EN
SAVOIR PLUS : L'ACTUALITÉ INTERNATIONALE VUE PAR DES ORGANISMES D'ÉTUDE
La politique étrangère de Vladimir Poutine : d’un tournant à un autre ?
1) Ce qui a changé le 11 septembre.
Poutine a tout de suite compris que les attentats modifiaient la donne internationale et offraient à la Russie l’occasion de redéfinir son partenariat avec les Etats-Unis. La Russie a réagi très rapidement, se montrant très coopérative, acceptant la présence américaine dans l’espace aérien russe, transmettant ses connaissances acquises en Afghanistan. Les Etats-Unis ont accepté ce rapprochement avec enthousiasme, semblant même considérer Poutine comme un partenaire plus fiable que les alliés européens.
Il s’agit d’un changement très important car à la fin des années 90, les relations étaient tendues (avec la question de l’élargissement à l’Est de l’Alliance atlantique au moment de la guerre du Kosovo).
Le thème de la lutte contre le terrorisme était déjà très présent mais il est désormais pleinement utilisé par la Russie. Grâce à la lutte contre le terrorisme, les dirigeants russes ont réussi à faire passer au second plan et même à banaliser la guerre en Tchétchénie.
Par
contre, le partenariat avec la Russie a été fortement ébranlé par la guerre en
Irak. La réaction russe condamnant cette guerre a surpris. Pourquoi Poutine
a-t-il choisi de se trouver ainsi aux côtés de la France et de l’Allemagne ? On
peut faire plusieurs hypothèses :
- le mécontentement : la Russie a peu reçu en échange des nombreuses concessions
faites aux Etats-Unis ;
- la crainte des conséquences économiques de la guerre en Irak ;
- la crainte d’une déstabilisation de la région ;
- l’espoir de jouer un rôle de médiateur avec l’Europe ;
- ou montrer sa volonté de s’européaniser.
2) Tout n’a pas changé.
La diplomatie russe avait déjà sensiblement évolué avec l’arrivée au pouvoir de Poutine (très grand pragmatisme, refus de dramatiser les problèmes, refus des tensions avec les pays occidentaux). Poutine pense qu’il est contre-productif de s’opposer à ce qui se produira de toute manière : il s’agit désormais de voir les choses telles qu’elles sont plutôt que telles que la Russie voudrait qu’elles soient.
Par ailleurs, la politique vis-à-vis de l’espace anciennement soviétique depuis l’arrivée de Poutine est très dynamique et couronnée de succès.
3) Le projet international de la Russie a-t-il changé ?
En
a-t-elle un ? Cela ne fait aucun doute :
- objectif d’intégration de la Russie dans la communauté euro-atlantique. C’est
fondamentalement nouveau. Elle souhaite ainsi pouvoir avancer sur la voie des
réformes, assurer sa sécurité. Mais en même temps, elle ne veut pas que l’on
s’ingère dans ses affaires intérieures.
- volonté de spécificité. Poutine a dit quand il était premier ministre que la
Russie n’était pas candidate à l’Union européenne, parce que le pays était par
nature euro-asiatique et avait un rôle particulier à jouer dans l’espace
post-soviétique. Cela débouche sur une politique étrangère multipolaire .
- volonté maintenue de puissance et d’influence dans le monde.
- multilatéralisme. Considérant que le rôle des institutions internationales est
essentiel, la Russie pense que s’y investir est très important.
La
Russie veut se situer par rapport à la puissance américaine. Elle pense à un
monde qui serait « unimultipolaire » :
- avec une superpuissance américaine,
- et plusieurs puissances majeures.
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Intervenant : Aleksei Malachenko, Centre Carnegie, Moscou
Russian perception of the « islamic threat »
Le terrorisme tchétchène est un terrorisme séparatiste. On peut faire le parallèle avec le terrorisme basque.
