LA SITUATION ÉCONOMIQUE INTERNATIONALE A LA FIN DE L'ÉTÉ 2004
septembre 2004

Nous sommes habitués aux cycles économiques d'une certaine durée : reprise et réduction de la croissance. Depuis l'année 2004, nous étions dans une phase ascendante sous l'impulsion des Etats-Unis et de la Chine. La France commençait à sentir les bienfaits d'une sortie de crise économique. Le diagnostic n'est plus certain. Pourquoi ? Nous sommes dans une période d'accélération de la mondialisation, de déséquilibres intercontinentaux et d'incertitudes généralisées sur la situation mondiale, y compris pour le prix du pétrole brut.

Pour tenter de comprendre la donne actuelle faite de soubresauts, de contradictions et de statistiques peu fiables, il faut partir de la situation dans chacune des grandes zones économiques. Nous sommes encore dans une phase de croissance mais l'expansion n'est plus aussi forte que prévu.

I – LES ETATS-UNIS

L'emploi et les indicateurs sociaux sont des signes préoccupants pour la rentrée politique. Le nombre d'Américains vivant sous le seuil de pauvreté a atteint 35,9 millions en 2003, soit 12,5 % de la population.

La pauvreté se définit par une rémunération de 9.573 dollars par an pour une personne seule et 18.660 dollars pour une famille de quatre personnes (dont deux enfants). Sous la barre de ces chiffres se trouvent de très nombreux Noirs et des jeunes. Pour information, le revenu moyen annuel d'un ménage américain a stagné à 43.318 dollars, soit 35.844 euros. Pour compléter le tableau, le dernier recensement précise que 45 millions d'Américains n'ont pas de couverture sociale et que le coût des couvertures pour la santé ne fait qu'augmenter (+ 13,9 % en 2003).

Les Américains sont passés d'un excédent budgétaire de 1 % en 2000 à un déficit de 5 % en 2004, tandis que les taux d'intérêt étaient ramenés à leur plus bas niveau depuis plus de 40 ans et que la Maison Blanche laissait filer le dollar de plus de 30 %. Qui aurait pu imaginer que le pays de l'ultralibéralisme allait remettre au goût du jour des doctrines économiques de gauche ? La politique de relance menée par la Maison Blanche n'a-t-elle qu'artificiellement stimulé l'activité ? Modèle de solidité ou dangereuse illusion ? Nous devrions connaître la réponse après l'élection, dans l'année 2005.

II – LA CHINE

La Chine apparaît maintenant orientée vers un ralentissement. Son expansion a dépassé 9 % au premier semestre 2004. Mais aujourd’hui l'on perçoit une tendance à l'augmentation des stocks et peut-être même à une surproduction, notamment dans le secteur automobile. On pense généralement à un atterrissage en douceur.

III – LE JAPON

Le Japon se trouvait sur la voie de la reprise mais le second trimestre n'apparaît pas aussi brillant. La situation de l'emploi s'est dégradée et le taux de chômage a grimpé à 4,9 %, contre 4,6 % en juin. La demande des ménages marque elle aussi des signes d'essoufflement.

IV – LA ZONE EURO

Elle semblait promise aux espoirs de la reprise, particulièrement en France et en Espagne. C'est l'Allemagne qui apparaît le plus en difficulté, avec une tendance à la baisse du moral et de la consommation.

 Les patrons allemands sont à nouveau en proie aux doutes à l'approche d'une rentrée sociale difficile. Le pays est particulièrement sensible au ralentissement du commerce international.

Certains experts pensent que la Grande-Bretagne, dont l'économie reste brillante, pourrait dépasser l'Allemagne à un horizon encore lointain. C'est peut-être accorder trop d'honneur à une économie de services.

CONCLUSION

Le risque principal de l'économie mondiale réside dans le pétrole. L'augmentation des prix du brut s'explique par l'augmentation de la demande, surtout en Chine. Cependant, la volatilité des prix comporte une prime de risque. Une hausse de cinq dollars du baril entraîne une réduction de 0,8 % de la croissance.

Les dangers du terrorisme expliquent aussi pourquoi l'économie ne progresse plus d'une façon régulière. C'est cependant surtout l'emploi qui est le sujet le plus préoccupant, avec ses cortèges de délocalisations et de réduction régulière des coûts.

Devant tant d'incertitudes, les indicateurs confirment un passé dynamique et un avenir nuageux.


MERCI A L'UNION DES FRANÇAIS DE L'ÉTRANGER
juillet 2004

Après ma décision de ne pas me représenter à la prochaine élection sénatoriale du 26 septembre prochain, je tiens à exprimer mes remerciements au Président de l'UFE et à M. Launay qui ont accueilli cette chronique sur les événements du monde.

Membre de l'UFE depuis 1964, donc depuis quarante ans, j'ai toujours été très attaché à notre Union, ciment indispensable de tous les Français établis hors de France. Ayant vécu à l'étranger avec ma famille pendant trente ans, en Afrique du Nord, en Australie, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud et en Italie, j'ai pu apprécier l'importance du rôle de nos compatriotes et ce qu'ils font pour la France. J'ai pour eux la plus grande estime et amitié. Beaucoup sont heureux, beaucoup connaissent des difficultés et des inquiétudes à l'heure où les événements se précipitent. Qu'ils sachent que je penserai souvent à eux et qu'ils n'hésitent pas à me dire si je peux encore les aider.

C'est l'heure des bilans, le moment où l'on revoit des souvenirs. Je voudrais cependant dépasser l'émotion et aborder avec vous trois événements : la situation en Irak, l'élection américaine et le référendum sur l'Europe prévu à l'automne 2005.

I – QUE PEUT-IL SE PASSER EN IRAK ?

Depuis des années j'ai suivi ce dossier. Ce qui m'a le plus surpris c'est la méconnaissance de l'histoire de ce pays. L'Irak est une vieille terre de civilisation. L'Empire ottoman y a laissé sa marque.

Les Britanniques sont les meilleurs connaisseurs du terrain. En y arrivant en 1917, ils ont découvert un peuple farouche, nombre de tribus et déjà un grand esprit de résistance à l'occupation étrangère. Oui, Saddam Hussein a maltraité son peuple. Il a été aidé dans ce règne de terreur et parfois renforcé par les maladresses des occidentaux.

Si l'on veut tenter de comprendre les divisions transatlantiques, l'histoire devra nous apprendre à quel moment précis les Américains ont décidé la guerre, officiellement déclenchée le 20 mars 2003. On peut penser que le 11 septembre 2001 a été l'élément déterminant. Mais, en fait, la théorie des néoconservateurs s'était exprimée dans ce sens dès la fin de la guerre froide.

La France pouvait-elle simplement s'opposer au conflit ? Pouvait-elle laisser l'offensive se dérouler sans élever la voix ? Elle a voulu rappeler que le respect du droit international, en particulier lorsqu'il s'agit du recours à la force, était essentiel pour garantir la stabilité du monde. Elle a voulu marquer les risques considérables pouvant résulter du conflit : confrontation entre les civilisations et recrudescence du terrorisme.

De plus, Le Chili, le Mexique et certains pays africains, membres du Conseil de Sécurité, ont fait savoir qu'ils ne voulaient pas céder aux pressions et devoir choisir entre les deux camps. Ils ont donc incité les grandes puissances et notamment la France et les Etats-Unis à exprimer clairement leurs convictions au sujet d'une seconde Résolution pour autoriser l'offensive au-delà des engagements convenus dans le texte 1441.

La France a eu raison d'affirmer qu'il ne s'agissait pas de gagner une guerre contre le régime de Saddam Hussein, mais beaucoup plus encore de savoir ce que l'on pourrait faire de l'Irak après la victoire. Les Américains ont triomphé mais ce qui compte c'est le ressentiment laissé dans le pays et dans la région du Moyen-Orient. Nous en sommes là ; les attentats se succèdent. L'impréparation sur les suites de la guerre a été totale : Arrivera-t-on à réaliser un équilibre entre les différentes ethnies et confessions de l'Irak ?

L'Afghanistan apparaît lui aussi dans une situation également préoccupante après la rupture entre le Président Karzai et le Maréchal Fahim, son premier vice-président et ministre de la Défense. Cette tension révèle à nouveau les rivalités ethniques d'un pays où le commerce de la drogue fleurit. Les élections sont fixées au 9 octobre prochain et le départ de l'organisation "Médecins sans frontières" n'est pas de bon augure.

