, menacé :
- par son ministre des finances qui a la haute main sur les recettes de l'Etat et sur ses dépenses.
- par les dirigeants de l'ancienne Alliance du Nord, notamment le Maréchal Fahim, premier vice-président et ministre de la défense.
- par les pouvoirs locaux, les fameux "Seigneurs de la guerre" (Ismael-Khan, Dostom, etc
Le bilan du président est donc mince, au moment où l'Etat est en cessation de paiement : de nombreux officiels se sont lancés dans les affaires et la corruption est effrénée.
La production d'opium a atteint des records en 2002. 80 % de l'héroïne consommée en Europe vient d'Afghanistan et l'argent de la drogue finance en partie le terrorisme.
Dans le cadre de la présidence française du G8, une conférence sur les "routes de la drogue" rassemblera à Paris, les 21 et 22 mai 2003, l'ensemble des pays par lesquels la drogue est acheminée vers l'Europe.
La scène politique s'articule, avant tout, autour du cur panchiri et tadjik de l'ancienne Alliance du Nord du Commandant Massoud.
D'autres partis ont des influences locales (Chiite, Sunnite, et Ouzbek) et représentent les intérêts ethno-linguistiques, dont l'audience ne dépasse pas certaines régions.
On pourrait citer, en outre, une multitude de petits partis, parfois réunis dans des micro-coalitions. Mais sont absents dans la vie politique, aujourd'hui, un grand Parti Pachtoune et, plus encore, un grand Parti National pro-Karzaï.
La vie politique afghane n'est donc toujours pas tournée vers l'unité nationale. Les rivalités et les oppositions se renforcent. La menace des Taleban se fait davantage sentir depuis quelques semaines. S'ils ne sont pas en mesure de prendre le pouvoir par les armes, ils font peser un risque : le sud de l'Afghanistan échappe de plus en plus au contrôle.
L'Etat afghan n'est pas vraiment indépendant : il doit son existence à la communauté internationale, pas toujours consciente des enjeux.
La visite de Madame Chirac et du Secrétaire d'Etat aux affaires étrangères apparaît comme une bonne nouvelle pour le gouvernement afghan. C'est un geste de confiance et de solidarité.
LE JAPON
ENTRE PROSPÉRITÉ ET CRISE ÉCONOMIQUE
Le Japon représente la deuxième économie mondiale, mais depuis douze ans sa croissance demeure faible.
Le Premier ministre Koizumi, qui occupe ce poste depuis deux ans, avait promis de moderniser le système japonais mais il rencontre des difficultés à réaliser cette ambition.
Le P.L.D., au pouvoir pratiquement depuis 1955, demeure dominant, tout en ayant les plus grandes difficultés à satisfaire ses électeurs. Lentement, le Japon devient le pays industriel le plus endetté au monde. Le taux de chômage se trouve à un taux historique de 5,5 %. La jeunesse japonaise tend à perdre l'esprit légendaire de discipline. Les voyages à l'étranger atteignent des niveaux élevés, les restaurants sont souvent combles.
Dans ce pays où l'épargne est importante, il y a un sentiment à la fois d'impuissance, de statu quo et l'on peut se demander si le Japon ne se transforme pas en pays modèle de stagnation.
I - LE JAPON EN MUTATION POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE
Les gouvernements successifs ont tendance à considérer la crise comme un simple ralentissement conjoncturel de la croissance et à repousser les questions de fond.
Le Japon se trouve dans une crise d'un modèle de développement et de confiance. Il présente une croissance faible, explicable en partie par le vieillissement du pays. La population qui avait augmenté de 55 % entre 1945 et 1990 devrait commencer à décroître dès 2005.
Les instruments de régulation que sont la politique budgétaire et la politique monétaire apparaissent inopérants avec l'explosion de la dette publique et le très bas niveau des taux d'intérêt.
Le Japon vit en bordure de la récession. La vie politique japonaise n'apporte pas de réponse satisfaisante aux interrogations des citoyens. Le modèle de société est profondément remis en cause, le sentiment d'appartenance du salarié à son entreprise perd de sa pertinence. Les grandes entreprises, symbole du miracle japonais, n'ont plus le panache d'autrefois.
Une frange croissante de la société japonaise est à la recherche d'autres voies.
L'identité des Japonais semble passer de moins en moins par la sphère du collectif et dans le changement, les femmes ont un rôle de plus en plus important.
Cependant le Japon connaît une crise à la mesure de la puissance de ses moyens. Avec ses 126 millions d'habitants, le Japon crée toujours 15 % de la richesse mondiale et assure 10 % de la consommation mondiale. Il fait le pari de la compétitivité à travers les restructurations et un développement fondé sur les hautes technologies. Il s'est engagé dans un effort considérable de recherche - développement, qui avoisine chaque année près de 3,5 % de PNB (80 % privés, 20 % publics).
II - LES AMBITIONS DE PUISSANCE GLOBALE DU JAPON - LES CONTRAINTES
Longtemps présenté comme un géant économique et un nain politique, le Japon cherche à redéfinir sa politique étrangère et aspire à jouer le rôle d'une puissance globale.
Le pays estime disposer d'atouts permettant de peser sur la scène internationale au 21ème siècle. Il a modifié sa législation pour autoriser les forces d'autodéfense à participer à des opérations de maintien de la paix et à fournir un soutien logistique aux forces américaines en Afghanistan.
Le Japon affirme une présence active dans toutes les régions du monde et est reconnu pour son aide aux pays en développement. Il cherche à s'imposer comme un des piliers du système international. Il a opéré un retour vers l'Asie. La montée en puissance de la Chine constitue son principal défi.
Le Japon est aujourd'hui le premier partenaire commercial de la Chine et le deuxième investisseur dans ce pays. Son déficit commercial avec Pékin ne fait que s'aggraver. Les produits chinois occupent désormais 18 % du marché japonais, mettant en péril plusieurs secteurs, comme ceux du textile et des appareils électroménagers.
Le Japon considère la Chine, non seulement comme un marché prometteur, mais aussi comme une base de production de ses propres produits à destination de l'Europe.
Tokyo souhaite la répartition des rôles : au Japon, les hautes technologies ; à la Chine, la production et la sous-traitance.
Sur le plan de la sécurité, le test des relations avec Pékin reste Taïwan. Toutefois, le Japon ne cache pas ses préoccupations envers les programmes militaires développés par la Chine.
Actuellement, ce sont les relations avec la Corée du Nord qui inquiètent Tokyo. La surprise est venue de la visite du premier ministre japonais à Pyongyang le 17 décembre 2002. Les révélations sur l'existence d'un programme nucléaire clandestin ont marqué un coup d'arrêt dans le processus de normalisation entre la Corée du Nord et le Japon.
Avec la Corée du Sud, les relations restent marquées par le poids du passé.
Le Japon cherche surtout à structurer l'Asie orientale autour de lui par le développement d'une coopération à l'échelle régionale. Il explore deux pistes : un partenariat économique global avec l'Asie du Sud-Est et la création d'un bloc régional constitué de pays amis : Australie, Nouvelle-Zélande, Singapour, Corée du Sud, Taïwan.
Après le 11 septembre 2001, le Japon s'est engagé dans la coalition contre le terrorisme, mise en place à la suite des attentats.
Le Japon se sent obligé de se rapprocher de son allié américain et est convaincu que Washington doit jouer un rôle dans le dénouement de la crise en Corée du Nord.
La question est de savoir jusqu'où le Japon entend aller alors que la relation Tokyo - Washington s'inscrit désormais à l'intérieur de l'équation Pékin -Washington.