S’agit-il d’un séparatisme islamique ? Initialement il n’y avait qu’un terrorisme séparatiste mais il prend de plus en plus un accent islamique.
Il s’est avéré que des deux côtés, il était impossible de résoudre le problème tchétchène. Quand le mouvement séparatiste l’a compris, il a glissé vers le terrorisme et le fanatisme religieux a grandi. Des femmes tchétchènes ont acquis de l’expérience dans des camps d’entraînement au Proche-Orient.
Quelles sont les perspectives du terrorisme ? Il devient un facteur permanent.
La perception officielle est cependant tout à fait exagérée. Les politiciens russes et les militaires parlent d’actes terroristes quotidiens, ce qui est faux. Il s’agit d’un instrument pour poursuivre la guerre en Tchétchènie. Les militaires ont ainsi un adversaire noble, comme pouvait l’être l’impérialisme américain auparavant. Ils peuvent ainsi être fiers d’agir en se battant pour cette cause.
Il s’agit aussi d’un élément pour améliorer la position internationale de la Russie. Poutine est très intelligent et a compris qu’il pouvait gagner beaucoup de choses grâce à Ben Laden.
Le pouvoir prend prétexte du terrorisme pour nier qu’il s’agit d’une guerre. Il faut craindre que le slogan de lutte contre le terrorisme soit utilisé dans la politique générale du Kremlin pour régler ses problèmes, ce qui est dangereux pour la démocratie.
Quelle est la perception du terrorisme dans la société ? Les Russes ne s’y intéressent pas vraiment. Il n’a fallu que deux ou trois semaines pour oublier le dernier attentat. On parle beaucoup plus de l’économie, de la corruption, de la criminalité. Les gens maudissent les Caucasiens plutôt que les islamistes. A Moscou, on pense au fond que tout cela est lié à l’activité des services secrets.
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L’indispensable ouverture économique
La priorité est l’ouverture du marché et il est peu probable que cette stratégie change : les derniers discours sont clairs. Même s’il reste une part de protectionisme.
Le processus de réformes engagé est la cause de l’ouverture. En effet, beaucoup de réformes structurelles doivent être faites pour que l’économie aille mieux. Les dirigeants russes sont conscients de la nécessité d’avoir une économie conforme aux pratiques internationales. Cela est indispensable et reconnu de tous.
La Russie va plutôt bien en termes de croissance (autour de 5 %, serait de 6 ou 7 % en 2003), avec une maîtrise des comptes intérieurs et extérieurs. Il serait dommage de casser cette croissance.
L’image du pays s’est sensiblement rehaussée du fait des performances économiques mais aussi du progrès des réformes (fiscales, douanières, code du travail). Selon les études de la bird et de la banque mondiale, la Russie est le pays en tête du peloton des pays en transition en matière d’investissement.
A quels risques l’économie ruse est-elle exposée ? Le maintien de sa capacité de production de pétrole est nécessaire. Pour être un grand exportateur, la Russie doit s’allier avec des partenaires. Les arrivées d’argent risque de pousser à la réévaluation de la monnaie (les industries manufacturières risquent d’en pâtir).
Certains infléchissements inévitables sont à prévoir :
- la Russie reste pour un temps fragile (personne n’a oublié la crise de 1998).
Elle est sensible au prix des hydrocarbures ;
- il reste beaucoup de réformes à faire (système bancaire, système des retraites
notamment) ;
- le moment est venu de faire des réformes structurelles actives de soutien aux
industries. L’économie étant de plus en plus lisible et l’administration
fonctionnant mieux, il faudra une politique d’accompagnement des industries de
l’armement, de l’agriculture, de l’aéronautique, ce qui va provoquer un certain
protectionisme, d’où un risque de frottement avec les partenaires étrangers.
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Vladimir Poutine : une nouvelle approche de la CEI. Le cas de l’union Russie-Biélorussie
La Biélorussie est au centre de l’Europe centrale et est voisine de la Lettonie, Russie, Pologne, Lituanie, Ukraine.