II – LE 2 NOVEMBRE 2004 : BUSH OU KERRY ?

Le temps des Conventions s'ouvre aux Etats-Unis sur un souvenir de l'élection de l'année 2000. Elle nous rappelle que contrairement à la France depuis 1962, le président américain n'est pas élu au suffrage universel mais par l'addition des résultats électoraux des Etats et Territoires américains.

Al Gore, le démocrate, l'avait emporté au suffrage universel mais George W. Bush a été déclaré vainqueur après la décision de la Cour Suprême donnant aux républicains la victoire en Floride. Au-delà de l'épisode, la carte électorale comporte des Etats bleus, c'est-à-dire démocrates, sur la Côte Ouest et les pays de la Nouvelle-Angleterre ou du Middle West industriel. La couleur rouge, républicaine, s'inscrit au Sud et dans l'intérieur américain où les zones rurales penchent vers le parti de Bush, contrairement aux banlieues urbaines.

Entre 17 et 27 Etats sont considérés comme étant en balance, à la portée de l'un ou de l'autre candidat en 2004. Ils représentent 213 grands électeurs et il en faut 270 pour être élu président des Etats-Unis. La bataille va se concentrer dans quelques grands Etats. Les plus disputés pourraient être la Floride (27 grands électeurs), la Pennsylvanie (21), l'Ohio (20) et le Michigan (17).

La religion sera un facteur déterminant. Les 65 millions de catholiques sont divisés entre les deux grands partis. Les 70 millions de protestants évangéliques sont eux plus proches des Républicains. Un film de la chaîne parlementaire des Etats-Unis (PBS) est édifiant : le "facteur Jésus". Il démontre que la grâce a touché George W. Bush après son second mandat de gouverneur du Texas. Il aurait déclaré qu'il était alors "convaincu que Dieu voulait faire de lui le président des Etats-Unis". Bush a été qualifié de président le plus ouvertement religieux dans l'histoire moderne. "Le facteur Jésus" nous rappelle comment il a personnellement lutté contre des échecs dans les affaires et une tendance à l'alcoolisme. Il a pris la décision de changer sa vie, de suivre les conseils de Billy Graham et d'étudier la Bible.

Dans un pays comme la France la place de la religion est tout autre. Un président peut être pratiquant mais il ne doit pas s'afficher, ni imposer ses convictions à ses concitoyens.

Le résultat de 2004 s'annonce très serré et pourrait être aussi, au-delà des thèmes de politique intérieure, un véritable référendum sur la politique étrangère de George Bush et la perception, hélas dégradée, des Etats-Unis dans de nombreux pays du monde.

III – LE RÉFÉRENDUM SUR L'EUROPE A L'AUTOMNE 2005

Une dizaine de pays européens organiseront un référendum pour ratifier la Constitution européenne. De ces consultations, deux seront décisives. Elles se dérouleront en France et au Royaume-Uni.

Si des pays plus petits refusaient de ratifier le texte, les juristes trouveraient bien le moyen de maintenir l'édifice. Le Président de la République française a pris sur le sujet un risque calculé. Pour Tony Blair c'est un pari considérable.

La position de Jacques Chirac embarrasse l'opposition socialiste. On peut penser que le PS se divisera et que s'il approuve il le fera sans enthousiasme. L'enjeu est d'importance : Souvenons-nous de la bataille de Maastricht gagnée par une très courte tête. Elle a permis d'aboutir à la création d'une monnaie unique et à l'abandon du franc français. Aujourd'hui nous n'avons à nous prononcer que sur un texte rassembleur et incontestablement meilleur que le fatras épars de documents depuis le Traité de Rome.

La victoire est-elle acquise par avance ? Pour ma part, je ne le pense pas, tant les Français seront enclins à juger suivant l'humeur politique du moment. Quelle sera la conjoncture de l'automne 2005 ? Les jeunes trouveront-ils plus facilement un emploi qu'en 2004 ? Les taux d'intérêt et le dollar seront-ils à la hausse ? D'autres interrogations se posent. Les terroristes se manifesteront-ils ? Les agriculteurs seront-ils plus optimistes ? Les médecins et les syndicats, de meilleure humeur ? Par avance, on perçoit que l'environnement jouera un rôle primordial. La Turquie sera-t-elle toujours à l'ordre du jour ? Une seule certitude dans ce dédale de perceptions  : ne pas voter la Constitution européenne serait un drame de grande ampleur et le plus mauvais exemple que nous, Français, pourrions donner. Certes, l'Europe n'est pas parfaite, mais elle nous a été favorable et elle est meilleure que la solitude dans un monde de grands ensembles.

Notre réflexion s'applique aussi à la Grande-Bretagne. Elle peut rêver du grand large mais malgré des erreurs elle est nécessaire à notre continent. Si M. Blair gagne les législatives, il ira au référendum, conforté par son succès et plaidera plus ouvertement que par le passé l'avantage que présente cette Constitution pour la politique britannique.

Dans un référendum sur l'Europe il y a toujours un parfum de politique intérieure. Souhaitons la victoire de la stratégie de Jacques Chirac et de Tony Blair.

J'espère que les Français de l'étranger voteront nombreux et contribueront à ce succès.

Merci encore. Avec ma très sincère amitié.

 



LES BALKANS EN PERSPECTIVE
mai 2004

Comparée au Moyen-Orient et à l'Irak, la situation dans les Balkans apparaît presque oubliée. L'élargissement de l'Union européenne nous oblige à la réflexion sur une situation loin d'être stabilisée.

I – LES ÉCHECS DE LA POLITIQUE EUROPÉENNE AU DÉBUT DES ANNÉES 1990

Le fiasco initial a eu plusieurs causes :

- la méconnaissance du terrain balkanique et notre difficulté à interpréter les signaux annonciateurs du conflit dans une Yougoslavie fissurée de partout,

- la désinformation du régime titiste qui n'a pas permis de déceler le réveil des nationalités,

- la désunion des Européens et notamment le discorde franco-allemande sur la Slovénie et la Croatie.

Nous n'avons pas vu naître le premier conflit armé sur notre sol depuis 1945.

II – L'UNION EUROPÉENNE A TIRÉ LES LEÇONS DES ÉCHECS INITIAUX

La politique européenne de sécurité (PESC) s'est forgée dans les Balkans et la PESD y a trouvé son terrain d'élection.

L'Union a accompagné les transitions démocratiques en Serbie et en Croatie après la chute des régimes autoritaires.

La Déclaration de Zagreb en novembre 2000 a fixé une doctrine :"les pays des Balkans ont vocation à se rapprocher de l'Union européenne pour l'intégrer un jour".

Le Sommet de Zagreb, conforté par celui de Thessalonique de juin 2003, a mis sur pied "le processus de stabilisation et d'association" ainsi qu'un fonds d'assistance : CARDS, doté de 4,6 milliards d'euros pour cinq ans.

III – L'UNION EUROPÉENNE EST INTERVENUE DANS LE REGLEMENT DES CRISES

- En 2001 en Macédoine, après la guérilla du printemps, Européens et Américains ont parrainé les Accords d'Ohrid.

- Les velléités du Monténégro de procéder à une déclaration unilatérale d'indépendance en 2002 ont été découragées par l'Union européenne.

- Le 14 mars 2002, un accord a été conclu qui a mis sur pied une union rénovée, communauté étatique de Serbie et Monténégro. Ces deux pays ont l'un et l'autre une option de divorce par consentement mutuel en 2005.

Les capacités militaires et policières de l'Union ont été mises à l'épreuve sur le terrain grâce aux deux premières opérations de la PESD en Macédoine et en Bosnie-Herzégovine. Dans ce dernier pays l'Europe a désigné un Haut Représentant en 2001, le britannique Paddy Ashdown.

La PESC et la PESD ne s'exercent pas contre les Etats-Unis. Elles se développent en étroite coordination avec eux. Néanmoins, la politique de sécurité de l'Union dans les Balkans pêche par manque de visibilité en raison de la dispersion européenne. L'adoption de la Constitution devrait pallier cette faiblesse.

III – L'INQUIÉTUDE DU KOSOVO

Depuis 1999, le Kosovo est administré par la Mission des Nations-Unis (MINUK – Résolution 1244).