Il existe aujourd’hui un débat assez dur entre la Russie et la Biélorussie sur la possibilité d’une union.
Perception de la Biélorussie à l’ouest :
On dit que Lukachenko est le « dernier dictateur ». Initialement en dehors du PC, ancien directeur de kolkhoze, il fut du côté des putschistes le 25.08.1991, contre la dissolution de l’URSS. Aujourd’hui la Biélorussie est indépendante contre sa propre volonté. Pendant la campagne électorale de 1994, Lukachenko a discrédité tous ses concurrents. Il est devenu président puis à la suite d’un putsch constitutionnel en 1996 (soutenu par Moscou), il est devenu dictateur. Aujourd’hui, les relations se sont dégradées avec l’ouest. A Minsk, la population est majoritairement russe et non biélorusse. L’Etat a été très peu indépendant. Le pays a résisté à la transition démocratique, a renationalisé son économie (80% de l’économie est entre les mains de l’Etat). La politique de Lukachenko est imprévisible tant pour l’ouest que pour l’est. On est en face d’un fou. Investir est donc impossible.
Les relations avec la Russie :
Lukachenko voudrait être président d’une Union soviétique reconstituée, ce qui ne fait pas l’affaire de Poutine ! Les deux personnages se heurtent. Il y avait l’idée d’une alliance militaire au temps du Kosovo. Mais tout a changé fin 2001 avec Poutine et surtout le rapprochement Russie-Etats-Unis.
La Biélorussie est cependant un pays clef du commerce entre l’est et l’ouest. 80% des exportations entre la Russie et l’Union européenne transitent par la Biélorussie. Elle est le troisième partenaire commercial de la Russie (derrière l’Allemagne et l’Italie). Elle est dépendante à 90% de l’énergie russe.
Le dilemme pour la Russie est que l’intégration de la Biélorussie serait avantageuse géopolitiquement, mais dangereuse sur le plan politique.
Perspectives :
- la
Russie va tenter d’obtenir tous les avantages sans intégrer la Biélorussie ;
- la Russie fait pression pour obtenir la modernisation économique de la
Biélorussie, sa privatisation, ce qui est devenu un sujet de disputes ;
- la prise de distance avec la Russie serait catastrophique pour Lukachenko ;
- malheureusement, l’occident n’a pas saisi l’opportunité d’une coopération
régionale après le 11 septembre.
La crise ivoirienne
Intervenant : M. Philippe COLOMBANI, chercheur à l’IFRI
D’après les documents de la Banque mondiale, la Côte d’Ivoire, la Bolivie, l’Ouganda, le Mozambique ont bénéficié du « programme d’allègement de la dette pour les pays pauvres très endettés ». Parmi eux, on remarque que seule la RCI décroche à partir de 1994-95 : les transferts nets des crédits à long terme chutent (seul pays où ils sont négatifs). Cela signifie que l’argent sort, qu’il y a un problème de financement de l’économie.
La raison en est le tarissement des décaissements de crédits à long terme à partir de 1996. Il y a une chute assez sensible des crédits officiels, bilatéraux et multilatéraux. Quand la RCI a été acceptée pour le programme d’allègement de la dette, des contraintes lui ont été imposées, qui l’ont handicapée. Les crédits ont tardé à être mis en place.
On peut penser que nous allons vers la paupérisation de l’Afrique subsaharienne.
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Intervenant : François BAKOU, Octide SA (secteur des assurances)
Depuis le coup d’Etat de 1998, on a assisté à au moins une tentative de coup d’Etat chaque année. L’impact sur les entreprises est très important car il n’y a pas d’investissements étrangers compte tenu de cette incertitude. L’assiette fiscale se rétrécit, la pression fiscale s’intensifie sur le peu d’entreprises qui existent en Côte d’Ivoire. Nous assistons à une catastrophe financière.