Les évènements du 16 au 18 mars 2004 ont constitué un rappel de la haine existante entre Kosovars, Albanais et Serbes.

Bilan : 19 morts, 900 blessés, destruction d'églises, monastères, habitations.

Les causes de cette violence sont profondes :

- les frustrations de la population et des partis politiques face à une stratégie internationale perçue comme un moyen de gagner du temps pour différer le statut final du Kosovo.

- le fonctionnement compliqué d'institutions démocratiques.

- la détérioration de la situation économique : chômage de l'ordre de 60 % et PNB constitué à 50 % d'assistance étrangère.

L'ensemble de ces frustrations se focalise sur la MINUK ressentie comme un substitut de l'ancienne puissance coloniale.

La KFOR et la police de l'ONU sont passées près de la catastrophe.

L'AVENIR EN FACE

Des élections ont été annoncées par le représentant de l'ONU, M. Holkéri, le 23 octobre 2004.

Le débat est déjà engagé entre des idées serbes de décentralisation et de cantonisation destinées à consolider les enclaves serbes et le souhait des Kosovars de l'indépendance.

Dans cette région, la violence du Kosovo pourrait s'étendre à la Serbie et à ses minorités albanaise, musulmane, croate ou hongroise.

L'ombre du Congrès de Berlin en 1878, qui a redessiné les frontières des Balkans, plane sur l'ensemble de la région. On ne peut être qu'étonné de la complexité et de l'imbrication des organisations internationales sur le terrain.


LES DIFFICULTES DE L’ALLEMAGNE
avril 2004

Le Chancelier Schröder s’est engagé depuis le début de sa seconde législature en septembre 2002 dans un important programme de réformes de l’Etat-providence, très controversées au sein de son parti.

Il a abandonné le 6 février dernier la présidence du SPD pour tenter de calmer les critiques internes contre sa politique. Ce geste vise à enrayer le déclin du Parti qui traverse un déficit d’image.

Le premier test électoral de l’année à Hambourg, le 29 février dernier, s’est avéré un échec cuisant pour le SPD dont cette ville constituait un fief. Conséquence de l’impopularité du Chancelier, les Verts alliés du SPD se retrouvent en position de force. Ils ont obtenu un résultat honorable à Hambourg, de 12,3 % des voix. Pourront-ils continuer de gagner du terrain sans diviser davantage la coalition ?

Face à une opposition (CDU-CSU) confirmée dans ses ambitions, mais qui est encore trop divisée pour réclamer des élections anticipées, le gouvernement devrait bénéficier d’un répit avant d’affronter la douzaine d’échéances électorales, régionales et locales qui rythmeront 2004.

I – L’Ambiguïté des Verts allemands

Entrés au gouvernement fédéral de M. Shröder pour la première fois en 1998, forts de 8,6 % aux élections législatives de septembre 2002, les Verts, avec 55 députés, ont permis la reconduction de justesse de la coalition rouge-verte avec le SPD. Maintenant, ils ne font plus mystère de leurs divergences d’approche avec le SPD et ils sont assez curieusement épargnés par la grave impopularité qui touche le SPD au pouvoir. Le ticket Schröder-Fischer continue de déterminer le paysage politique allemand.

Il existe cependant des tensions accrues en politique extérieure à propos de la Chine et aussi sur les questions européennes. M. Fischer tient maintenant des propos réservés sur les groupes pionniers. Les Verts se considèrent comme le pivot de la politique intérieure allemande. Ils sont bien représentés au sein des couches urbaines et favorisées. Par contre, ils ne le sont pas dans les nouveaux länder de l’Est.

On commence à percevoir des points communs avec la CDU-CSU sur certains sujets : libéralisme économique et réforme des systèmes sociaux. Par contre, ils s’opposent sur l’immigration dont ils prônent le recours en fonction des besoins de l’économie. De même, ils n’ont pas du tout les mêmes points de vue avec l’Union sur la sortie du nucléaire.

Autre point d’éloignement : l’intégration de la Turquie où les Verts tout comme M. Schröder se sont prononcés en faveur d’une entrée à terme.

Enfin, M. Fischer est très soucieux de ne pas être celui qui heurte de front Washington. M. Fischer demeure le leader incontesté du parti vert et il a été à la tête du mouvement ayant conduit au Congrès de Rome en février dernier à la création d’un parti vert au niveau européen.

II – L’Union CDU/CSU : forces et faiblesses

A – Les forces

L’Union CDU/CSU bénéficie de la majorité absolue au Bundesrat (41 voix sur 69), Chambre haute représentant les länder.

Cette majorité au Bundesrat et au sein des gouvernements des länder l’assure de la majorité au sein de l’Assemblée fédérale chargée d’élire le 23 mai le prochain président de la République fédérale en remplacement de M. Rau. Son candidat, M. Koehler, est assuré d’être élu.

B – Les faiblesses

Malgré cette position de force apparente, la CDU/CSU peine à se présenter comme une alternative crédible. En effet, les questions de personnes sont encore en suspens : entre Mme Merkel et M. Stoiber d’une part, et d’autres figures montantes telles que M. Koch.

Certes, les élections fédérales ne sont pas prévues avant 2006. Pour le moment, on ne peut que constater l’absence de cohésion au sein de l’opposition sur le contenu des réformes.

Le choix du nouveau Président de la République fédérale a illustré les tergiversations au sein de l’opposition. M. Koehler a été choisi contre M. Schäuble. Les observateurs notent simplement que Mme Merkel a renforcé son ascendant depuis l’automne dernier.

III – Un contexte économique décevant

Le chancelier reste confiant dans la puissance de son pays dont il a vanté les qualités lors de son voyage officiel aux Etats-Unis. Depuis le milieu des années 90, l’Allemagne a augmenté sa part du marché mondial. Exportations et importations représentent plus des deux tiers du PIB. 500 000 salariés allemands travaillent dans leur pays dans des entreprises américaines. Le chancelier peut à juste titre insister sur l’attractivité qui résultera de la mise en œuvre de l’agenda 2010. Mais en attendant, les entreprises allemandes connaissent des résultats contrastés. C’est le cas de Lufthansa et de Volkswagen qui a annoncé près de 5000 emplois supprimés, dont la moitié en Allemagne. A l’inverse, on peut souligner la solide santé de Siemens, voire du groupe franco-allemand EADS.

L’ambiguïté de la situation ne réside pas seulement dans des approches différentes et successives de la classe politique. Le chancelier a ainsi reçu le soutien du futur candidat chrétien-démocrate à la Présidence de la République. Il est également encouragé par les milieux d’affaires et les organisations patronales pour réformer le marché de l’emploi et la politique sociale engagée dans le cadre de l’agenda 2010. On pourrait presque dire que l’opinion publique, qui pressent le danger de la situation, aspire à des rapprochements nouveaux de la classe politique.

Au lendemain du premier tour des élections régionales françaises, et compte tenu des turbulences internationales, on peut peut-être se demander si les clivages classiques gauche-droite seront suffisants pour résoudre les problèmes posés dans les deux grands pays amis de l’Europe.

La globalisation est à l’assaut de notre histoire commune. Nous serions plus grands si nous étions capables de résoudre ensemble des problèmes qui se ressemblent.


LA CONSTRUCTION EUROPÉENNE ET L'ANNÉE 2004
février 2004

2003 laissera en Europe le souvenir d'une année difficile. Il y a un an, les Quinze venaient de conclure à Copenhague les négociations d'adhésion avec dix pays candidats et de fixer leur date d'entrée dans l'Union, au 1er mai 2004. Dès janvier 2003, notre Union se divisait à l'occasion de la crise irakienne.

Le 13 juin 2003, la Convention, présidée par M. Giscard d'Estaing, parvenait à un consensus sur le projet de Constitution. Mais l'année s'est terminée sans son adoption. De plus, le Conseil ECOFIN a adopté des conclusions imposant à la France et à l'Allemagne de revenir sous la barre des 3 %, en 2005, pour le déficit budgétaire.

Le 15 décembre 2003, six États (Allemagne, Autriche, France, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède) donnaient le coup d'envoi de la négociation des perspectives financières 2007-2013, en faisant part de leur volonté de plafonner les dépenses à leur niveau actuel. Seul élément vraiment positif : la relation franco-allemande, revigorée depuis fin 2002 grâce à l'accord de Bruxelles sur le financement de la PAC.