L’après-guerre posera le problème de la sécurité. Beaucoup d’armes se trouvent sur le territoire ivoirien (en réalité depuis la guerre du Libéria). Le problème de la criminalité fait que les employés ne sont pas en sécurité. Des bandes organisées risquent de séquestrer les gens.
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Intervenant : Nicole CHEVILLARD, rédactrice en chef, Afrique, Nord-Sud Export (Groupe Le Monde)
Même si risque politique s’est exacerbé, il n’a pas vraiment changé de nature et remonte au problème de succession d’Houphouët Boigny.
Le rapport de force politico-social est simple : un bloc baoulé 40%, le Nord 30%, l’Ouest autour des bétés 25%.
Il y a un mode opératoire du complot qui ne permet pas une bonne alternance et va s’opposer à toute tentative de conciliation : dès qu’un projet se crée, le complot stoppe tout. Exemple du temps d’Houphouët Boigny : le Pape était venu bénir une basilique, des rumeurs de complot ont circulé, Houphouët Boigny a accusé l’opposition, ce qui a nui à celle-ci alors qu’elle commençait à se structurer.
Le 19 septembre, l’atmosphère était toujours aux « vrais faux » complots. On pouvait croire que la scène politique était apaisée. Robert Gueï a parlé du manque de légitimité de Gbagbo, a dit à ses troupes de quitter le gouvernement. Le Ministre de l’intérieur Emile Boga Doudou voulait en finir ainsi que l’armée. Ils ont fomenté une tentative de prise de pouvoir, un faux complot pour en finir avec ceux qui les gênaient. Certains sont partis au moment où les choses éclataient. Mais de part et d’autre, il y a eu un calcul insuffisant du rapport de forces :
- le gouvernement pensait pouvoir se débarrasser des opposants ;
- les mutins pensaient pouvoir prendre le pouvoir à Abidjan en une seule journée.
Il y a eu plusieurs morts, dont Robert Gueï.
La situation est aujourd’hui apaisée mais reste fragile. La mise en œuvre des accords de Marcoussis reste aléatoire.
On retrouve l’ensemble des acteurs de la crise actuelle dès la fin des années 80.
Il était prévu à l’origine dans le processus de succession d’Houphouët Boigny que l’intérim serait assuré par le président de l’Assemblée nationale, puis qu’il y aurait des élections dans les 90 jours. Houphouët Boigny, craignant Bédié, a accepté une autre formule : que le président de l’Assemblée nationale termine le mandat de son prédécesseur. Houphouët Boigny croyait alors avoir du temps devant lui, se représenter en 1995. Il a essayé de faire plaisir à tout le monde, de donner des gages aux gens du Nord en choisissant son premier ministre (Alassane Ouattara a été à la tête du ministère de l’économie puis premier ministre) et à sa propre famille (les baoulés) en intronisant Bédié. Il y eut un axe Nord/baoulé, et une certaine marginalisation de l’ouest du pays.
Des manifestations violentes eurent lieu en février 1992. Gbagbo fit six mois de prison et en nourrit du ressentiment pour Ouattara. Bédié lui proposa de discuter, amorçant un axe baoulé/bété qui n’existait pas jusqu’alors. Gbagbo acquiesca à l’augmentation des indemnités parlementaires et autres avantages, ce qui provoqua les mécontentements dans son groupe politique le FPI (front populaire ivoirien).
Aux élections législatives de 1990, l’opposition emporta 9 sièges (dont 8 pour le FPI) ce qui représentait une grande nouveauté. En mai 1993 fut déposé un projet de loi prévoyant en cas de décès du chef de l’Etat des élections, mais dans les 60 jours. Le jour du vote, Laurent Gbagbo était absent de l’Assemblée.
En 1992 a circulé sous le manteau la « Charte du Nord », rassemblant des revendications. Les caisses de l’Etat étaient vides. On commença à voir apparaître le phénomène de xénophobie. Des émeutes « anti-ganéens » eurent lieu. Gbagbo a dénoncé l’existence de « faux électeurs » immigrés (cette pratique existait déjà sous Houphouët Boigny). Cette dénonciation d’une fraude s’est retournée en xénophobie.
Quelles sont les possibilités de sortie de crise ? Les questions ont mûri. Les accords de Marcoussis sont remarquables (nationalité, code électoral…). Certains disent que les textes ont été élaborés par les juristes français. Ce n’est pas vrai. Il y a seulement eu intervention de la France sur certains points du droit constitutionnel. Les accords sont extraordinairement précis, tout le programme du premier ministre est fixé.
Il y a un problème de personnes : le choix de Seydou Diarra, qui n’applique pas les accords.
Pour débloquer la situation, l’intervention ne ressort pas du domaine français mais plutôt de l’ONU : une prise de position ferme de Kofi Annan.
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Intervenant : Antoine GLASER, rédacteur en chef, La Lettre du Continent
Le règne de Houphouët Boigny n’a pas permis de régler les problèmes du pays, notamment le problème de la nationalité. Certains se considèrent comme de véritables autochtones, pensent que les autres sont des immigrés provenant des pays voisins. Aujourd’hui, la coupure Nord-Sud cristallise malheureusement le fond de l’affaire.
Si on traite le problème en interne et non avec les pays voisins, on n’arrivera à rien. Il faut une réconciliation entre les communautés en Côte d’Ivoire mais surtout un dialogue avec les pays voisins.
Les questions de fond ne sont pas réglées, même si les textes de Marcoussis sont bien faits. A la frontière ouest, de jeunes libériens peuvent acheter des armes, le pays est coupé en deux. Gbagbo prépare sa réélection en 2005, achète des avions en ex-Yougoslavie. L’ensemble des partis se délite. Le PDCI éclate. Les rebelles « de terrain » se déchirent avec les rebelles « politiques ».
Plusieurs problèmes vont se poser : les salaires, les frontières avec le Libéria, le fonctionnement du Nord.
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Intervenant : Alain FLANDROIS, directeur général, GEOS
(GEOS offre son concours aux entreprises pour la maîtrise et la gestion des risques internationaux et concurrentiels).
Il existe des signes d’un début de sortie de crise (constitution d’un gouvernement). Mais il existe aussi des signes négatifs :
- les mots excessifs employés par la presse en Côte d’Ivoire : radicalisme de certaines prises de position ;
- tout le monde s’est armé. On relève la présence de mercenaires, de Libériens armés des deux côtés, des alliances opportunistes, la rupture de chaînes de commandement laissant des soldats « chefs de guerre » livrés à eux-mêmes.
Sur le terrain, les positions militaires sont figées, ce qui laisse du temps pour trouver une solution politique.
On peut être inquiet sur ce qui se passe à l’Ouest : grand banditisme, résurgence ethnique.
La situation est donc précaire. Les flux commerciaux ne circulent pas à cause de la fracture Nord / Sud. Mais il ne faut pas sous-estimer la Côte d’Ivoire et la mobilisation régionale.
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Discussion
· Christian de la Rochère, ancien Ambassadeur :
Le pays a connu deux problèmes :
- problème de succession :
- la tentative de captation de l’héritage d’Houphouët Boigny, alors que les normes constitutionnelles étaient d’une clarté absolue ;
- un pays fragile du fait de l’importance de sa population immigrée ;
- l’alliance Gbagbo / Ouattara (n’oublions pas que celui-ci était tout d’abord pour le retrait du droit de vote aux étrangers) ;
- il n’y a pas eu de mutinerie, le fait que tout ait bien été organisé le prouve : on doit s’interroger sur la participation étrangère au conflit, notamment du Libéria.