Pour 2004, on peut souhaiter : la réussite de l'élargissement, l'accord sur le projet de Constitution et un retour à la croissance.

I – LE PANORAMA POLITIQUE EUROPÉEN

Pour plusieurs pays, l'année 2004 sera celle d'élections importantes :

- en Espagne, élections législatives en mars, qui devraient voir la victoire du Parti Populaire (PP). M. Rajoi devrait succéder à M. Aznar.

- la Grèce votera en mai. Une victoire de la Nouvelle Démocratie de M. Costas Caramanlis pourrait ne pas entraîner de changement majeur des choix gouvernementaux.

- en Roumanie, les élections présidentielles prévues à partir de fin 2004 déboucheront sur un changement de président.

- au Luxembourg, on s'attend, en juin, à un renforcement du Parti Chrétien Social.

- en Lituanie, en crise, le Président Parksas fait l'objet d'une procédure de destitution.

- en Pologne, les scrutins ne sont officiellement prévus qu'au printemps 2005. Certains observateurs pensent que les élections à la Diète auront lieu en 2004.

- en Italie, M. Berlusconi pourrait connaître des difficultés.

- en Grande-Bretagne où M. Blair naviguera entre les récifs de la guerre en Irak, les problèmes des universités et les attaques des Tories sous la direction de leur responsable, Michaël Howard, on suppose que le Premier ministre finira par l'emporter.

La situation des gouvernements européens dépendra beaucoup du rythme de la reprise économique, mais le mouvement pourrait aussi s'enrayer du fait notamment du niveau élevé de l'euro.

II – LES INSTITUTIONS EUROPÉENNES

L'année 2004 sera celle du changement :

- le Parlement européen sera intégralement renouvelé et agrandi lors des élections du 10 au 13 juin. Dans l'ensemble de l'Union à Vingt-cinq, on s'attend à une certaine montée des mouvements populistes et eurosceptiques.

- la Commission connaîtra une mutation en deux temps : au 1er mai 2004, elle accueillera un représentant de chacun des nouveaux États membres, soit dix nouveaux commissaires, sans portefeuille, mais disposant du droit de vote.

Au 1er novembre 2004, entrera en fonction la Commission prévue par le Traité de Nice, composée d'un commissaire par État membre.

- le Conseil ne sera pas affecté par des changements : sa présidence, après l'Irlande, sera exercée par les Pays-Bas, du 1er juillet au 31 décembre. Le Conseil européen devra désigner le successeur de M. Solana, dont le mandat prendra fin le 1er novembre, ainsi que le remplaçant de M. de Boissieu au poste de secrétaire général adjoint.

à suivre……

 



LA CONSTRUCTION DE L'EUROPE
octobre 2003

La seconde moitié du 20ème siècle aura été marquée par une tendance au déclassement des nations européennes, comme l'Allemagne, la France, l'Italie et le Royaume-Uni. En 1950, chacun de ces pays figurait, en termes de rang démographique, parmi les dix premiers du monde. Entre 1950 et 2000, l'Allemagne a reculé de la 5ème à la 12ème place. Elle est devenue une puissance "régionale", limitée dans son champ d'action politique. La France, elle, se retrouve à la 20ème place, suivie du Royaume-Uni et de l'Italie. Compte tenu de ces orientations mondiales, il est important de réfléchir aux résultats de la construction européenne.

I – ANTÉCÉDENTS ET PREMIERS PAS DE L'EUROPE

Le projet de voir l'Europe s'unir est très ancien. Victor Hugo disait : "Je voudrais signer ma vie par un grand acte, en réalisant la fondation des Etats-Unis d'Europe. Le Rhin à tous ! Soyons la même république, soyons la fédération continentale ; soyons la liberté européenne et la paix universelle". Il prononçait ce discours à l'Assemblée nationale, le 1er mars 1871. Mais, c'est seulement après la dernière guerre que des progrès décisifs ont été accomplis, notamment avec le discours de Winston Churchill, en septembre 1946. Pour lui, il fallait reconstituer la famille européenne et créer les "Etats-Unis d'Europe". Le Congrès de La Haye, en 1948, marqua un tournant . Au sortir d'une guerre longue, c'était la première manifestation de paix et d'amitié entre les peuples, suivie de nombreuses réalisations :

- le Pacte de Bruxelles, en mars 1948, traité militaire signé par la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg.

- la création du Conseil de l'Europe, en 1949, et la première Assemblée européenne à Strasbourg.

Pourquoi n'avoir pas réussi à fonder une république américaine ? parce que les Etats-Unis sont composés d'Etats qui n'ont jamais été des nations avec une tradition, un patrimoine et un passé. La France a eu d'anciennes régions, "d'anciens pays". L'Allemagne a connu des principautés et des duchés, l'Italie a réalisé tardivement son unité.

La reconstruction de l'Europe, après 1945, n'aurait pas été possible sans le Plan Marshall du 5 juin 1947, annonçant son souhait de lutter contre la famine, le désespoir et le chaos.

II – LES DÉBUTS DE L'INTÉGRATION EUROPÉENNE (1950- 1957)

Robert Schuman avait une vision claire de l'objectif : "Nous ne sommes, nous ne serons jamais des négateurs de la Patrie, oublieux des devoirs que nous avons envers elle. Au dessus de chaque patrie, nous reconnaissons distinctement l'existence d'un bien commun, supérieur à l'intérêt national. L'économie politique devient inévitablement une économie mondiale". Il ajoutait : "L'Europe ne se fera pas d'un coup ; elle se fera par des réalisations concrètes créant une solidarité de fait", d'où la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, le 9 mai 1950.

Ainsi, l'Allemagne, six ans après la fin de la guerre, était réinsérée au sein des institutions. La C.E.C.A. fut un laboratoire, un préalable à l'intégration politique.

La Communauté européenne de défense (C.E.D.) allait suivre. Pour comprendre son échec, il faut se souvenir de la guerre froide, de la guerre de Corée, entre 1950 et 1953, et de l'Indochine.

Dans le plan d'une armée européenne, il y avait le souci de "noyer la composante allemande". L'Assemblée nationale française rejeta le projet, le 30 août 1954, avec la crainte de voir l'Allemagne se reconstituer militairement. Malgré cette défaite pour l'idée européenne, le Traité de Rome fut signé en 1957, permettant de réaliser l'union douanière des politiques communes et d'un marché pour six Etats.

1958 sera l'année du retour du Général de Gaulle au pouvoir, en France. Il souhaitait voir aboutir le projet d'une Europe confédérale avec le Plan Fouchet, en 1961. Le nouveau président français était favorable à une coopération d'Etats autour du couple franco-allemand. Dans son esprit, l'Europe devait être au moins l'égale des Etats-Unis, mais le plan fut rejeté en mars 1962, par suite de l'opposition du Benelux.

Lors du Conseil des ministres du 22 août 1962, Peyrefitte rapporte cette déclaration du Général : "L'Europe, ça sert à quoi ? Ça doit servir à ne se laisser dominer ni par les Américains, ni par les Russes. A six, nous devrions pouvoir arriver à faire aussi bien que chacun des deux super-grands. Et si la France s'arrange pour être la première des six, elle pourra manier ce levier d'Archimède. Elle pourra entraîner les autres. L'Europe, c'est le moyen pour la France de redevenir ce qu'elle a cessé d'être depuis la Bataille de Waterloo, la première au monde".

En janvier 1963, le Traité de l'Elysée sera signé entre la France et l'Allemagne, mais, à l'heure de la ratification, un codicille apparaîtra, demandant l'ouverture au Royaume-Uni de la coopération franco-allemande. Le Général de Gaulle en sera désappointé. Il confiera à Adenauer : "les traités sont comme les jeunes filles et comme les roses. Ça dure ce que ça dure".

En 1966, la France quittera l'OTAN et son commandement intégré. De Gaulle craignait d'être entraîné dans une nouvelle conflagration mondiale et se refusait à aliéner nos forces atomiques. Tout en restant membre de l'Alliance, la France se retira de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, fondée le 4 avril 1949 à Washington. Par son geste, le Général de Gaulle a voulu manifester son souci de l'indépendance nationale.