Il n’y aura pas de solution tant que l’on n’aura pas donné de réponse à ces deux questions.
· Amnesty international relève l’impunité des crimes commis des deux côtés. Les crimes se répondent de part et d’autre. Amnesty publie un compte-rendu à ce sujet sur son site internet. Il est prévu que le gouvernement ivoirien mène des enquêtes.
Perspectives sur la crise irakienne
Intervenant : Frédéric BOZO : la question transatlantique
Deux visions s’opposent :
- pour la France :
C’est une énième crise transatlantique, à certains égards prévisible. Elle se distingue de la crise en Afghanistan (qui était sous l’article 5) car il n’y a pas ici de menace directe. L’essence de l’alliance n’est pas en jeu. On peut aller assez loin dans l’opposition aux États-unis.
- pour les États-unis :
C’est une crise d’un type nouveau car nous sommes dans une période fondatrice, indissociable du 11 septembre. L’article 5 est applicable : des intérêts vitaux sont en jeu. L’aveuglement des alliés n’est pas compris et selon les Américains, tout positionnement met en jeu l’alliance.
Les enjeux sont graves. Il y a un double questionnement :
- pour les Américains : les alliés contribuent-ils encore à la sécurité américaine ?
- pour les Européens : les Américains acceptent-ils encore les règles de la sécurité collective ?
Quelle est l’évolution probable du conflit ?
- la dimension militaire de la crise aura peu d’importance du point de vue transatlantique : les Américains attendent peu des alliés et ils sont prêts. Les alliés ne compteraient militairement que si le scénario s’avérait très négatif (utilisation d’armes de destruction massive par les Irakiens). L’après-conflit reviendra certainement aux Européens qui voudront se faire pardonner leur absence.
- la dimension politique est importante. Même dans le cas où il y aurait absence de majorité (et donc pas à utiliser le veto), on retiendra que la France a dit non.
A long terme, plusieurs questions se posent :
- les Américains sont-ils prêts à se remettre en question ?
- les Européens sont-ils prêts à accepter dans le Conseil de sécurité la notion d’intervention préventive ?
Si ce compromis est possible, l’alliance évoluera.
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Intervenant : Hans STARK : l’Europe
Les divergences sur le lien transatlantique sont anciennes.
- la Grande-Bretagne rejette l’idée d’autonomie d’une sécurité européenne.
- les pays de l’Est également. Ils veulent une Europe économique et non politique. Ils refusent le leadership du couple franco-allemand, d’où leur soutien aux États-unis.
- l’Italie et l’Espagne refusent que le couple franco-allemand mène le jeu au sein de l’Union européenne.
- autre facteur de division : la neutralité de certains pays de l’Union européenne.
- l’Allemagne a envoyé des soldats dans les Balkans, et ne peut donc se présenter comme une Nation pacifiste. Dès 2001, Schröder a dit non à la guerre en Irak. Un léger fléchissement existe : le recours la force comme dernier recours possible. Les Allemands sont eux-mêmes profondément divisés.
Conséquences pour l’Union européenne :
- la PESC n’existe pas, la crise l’a bien montré ;
- il n’y aura pas d’union politique à 25. Nous aurons donc une Europe à plusieurs vitesses, ce qui était pourtant refusé, car les divisions sont nettes. Ce sera sans doute un facteur d’affaiblissement interne.
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Intervenant : François GODEMENT : l’Asie
L’Asie est muette. Quelles en sont les raisons ?
- elle est, par le hasard historique, très peu représentée au Conseil de sécurité ;
- il n’existe pas de réflexe d’union régionale ;
- les Asiatiques analysent leurs propres intérêts au lieu de formuler un jugement global.
Il existe plusieurs pôles :
- le Japon :
Il voudrait obtenir des assurances économiques des Américains. Si le conflit est avéré et que le Conseil de sécurité est dévalorisé, le Japon en profitera pour accélérer sa candidature au Conseil. Le Japon est contre cette guerre mais avait approuvé la première guerre contre l’Irak. Il s’inquiète pour les conséquences économiques du conflit.