L'Europe allait néanmoins poursuivre sa route avec :
- l'Acte unique européen, en février 1986, prévoyant la réalisation du marché intérieur au 31 décembre 1992.
- le Traité de Maastricht, signé le 7 février 1992 et ratifié par référendum le 20 septembre, avec 51,04 % des voix.
- le Traité d'Amsterdam, le 2 octobre 1997
- et celui de Nice, en décembre 2000.

En outre, l'Europe allait s'agrandir, d'abord de six à neuf pays (dont le Royaume-Uni), en mars 1972, puis la Grèce, en 1979, et enfin l'Espagne et le Portugal, en 1985.

Aujourd'hui, on peut dire que l'Europe est un fait, sa route a été parsemée d'obstacles. Pour tous, elle a apporté des résultats incontestables.


PLAIDOYER POUR L'ÉLARGISSEMENT
octobre 2003

Le XXIème siècle est pour l'Europe celui de la page qui se tourne. L'Europe, ce sont des valeurs, c'est aussi une histoire et une culture. Les deux années 2003 et 2004 constituent pour l'Union deux années de défis. Elle va s'élargir surtout à l'Est en intégrant dix nouveaux membres. D'autres frappent à la porte : la Bulgarie, la Roumanie, la Turquie. D'autres se présenteront encore dans les Balkans et peut-être sur les pourtours de la Méditerranée.

I – LES ENJEUX DE L'ÉLARGISSEMENT

- L'Union compte, en 2003, 380 millions d'habitants. Si l'on ajoute les 75 millions qui peuplent les dix pays candidats, l'Europe à 25 sera donc constituée de 455 millions d'habitants. Caractéristique principale de l'ensemble : le vieillissement de sa population dans un monde qui devrait être proche de 8 milliards d'habitants en 2025.

- Les nouveaux adhérents seront-ils capables d'instaurer un contrôle de l'immigration à leurs frontières ?

Ils seront, en effet, en première ligne, pour contrôler les frontières extérieures de l'Union. Ils ont été aidés dans ce but par Bruxelles (500 millions d'euros). La plupart des candidats ont introduit des visas pour les ressortissants extérieurs (Russie, Biélorussie, Ukraine, etc …).

Avec eux, l'Europe prend conscience de la nécessité d'une vraie politique de l'immigration.

L'Europe, telle que nous allons la connaître, s'est forgée une identité commune à travers la culture : celle du mélange des nuances de ce continent qui partage les mêmes valeurs fondamentales.

Les pays d'Europe Centrale ont douze ans de pratique démocratique derrière eux. Pour la plupart d'entre eux, il s'agit de retrouver des règles et des réflexes interdits et bannis. Force est de constater leurs progrès et notamment sur la question des minorités.

En 2004, l'Union aura à se pencher sur l'adhésion de la Turquie, qui pose évidemment des problèmes particuliers.

II – L'ÉLARGISSEMENT DE L'UNION VU PAR UN INSTITUT AMÉRICAIN

L'Institut Cato est connu à Washington pour ses positions ultra-libérales, dont témoigne sa devise : "Liberté individuelle, limitation de l'Etat, libre marché et paix" :

"L'élargissement se fera au détriment des intérêts des futurs Etats membres, dont le potentiel de croissance sera bridé par le modèle économique et social de l'Europe de l'Ouest. Ces pays seront victimes d'un marché de dupes. Ils sont condamnés à n'être que des Etats membres de seconde classe".

Les critiques de l'Institut Cato visent particulièrement la politique sociale, l'environnement et l'agriculture. Pour eux, la réalité européenne à l'Ouest se trouve marquée :

- par d'importantes rigidités structurelles et une bureaucratisation de la vie économique.

- par des tares institutionnelles, par exemple, un désintérêt pour les questions de criminalité et d'immigration.

- par une tendance à l'interdiction des OGM américains.

Dans sa dernière partie, le rapport suggère aux Etats candidats de se rapprocher de l'Italie, de l'Espagne et de la Grande-Bretagne, pays qui entendent contrebalancer le couple franco-allemand…

III – COMMENT DÉPASSER LES MALENTENDUS DE L'EUROPE A VINGT-CINQ ?

1- Quels sont les griefs réciproques ?

- du côté des pays candidats : le sentiment que les négociations d'adhésion leur ont été défavorables ; la crainte d'être "colonisés".

- du côté des pays de l'Union, notamment en France : l'élargissement est coûteux. Il va ralentir le processus de décision, il va ralentir l'intégration politique car les candidats s'alignent sur les USA (Irak).

2- Les malentendus recouvrent les trois volets de la construction communautaire :

- la sécurité de l'Europe : le tropisme atlantique des nouveaux adhérents est dénoncé par les "anciens" Etats membres qui eux-mêmes ont tendance à mettre en avant l'Europe comme contrepoids aux Etats-Unis.

La question posée est celle de la PESC : quelle politique étrangère et de sécurité pouvons-nous conduire à 25 ?, quelle place accorder au multilatéralisme ?

- la solidarité de l'Europe : outre la question du modèle social, les malentendus portent aussi sur la redistribution financière au sein de l'Union européenne et sur les politiques communes. Le débat budgétaire de l'élargissement a cristallisé les griefs de part et d'autre.

- la souveraineté partagée de l'Europe. Les Etats membres perçoivent les nouveaux adhérents comme des pays farouchement attachés à leur souveraineté récemment conquise.

Les candidats voient dans le couple franco-allemand une menace de directoire dont ils seraient exclus.

3- Ce constat ne doit pas s'arrêter là et les enseignements de la crise irakienne fournissent justement une occasion salutaire de dépasser les malentendus comme l'a prouvé le succès de la Convention sur l'avenir de l'Europe et la création d'un ministre des affaires étrangères européen.

Plusieurs voies sont à explorer pour dépasser ces malentendus :

- le dialogue bilatéral est plus que jamais nécessaire et il permettra de dépasser l'opposition entre "anciens" et "nouveaux", et les clichés trop communément répandus.

- l'explication de l'Europe aux opinions publiques, dont il ne faut pas méconnaître "l'appétit" d'Europe.

- la prise de conscience renforcée d'une responsabilité commune des Européens pour assurer la stabilité, la prospérité et la solidarité.

- la poursuite du débat sur l'identité de l'Europe, qui ne se réglera pas par un simple préambule dans une convention et qui nous occupera pendant encore de nombreuses années.

 CONCLUSION

Le débat sur l'élargissement doit souligner son intérêt pour les pays candidats. Il leur permettra de rattraper le niveau de vie de l'Europe de l'Ouest entre 2015 et 2025 et le coût net de l'élargissement sera raisonnable, environ 24 milliards d'euros pour les années 2004, 2005 et 2006.

Il doit aussi entraîner une amélioration générale de la situation économique en permettant l'insertion de nouveaux consommateurs. Une étude de la Commission chiffre l'accroissement du PIB, lié à l'élargissement, à deux points annuels pour les pays candidats et à un point annuel pour les Quinze.

L'élargissement est donc une chance pour l'Europe tout entière. Il sera aussi une récompense méritée pour ceux qui ont beaucoup souffert pendant la longue période de la guerre froide.



FRANCE ET ALLEMAGNE EN EUROPE
octobre 2003

Sous ce titre, "Euro-Partenaires" (*) vient de publier une étude soulignant que les deux pays représentent beaucoup plus que "deux Etats sur vingt-cinq", en raison de leur poids économique et de leur influence globale. Les auteurs considèrent que France et Allemagne doivent redevenir le champ privilégié d'initiatives européennes. L'arrivée de dix nouveaux membres modifie en profondeur la physionomie de l'Union. "Ce sera une autre Europe".

I - LA LÉGITIMITÉ DE LA RELATION FRANCO-ALLEMANDE DANS L'UNION ÉLARGIE

Le rôle moteur des deux grands voisins est contesté en raison de leurs performances économiques médiocres. Le chômage élevé et les résistances à la réforme n'en font plus des modèles. Cependant, l'exemplarité de la réconciliation et l'apport culturel des deux pays sont importants. Nous ne sommes pas propriétaires de l'Union, mais fondateurs. Nous avons des responsabilités spécifiques. Des obstacles se dressent : les revendications des pays, l'égalité des Etats, l'échec de Cancun.

La sur-représentation des petits doit continuer à faire partie des règles, mais nier le poids des grands et la légitimité de la relation franco-allemande serait dangereux. La concorde entre les deux grandes nations demeure l'intérêt général.

II – LES CRITIQUES SUR LE 40ème ANNIVERSAIRE DU TRAITÉ DE L'ELYSÉE

Avant l'élargissement, nous avons plus parlé des institutions que de notre projet commun. Français et Allemands n'ont pas à rougir de leur passé européen. Ils ont en partage la paix et un grand nombre de projets, comme par exemple l'Euro, la Brigade franco-allemande et l'Office pour la jeunesse. Néanmoins, la peur du Directoire franco-allemand est récurrente. On nous reproche de mettre souvent nos partenaires devant le fait accompli. De plus, la division de l'Europe à propos du conflit irakien a créé une atmosphère délicate dans le paysage général. On ne peut pas reprocher aux pays candidats, qui ont connu la domination soviétique, d'aspirer à l'entrée dans l'OTAN.

Les relations franco-allemandes n'ont pas toujours été elles-mêmes exemplaires. En ne répondant pas au document de Messieurs Schäuble et Lamers, nous avons perdu une occasion d'exprimer notre stratégie sur l'élargissement. En sens inverse, on peut mentionner notre accord sur la politique agricole commune consistant à garantir que, d'ici 2013, l'enveloppe serait inchangée. En outre, les contributions à la Convention ont bien souligné notre rapprochement et l'intérêt des propositions communes en matière institutionnelle. Ce sursaut récent suffira-t-il ?

III – LE CONCEPT D'AVANT-GARDE

Construire cette avant-garde ne sera possible qu'à certaines conditions :
- assurer la légitimité démocratique en impliquant le Parlement européen.
- aller dans le sens d'une plus grande intégration.
- elle devra être ouverte à tous les pays européens de bonne volonté.
- Avec notre partenaire allemand, il ne faudra pas rechercher une position dirigée contre les Etats-Unis, mais nous limiter à la défense de l'intérêt de l'Europe.

Nous devrions faire des progrès ensemble dans la réforme du financement de l'Union, la représentation économique externe des deux pays (au FMI et à la Banque mondiale). Dans le domaine diplomatique, il serait souhaitable de rechercher toutes les opportunités de converger et de travailler en commun. Malgré 45.000 diplomates européens, l'Union sur le terrain est rarement identifiée comme un acteur cohérent. Après le Sommet européen de Berlin à trois (Grande-Bretagne, France et Allemagne), de nouveaux efforts devront être faits pour la défense.

Renforcer la coopération bilatérale devrait comporter une implication plus grande des pouvoirs législatifs et le soutien à la langue de l'autre.

Entre l'Allemagne et la France, il apparaît nécessaire de trouver une motivation supérieure, notamment pour la jeunesse.

La coopération culturelle pourrait s'étendre dans de nouveaux domaines : politique de traduction, politique cinématographique, cabinets d'étude et organismes de réflexion.

Nous devons ensemble aller plus loin vers une union franco-allemande dans l'intérêt de toute l'Europe.

* : Dans ce cadre, un groupe de travail franco-allemand, animé par Sylvie GOULARD, chercheur associé au CERI, a travaillé en toute indépendance.


LES GRANDES TENDANCES DE L'ALLEMAGNE
septembre 2003

L'Allemagne est confrontée, comme la France, à une situation économique difficile, un taux de chômage élevé, un déficit budgétaire supérieur à la norme de 3 % et à une évolution de ses rapports avec les Etats-Unis.

I – LA POLITIQUE INTÉRIEURE

Le Chancelier Schröder a remporté une courte victoire lors des dernières élections législatives du 22 septembre 2002. La coalition SPD-Verts, en s'imposant face à l'opposition de la CDU/CSU et du FDP, a été reconduite pour un nouveau mandat de quatre années. La coalition dispose de 306 députés sur les 603 que compte le nouveau Bundestag.

Le Chancelier a été aidé par les Verts qui réalisent le meilleur score de leur histoire avec 8,6 %. Ils ont mis en place une stratégie centrée sur la personne de Joschka Fischer, l'homme politique le plus populaire en Allemagne. Par contre, l'opposition CDU/CSU dispose d'une majorité confortable au Bundesrat, dont l'approbation est nécessaire pour l'adoption de la plupart des lois fédérales.

La situation économique reste dégradée. Le Chancelier a donc tenté de reprendre la main en politique intérieure en proposant un vaste programme de changements. L'agenda 2010 porte essentiellement sur une réforme de la protection sociale et du marché du travail : réduction de la durée des allocations-chômage, assouplissement du droit de licenciement.

Le Chancelier préconise la négociation d'accords salariaux au niveau des entreprises et non plus par secteur. Il prône, en outre, une modification en profondeur de l'assurance maladie. Le projet sur les pensions prévoit qu'à taux plein la retraite n'interviendrait qu'après 45 ans d'activité.

Ces réformes entraînent des réactions à l'intérieur même du SPD. L'opposition est également traversée de dissensions et n'a pas de tête de file incontestée, capable de faire contrepoids à la personnalité du Chancelier.

Les élections régionales en Bavière, le 21 septembre, devraient confirmer la domination de la CSU. Mais il n'y a pas de grandes échéances électorales prochaines et le Chancelier voit sa stature et sa popularité se redresser dans l'opinion publique. Et l'on peut se demander si l'opposition souhaite véritablement arriver au pouvoir dans une situation économique aussi difficile.

Messieurs Schröder et Fischer confirment, l'un et l'autre, leur intention de se représenter pour les élections de 2006. Chez les Verts, comme au SPD, on estime que seul le duo Schröder Fischer peut l'emporter.

La conjoncture déprimée de l'Allemagne ne doit toutefois pas masquer la solidité des fondements de l'économie. Les parts de marché allemandes, à l'extérieur, tendent à augmenter. En outre, le PIB consacré à la recherche n'a cessé de progresser au cours des dernières années. L'Allemagne détient des positions-clés dans de nombreux secteurs de pointe (bio, nanotechnologies, chimie, espace …). On doit donc penser que notre voisin pourra aborder la reprise économique dans de bonnes conditions.

II – LES RELATIONS ENTRE L'ALLEMAGNE ET LES ETATS-UNIS

Pour M. Fischer, le pilier de la sécurité de l'Europe et de la stabilité régionale et internationale réside dans la relation transatlantique.

Une Europe forte paraît indispensable aux Allemands pour doter l'OTAN d'un appui solide. La substance de la politique étrangère allemande se trouve désormais dans l'intégration européenne. La coopération avec la France est donc importante.

Dans ces grands principes, on peut noter cependant une évolution de l'Allemagne entre 2002 et 2003 sur son rôle mondial et sur la question de savoir si l'Europe ou les Etats-Unis étaient son partenaire naturel. Cette ambiguïté a maintenant disparu :

- 82 % des Allemands souhaitent maintenant que leur pays prenne une part active dans les affaires internationales (65 % en 2002).

- la moitié des Allemands estime en 2003 que l'hégémonie américaine n'est pas souhaitable.

- Pour cette année, 70 % des Allemands, contre 48 % en 2002, répondent que l'Union européenne devrait devenir une puissance comparable aux Etats-Unis.

- Enfin, l'Union européenne est jugée plus importante que l'Amérique pour les intérêts vitaux de l'Allemagne.

Le transfert de soutien du public allemand des Etats-Unis vers l'Union européenne constitue un facteur clé de l'explication du changement d'opinion Outre-Rhin.

Bien entendu, cette évolution s'explique par la guerre en Irak. Des Européens contestent le leadership mondial américain. S'agit-il d'une position temporaire ou d'une évolution de fond ?

 


L'ITALIE SOUCIEUSE D'ÊTRE RESPECTÉE
juillet 2003

Au 2ème semestre 2003, l'Italie assure la présidence de l'Union européenne, au carrefour entre élargissement et approfondissement, sans oublier la programmation des ressources et des politiques. Ce sera, en un sens, la période de tous les dangers, parce que l'Union devra résoudre des questions vitales, alors qu'elle est aujourd'hui plus divisée que jamais.

I – L'ITALIE ET L'EUROPE

Le pays figure parmi les membres fondateurs des premières institutions européennes.

Il faisait partie des perdants de la seconde guerre mondiale et avait donc intérêt à promouvoir une politique d'intégration européenne.