- la Chine :
Son silence actuel est assourdissant. Par le passé, elle a utilisé son droit de veto, mais toujours dans son intérêt immédiat. Elle a des contacts avec les États-unis pour connaître le devenir des sociétés pétrolières. L’opinion intellectuelle suit la ligne européenne, mais le régime interdit les manifestations et reste largement pro-américain. Les Chinois pensent que les Américains vont s’enliser en Irak. Cette position ne va pas au-delà.
- Asie du Sud-est :
L’inquiétude domine dans cette région qui a le plus à perdre dans une guerre. Le poids des communautés musulmanes y est important. La région est par ailleurs la plus dépendante du problème pétrolier.
Le parallèle fait avec la Corée du Nord est étonnant. La presse semble avoir découvert soudain l’existence de ce pays. On assiste à des réflexions du type « café du commerce ». Ce n’est pas la première fois que la Corée du Nord cherche à profiter d’une opportunité pour basculer le rapport de force, ce qui rend relatif son caractère nuisible. La Corée du Nord est parfaitement isolée et est pratiquement dépourvue d’alliés. Le parallèle avec l’Irak ne tient pas. Certes il y a violation des accords de Genève de 1994 conclus avec les Américains et annonce du retrait du traité de non-prolifération, mais cela signifie seulement que les Coréens du Nord ne veulent pas se faire oublier. Au contraire, le problème de l’Irak est un problème d’instabilité régionale.
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Intervenant : May CHARTOUNI-DUBARRY : Irak et Moyen-Orient
Le Moyen-Orient est une région imprévisible et sismique. L’objectif politique de Bush est le renversement du régime irakien pour remodeler le Proche-Orient. On peut s’interroger sur la validité du « cercle vertueux ». L’hypothèse de départ pour les Américains est qu’un changement de régime est une condition indispensable à la paix. Mais l’équation paix-démocratie n’a jamais été vérifiée au Proche-Orient. Par exemple, la Jordanie et l’Egypte sont parvenus à la paix avec Israël sans être des démocraties. A l’inverse, Israël bien que démocratique a eu deux premiers ministres opposés à la paix.
Plusieurs incertitudes existent :
- quelle alternative au régime actuel ? Le pays est atypique, multi-ethnique, multi-confessionnel. On a souvent dit que le pays est ingouvernable. Le projet Bush d’un Etat fédéral reste très fragile.
- quelle sera la réaction du peuple irakien ? Plusieurs études montrent que la société irakienne est épuisée par 8 années de guerre avec l’Iran, 12 années d’embargo. Tout changement est le bienvenu mais pour qu’il soit accepté, il faudra que la présence américaine apporte les dividendes de la paix : reconstruction économique et réhabilitation de la communauté internationale.
Il existe un risque de chaos, de vide politique. L’opposition entre les kurdes et les chiites rentre dans le jeu des puissances régionales : Turquie, Iran, Arabie saoudite, Syrie, Koweit, Jordanie. La question de l’avenir de l’Irak est déjà source de tensions entre l’Iran, qui abrite des opposants chiites, et l’Arabie saoudite, qui veut éviter un pôle chiite irakien.
La clef de la stabilisation passera par un règlement juste et durable du conflit israélo-palestinien.
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Intervenant : Dominique DAVID : Scénarios de guerre
Objectifs :
- prendre le contrôle du régime politique ;
- stabiliser le pays, assurer un minimum d’unité ;
- stabiliser le rapport de ce pays avec son environnement : Jordanie, Turquie, Iran.
Obligations :
- faire vite ;
- éviter la conquête séquentielle du pays province par province ;
- éviter l’usage d’éventuelles armes de destruction massive visant les Américains ou des zones pétrolières ;
- éviter la bataille dans Bagdad.