Au début des années soixante, l'Italie a connu une période de forte croissance mais, avec la crise des années soixante-dix, le pays a rencontré de grandes difficultés politiques, syndicales et économiques. Le chômage, aggravé par la différence entre un Nord industrialisé et un Sud en retard de développement, a transformé les emplois et les opportunités de carrière en monnaie d'échange pour s'assurer le soutien de l'électorat.

Ces tendances ont conduit à un "Etat providence" et à des mouvements de contestation syndicale. L'Italie s'est convertie en un partenaire souvent faible et recherchant le soutien économique de l'Allemagne.

La crise du système de pouvoir démocrate chrétien est apparue dans les année 1980. Les partis, qui avaient soutenu le pouvoir au cours de la Première République italienne, s'en sont détachés, entraînant la dissolution de la Démocratie Chrétienne et du Parti Socialiste. La chute de la Première République a eu deux conséquences :

- la technocratie a gagné en importance,

- les anciens partis ont laissé la place à de nouvelles structures et à une refonte du système politique.

Durant la fin de la période, Rome a cependant réussi, après la dévaluation de la lire en 1993, à être admis au sein de l'Union monétaire européenne.

A partir de 1994, deux coalitions de Centre droit et de Centre gauche se sont relayées à la tête du pays. De 1994 à 1996, la Droite a gouverné avec Silvio Berlusconi. La victoire du Centre gauche (L'Olivier) a vu l'arrivée des gouvernements Romano Prodi, d'Alema et, enfin, de Giuliano Amato.

En 2001, le Centre droit a remporté un net succès électoral, ce qui a permis à Silvio Berlusconi de constituer son second gouvernement, encore en place aujourd'hui. Il comprend trois partis : Alliance Nationale, Ligue du Nord et surtout Forza Italia (partis du Président du Conseil).

La coalition d'opposition se prépare aux élections de 2006.

II – LES AMBITIONS DE LA POLITIQUE DE L'ITALIE

Dans le nouveau contexte italien, la prééminence de Forza Italia semble prouver combien l'électorat apprécie le modèle de la Démocratie chrétienne d'autrefois. Retrouver le clientélisme électoral semble faire partie du jeu politique de la Péninsule.

L'obstacle principal dans cette orientation de politique intérieure vient de l'Europe et du Pacte de stabilité qui limite les marges de manœuvre du pouvoir. Seul, un assouplissement du Pacte pourrait permettre de combiner la politique d'allègement fiscal et les grands travaux, redistribuer la richesse et fournir du travail à la base électorale.

Autre problème rencontré par l'Italie : la profonde division apparue, au sein de l'Union, entre les pays favorables à l'intervention anglo-américaine en Irak et les autres. Berlusconi a pris des positions très tranchées en faveur des Etats-Unis.

Le gouvernement italien soutient donc l'intervention au Moyen-Orient à travers une politique de remplacement des contingents anglo-américains dans des zones moins problématiques que le front de guerre.

On peut également souligner l'importance du déclin économique italien, surtout dans les grandes affaires industrielles, et notamment de Fiat.

Les Italiens observent l'Europe et la soutiennent, moins en raison d'un sentiment profond, que parce qu'ils ont perdu confiance dans l'Etat et le système italiens.

III– LA PERSONNALITÉ DE SILVIO BERLUSCONI

Le Président du Conseil italien ne doit pas être sous-estimé. Son intelligence est réelle. Il a un charisme personnel qui lui permet de compter sur beaucoup de fidèles dans tous les milieux dirigeants italiens. Son autorité de chef de parti ne fait aucun doute. Son désir de moderniser l'Italie est certain. Il est convaincu que seul un entrepreneur, comme lui, autodidacte, peut réussir là où les politiciens ont échoué.

Ses faiblesses résident dans ses excès : marqué par sa réussite personnelle, le président du Conseil semble avoir une confiance aveugle en son instinct. Il est persuadé d'être un vrai visionnaire européen. Pour lui, la Russie et Israël pourraient rentrer dans l'Union …

Il s'estime au dessus des lois et cette assurance s'accompagne d'un besoin constant d'être admiré, aimé, reconnu.

Il a avec la France une relation ambiguë. Il aime notre pays, mais garde un très mauvais souvenir de ses mésaventures audiovisuelles avec l'échec de "La Cinq" ! La presse italienne qui est sous son contrôle est, en général, très négative à l'égard de notre pays. Elle se scandalise lorsque nous traitons, en priorité, avec l'Allemagne.

Parmi les difficultés à prévoir durant les six mois de présidence italienne, devraient apparaître :

- les craintes des petits pays, auxquels il faudra expliquer qu'il n'est nullement question de les "mettre à l'écart". (le rôle du Luxembourg, plus petit membre fondateur, pourrait être très important).

- la question du nombre de commissaires : la solution actuelle pourrait durer jusqu'en 2009. Au-delà de cette date, il faudrait sans doute envisager une réduction. Mais les grands pays accepteront-t-ils l'éventualité de ne plus avoir de commissaire ?

- certains membres, en voie d'adhésion, ne vont-ils pas chercher à éviter toute conclusion des travaux institutionnels, afin de se donner le temps de renforcer leur position au sein de l'Union ?

- enfin, la Pologne et l'Espagne pourront-elles accepter la remise en cause des avantages acquis au Traité de Nice ?

L'Italie de Berlusconi est celle de la réussite financière des petits entrepreneurs qui exportent sur les marchés lointains, ou des petites gens qui espèrent faire fortune en partant de rien, comme leurs modèles, ou plutôt, comme l'image qu'ils leur présentent.



LE DÉBAT SUR L'ENTRÉE DE LA TURQUIE DANS L'UNION EUROPÉENNE
juillet 2003

Dans un contexte marqué par les pressions américaines et celles du gouvernement turc, issu du Parti islamiste AKP, pour obtenir une date d'ouverture des négociations, le Conseil européen de Copenhague, en décembre 2002, s'est rallié à une clause de rendez-vous en décembre 2004.

Le sujet de l'entrée d'Ankara constitue une vieille histoire. Elle remonte à l'accord d'association "communauté européenne", signé le 12 septembre 1963.

Le Conseil européen d'Helsinki, en décembre 1999, a reconnu à la Turquie un statut de candidat à l'adhésion. De ce fait, la Turquie reçoit une aide très conséquente de l'Union pour se préparer à l'événement.

Quant à la Commission, elle a, dès le 9 octobre 2002, estimé que des progrès remarquables avaient été accomplis, tout en soulignant les efforts considérables encore nécessaires.

Nous sommes donc en face d'un problème récurent qui devrait exiger une réflexion particulière sur au moins trois sujets : le rôle de l'Islamisme, la puissance de l'armée et la question posée par Valéry Giscard d'Estaing : la Turquie est-elle européenne ?

I – LA RELIGION EN TURQUIE

En visionnaire obstiné, Mustafa Kemal a fait entrer son pays dans la modernité.

En 1922, il a décidé l'abolition du sultanat, c'est à dire de la monarchie, puis du califat : "la papauté des musulmans".

Dès 1924, il fut enfin libre d'appliquer son programme, composé de six piliers idéologiques : républicanisme, laïcisme, progressisme, populisme, étatisme et nationalisme. Depuis cette époque, la Turquie a beaucoup changé. Mustafa Kemal est mort en 1938. Le pays a connu trois coups d'état militaires, en 1960, 1971 et 1980.

En décembre 1995, un parti islamiste remporte les élections, mais en juin 1997, le premier ministre doit quitter le pouvoir sous la pression des militaires.

Le 3 novembre 2002, les élections sont remportées par le "Parti de la justice et du développement" AKP. C'est à nouveau un parti islamiste qui prend le pouvoir et obtient la majorité absolue à l'Assemblée.

La laïcisation de la Turquie peut se comparer à son modèle français jacobin. La laïcité turque n'est pas persécutrice, comme l'athéisme à la soviétique. Elle est séparatrice, comme en France : la religion n'est pas interdite mais circonscrite à l'espace privé.

Ataturk n'a pas voulu désislamiser son pays, mais le sortir de l'obscurantisme. Il a donc accepté l'Islam, pourvu qu'il ne sorte pas de la maison et de la mosquée. C'est un Islam "sous contrôle". L'Islam se veut soluble dans la laïcité et la démocratie. L'Islam turc comporte des minorités, par exemple, les alévis (une minorité chiite). Cependant, nous aurions tort de pousser à l'extrême la comparaison avec la France. En Turquie, le culte est contrôlé par l'Etat. Les Immans et les prédicateurs doivent respecter la ligne de l'Islam officiel. L'éducation et l'enseignement religieux sont dispensés sous la surveillance et le contrôle de l'Etat.

Le gouvernement actuel, d'origine islamiste, souhaite la création de 15.000 postes supplémentaires à la Direction des affaires religieuses. Une grande partie de la communauté turque d'Europe préfère fréquenter les mosquées dans lesquelles officient des Immans turcs envoyés par Ankara.

II –  L'OMBRE DE L'ARMÉE

Depuis 1923, l'armée n'a jamais perdu de son influence. En Turquie, c'est l'armée qui décide des grandes orientations de la politique étrangère et détermine les règles du jeu politique. A trois reprises, elle est intervenue : en 1960, 1971 et 1980. L'armée est une valeur sûre, une institution respectée. Ses recommandations, édictées lors de la réunion du Conseil de sécurité (MGK), sont prioritaires.

79 ans après sa fondation sur les décombres de l'Empire Ottoman, le système kémaliste ne recueille plus l'adhésion totale de la population.

Dans un pays acquis à la laïcité, l'Islam politique rencontre en 2003 un grand succès.

Le contrat européen, auquel l'ensemble du pays adhère, suppose que les généraux acceptent de réduire leur emprise sur la vie politique.

Tout indique qu'actuellement il n'y a pas d'accord entre les militaires et les islamistes à propos des réformes à accomplir en vue de l'intégration à l'Union. Le rôle de l'armée, jugé démesuré, freine l'évolution de la Turquie. En fait, les militaires sont loin de constituer un bloc homogène.

La mise en application des critères de Copenhague sera laborieuse, car elle suppose un changement radical des mentalités.

III –  LA TURQUIE EN EUROPE ?

Le 7 novembre 2002, Valéry Giscard d'Estaing se déclarait opposé à l'entrée de la Turquie dans l'Union, estimant que ce pays n'est pas européen et que son adhésion signifierait la fin de l'Union européenne. Pour lui, la Turquie est un pays proche de l'Europe, mais ce n'est pas un pays européen.

Pour d'autres, le continent européen n'est qu'une convention mouvante liée au contexte historique. Notre continent n'a pas de frontières claires.

La Turquie dispose d'une culture qui s'est nourrie pendant des siècles au sein des Balkans.

Sur toutes ces questions, nous aurons à réfléchir avant de décider, mais mieux vaut s'y préparer par avance …

 


 

LA POPULARITÉ DE M. BLAIR EN RÉGRESSION ?
juin 2003

La victoire des Travaillistes aux élections générales, en mai 1997, avait mis un terme à dix-huit années de pouvoir ininterrompu des Conservateurs.

La nouvelle victoire du parti de Tony Blair, en juin 2001, a été historique, puisqu'il est le premier chef de gouvernement travailliste à exercer deux mandats successifs.

Les Britanniques savent gré au gouvernement de sa bonne gestion de l'économie. Cependant, le vent a tendance à changer. La popularité du Premier ministre est maintenant plus discutée à la suite de la crise irakienne, au sujet des questions européennes et face aux enjeux décisifs de la réforme des services publics.

Les élections locales et régionales en Ecosse et au Pays de Galles ont été mauvaises pour le Parti Travailliste. Elles constituent un avertissement électoral pour Tony Blair. Le Premier ministre ne bénéficie "d'aucun effet malouines".

I – LA SITUATION POLITIQUE

1 – Les Conservateurs dans l'opposition

Après dix-huit années de pouvoir, les Tories ont manifestement souffert d'un phénomène d'usure. Sortis décimés du scrutin du 1er mai 1997, ils sont rentrés brutalement dans une cure d'opposition. Les têtes ont changé. William Hague a succédé à John Major et le 13 septembre 2001 est apparu un nouveau responsable, Iain Duncan Smith. Homme nouveau, eurosceptique, il n'a pas rendu le Parti plus crédible. On se souvient de Margaret Thatcher ; on ne l'a pas encore remplacée.

2 – Les Libéraux Démocrates

Le Parti libéral démocrate de M. Charles Kennedy a obtenu des résultats prometteurs aux élections de juin 2001, avec 18,3 % des voix et 52 sièges, et a confirmé sa progression aux élections locales de 2003. En jouant la carte du parti d'opposition vis à vis du Labour, les Libéraux démocrates pourraient être les gagnants d'une recomposition du paysage politique.

3- Les Travaillistes

En dépit de sa position dominante à la Chambre des Communes, le Parti est traversé par le malaise identitaire de notre époque.

L'affaire irakienne a avivé les doutes. On s'interroge à Washington, comme à Londres, sur les armes de destruction massive. L'Europe divise le Parti, ce qui a plutôt tendance à faire apparaître deux courants, celui du "New Labour" et une aile gauche, le "Old Labour", conduite par le Chancelier de l'Echiquier, M. Gordon Brown.

II – LA SITUATION ÉCONOMIQUE

Elle apparaît dans l'ensemble satisfaisante, en dépit du ralentissement économique mondial.

Les prix sont restés sous contrôle, sauf dans le secteur immobilier.

Grâce à une consommation intérieure qui s'est maintenue, le Royaume-Uni a échappé à la récession, affichant une croissance du PIB, en 2002, de 1,7 % (1,2 % en France).

Seul le secteur manufacturier apparaît en récession, victime d'une faible productivité et de la chute des commandes à l'exportation (51 Milliards de dollars de déficit commercial sur les douze derniers mois).

L'actualité porte sur l'adhésion à l'Euro. Le gouvernement a promis l'organisation d'un référendum au cours de la présente législature, à condition que "cinq critères économiques" permettent d'évaluer l'opportunité de l'entrée dans l'euro.

Le résultat a été connu le lundi 9 juin. Le référendum n'aura pas lieu à l'automne. Il sera repoussé en 2005. Les nombreux groupes d'influence opposés à l'euro estiment que ce n'est pas le moment de rentrer dans la monnaie unique, à l'heure des difficultés rencontrées par l'Allemagne, la France, l'Italie.

La Banque Centrale Européenne a, comme prévu, abaissé d'un demi point son principal taux d'intérêt, le 5 juin, le ramenant à 2 % (du jamais vu depuis la seconde guerre mondiale). Par contre, la Banque d'Angleterre a décidé de laisser les taux d'intérêt britanniques à 3,75 %. Ainsi, la décision de la Banque d'Angleterre creuse l'écart de taux entre le continent et la Grande Bretagne. Cet indicateur montre que la convergence n'est pas au rendez-vous.

Le Chancelier de l'Echiquier a annoncé, lundi, que son pays n'était pas prêt économiquement à entrer dans la zone euro. Le Premier ministre et lui se seraient mis d'accord pour que le référendum sur le sujet se tienne avant les prochaines élections générales prévues pour 2006.

Deux questions se posent : la convergence sera-t-elle plus au rendez-vous dans deux ans ? Et l'opinion publique sera-t-elle plus favorable à sauter le pas vers l'Euro ?

III – LA RÉFORME DES SERVICES PUBLICS

Réélu en 2001 sur la promesse d'une amélioration profonde des services publics, le gouvernement "New Labour" de Tony Blair sait qu'il sera jugé, en juin 2006, sur cette réforme, pour trois raisons :

-           - l'augmentation de l'effort budgétaire tarde à se réaliser.

-          - le projet d'instaurer un partenariat public-privé dans les domaines de la santé, de l'éducation, des transports, rencontre des difficultés.

-           - les réformes se heurtent à l'opposition des syndicats.

Mr Blair paraît donc devoir redouter l'opposition de l'aile gauche travailliste et des syndicats. Pour tenter de calmer le jeu, le Chancelier de l'Echiquier a décidé de présenter un budget prévoyant pour la première fois depuis vingt ans, une hausse des prélèvement obligatoires pour sauver le service de santé. Ce service constitue le grand mammouth de la Grande Bretagne.

On voit poindre à l'horizon l'accusation d'un retour aux politiques de "plus d'impôts et plus de dépenses" qui avaient causé la perte du Parti travailliste dans les années soixante-dix et conduit à l'arrivée de Mme Thatcher.