Il existera deux rythmes opposés :
- les Américains qui doivent agir très vite ;
- les Irakiens qui doivent les ralentir coûte que coûte : par un désastre pétrolier, ou par une bataille dans Bagdad.
Manœuvres possibles :
- le binôme classique, avec une grosse préparation de feu (action plus courte et plus moderne qu’en 1991), puis un mouvement massif de troupes ® une guerre semi-lourde pour être rapide.
- il y aura vraisemblablement un mouvement vers l’ouest du pays (pour sécuriser Israël) et un front nord (région kurde et pétrolière). La question est de savoir si ce front sera activé par les Américains, les Turcs ou les Kurdes.
Moyens :
- il y a volonté de précision. On parle de bombes à micro-ondes qui détruiraient le système électrique irakien (mais les civils seraient alors aussi affectés) ;
- la carte majeure est l’inhibition des armes irakiennes. On connaît les moyens de la garde irakienne. Le problème est de savoir s’il existe des armes de destruction massive.
La guerre sera probablement déclenchée plus vite qu’on ne le pense. Les questions de météo ne sont pas réellement importantes. La guerre pourrait être courte. L’enlisement commencera le lendemain de l’installation du gouvernement par les Américains.
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Intervenant : Thierry de MONTBRIAL
Nous vivons les conséquences non du 11 septembre mais de la chute de l’Union soviétique.
La guerre était inévitable depuis longtemps, quelles que soient les circonstances onusiennes. Depuis l’été dernier, aujourd’hui encore, les commentateurs hésitent. La guerre est pourtant une certitude car la vision géopolitique du président Bush n’a rien à voir avec les objectifs affirmés. Certes, le but est la destruction des armes, mais l’objectif est en réalité plus ambitieux : transformer toute la région, pour le bénéfice des États-unis mais aussi du monde. Ce but est inscrit depuis le début de la présidence Bush, le 11 septembre n’ayant fait que le catalyser.
L’opinion majoritaire américaine est aujourd’hui en faveur de l’action hors ONU. Donc, elle ne sera pas un frein. Il est impossible que le président américain fasse marche arrière.
Ce qui est en revanche surprenant est l’extraordinaire montée de la fronde anti-américaine. Quelles en sont les raisons ?
- Bush lui-même. Il paraît que c’est un homme sympathique, le fait qu’il ait été élu par les Américains le prouve. Mais du point de vue de l’étranger, l’image qu’il n’a cessé de projeter est incroyablement négative, dans tous les domaines. Il donne l’impression d’un immense mépris. Même si cette rugosité n’est pas déterminante, elle contribue au problème.
- la raison plus fondamentale est que personne ne souhaite que le nouveau système international issu de l’effondrement du bloc communiste soit monopolaire, avec une hégémonie américaine.
La France a joué un rôle majeur. Elle a été soupçonnée au départ de marchander son soutien, mais progressivement, le monde s’est rallié à elle, y compris les pays qui soutiennent officiellement les États-Unis (Tony Blair en difficulté au sein de son propre parti, Aznar difficile à comprendre et isolé dans son propre pays).
La Corée du Nord représente réellement un problème en raison de son développement nucléaire. Elle pourrait organiser des circuits de vente de matériel. Nous sommes tous ses alliés objectifs car nous maintenons ce régime.
En ce qui concerne l’Europe, les pays candidats à l’élargissement ont les réactions les plus pro-américaines, contre le couple franco-allemand. Passer à 25 semble dangereux alors que la Convention risque de ne passer. On ne soulève pas assez ce problème.
La question de l’avenir de l’OTAN est plus que jamais ouverte. La crise aura des traces. Mais les Américains ont besoin de nous : il ne faut pas dramatiser les choses.
Le droit international a plutôt bien rempli sa fonction, quelle que soit l’issue. L’ONU ne volera pas en éclat, même si des imperfections existent.