|

L’AUSTRALIE EN QUÊTE
D’IDENTITÉ
juin 2000
Ile-continent grande comme quatorze fois la
France, l’Australie couvre 7,7 millions de km². Trente fois plus vaste
que la Nouvelle Zélande, elle est naturellement la puissance dominante
de l’Océanie. Si l’Australie est immense, elle ne compte néanmoins
que 18,3 millions d’habitants, ce qui fait d’elle le moins peuplé
des continents. Cette situation est surtout due aux conditions climatiques
de la région, l’Australie relevant du monde tropical et humide au
nord, et du monde aride pour les 2/3 de sa superficie. La population, essentiellement
urbaine, est très inégalement répartie et se concentre
dans le sud-est : Sydney et Melbourne abritent à elles seules 40
% des habitants. Face à une Asie surpeuplée, l’Australie
risque de se trouver confronter à un réel problème
démographique.
I - Des atouts économiques mais
de sérieux problèmes internes -
A) Croissance économique.
L’économie australienne a remarquablement
bien résisté à la crise asiatique. Elle connaît
un cycle de croissance élevé depuis 1993 (3,6 % cette année).
Dans son rapport annuel, le FMI vient de juger très favorablement
la situation économique du pays, vue comme la conséquence
directe d’une politique budgétaire sage, de la maîtrise de
l’inflation (inférieure à 1 %) et des réformes engagées
pour libéraliser le marché du travail. L’apparition d’une
TVA de 10 % au 1er juillet 2000 est actuellement au centre du débat
politique, le gouvernement menaçant de sanctionner les entreprises
qui augmenteraient exagérément leurs prix, ce qui provoquerait
une forte reprise inflationniste.
Le chômage est tombé au-dessous
de 7 %. Fortement développée dans le secteur minier, l’économie
de l’Australie repose également sur l’industrie agro-alimentaire
et l’élevage. Il faut souligner le développement spectaculaire
de l’internet et du commerce électronique, favorisés par
l’éloignement de l’Australie, sa pratique de l’anglais, la dispersion
de ses habitants.
B) Politique intérieure.
Le Premier ministre John Howard a été
réélu en octobre 1998, mais la coalition conservatrice qu’il
menait a perdu des voix au profit des travaillistes. Par ailleurs, le parti
One Nation de Pauline Hanson a marqué un net recul, avec 8,4 % des
suffrages. Il ne faut cependant pas négliger le poids de cette formation
nationaliste, anti-aborigènes et anti-asiatiques, qui reste la troisième
force politique du pays, tirant sa force des régions rurales (le
bush) où le mécontentement est important. Un certain électorat
peut être séduit à un moment où les autres partis,
déconnectés de la population, appellent de leurs voeux une
Nation multiculturelle, et parlent d’un « changement inévitable
». Selon les sondages, 65 % des Australiens se déclarent inquiets
au sujet d’un certain nombre de questions : le niveau et le caractère
de l’immigration, la division de la société par le multiculturalisme,
le chômage dans les villes et les banlieues, les effets de la mondialisation.
Deux questions qui devaient évoluer
cette année sont restées en suspens : le passage de l’Australie
à la République et le statut des aborigènes.
- La question aborigène reste entière.
Les habitants originels du continent, qui représentent aujourd’hui
1,6 % de la population, n’ont obtenu la citoyenneté qu’en 1967 et
ne cessent de revendiquer leurs droits sur les terres confisquées
par les colonisateurs britanniques du siècle dernier. Malgré
l’apparente compréhension du gouvernement, une nouvelle législation
dite « Wik » est venue limiter le droit à restitution
des terres qui avait été pourtant introduit tel un séisme
juridique en 1992. Les aborigènes restent les perdants du système
: ils connaissent un taux de mortalité infantile trois fois supérieur
à la moyenne nationale, une espérance de vie inférieure
de 15 à 20 ans, un taux de chômage cinq fois plus élevé.
- L’Australie est un Etat fédéral
et indépendant qui reconnaît la souveraineté de la
reine d’Angleterre et qui fait partie du Commonwealth britannique. Depuis
8 ans, l’Australie se demande si elle doit rompre le cordon ombilical qui
la relie à l’Angleterre. Le 6 novembre 1999, les Australiens devaient
se prononcer sur l’adoption d’un nouveau statut constitutionnel, qui aurait
transformé l’actuelle monarchie britannique en République.
Une seconde question portait sur l’ajout à la Constitution d’un
préambule sur le peuple australien, introduisant une référence
officielle aux aborigènes.
Les Australiens ont rejeté les deux
propositions. Ils semblent craindre de perdre la stabilité du système
actuel. Les résultats s’expliquent aussi par le fait que le référendum
proposait que le nouveau chef d’Etat soit choisi par le Parlement, alors
que la majorité du public souhaite qu’il soit élu directement.
Ainsi, le référendum n’a pas rencontré « l’effet
2000 » escompté.
II - Politique extérieure de
l’Australie -
A) Le repositionnement de l’Australie.
Les liens constitutionnels avec la Grande
Bretagne puis les liens politiques avec les Etats-Unis durant la guerre
froide ont longtemps maintenu le pays en marge de la zone asiatique à
laquelle le rattache pourtant sa géographie. Mais depuis le début
des années 90, l’Australie a choisi de devenir un participant à
part entière de la sphère Asie-Pacifique et ressent le besoin
d’affirmer une identité propre. Depuis l’abandon de la politique
de « l’Australie blanche », l’immigration asiatique s’est accélérée.
Si cette tendance continue, 20 % de la population seront asiatiques en
2020 contre 3,5 % actuellement. Bien que l’accueil d’Asiatiques soit présenté
comme un atout majeur pour l’intégration dans la région,
cette immigration est devenue un sujet à controverse.
Depuis 4 ans, plusieurs points de discorde
sont venus rafraîchir les relations existantes avec l’Asie :
- l’Australie n’a pas été conviée
au premier sommet euro-asiatique qui s’est tenu en mars 1996 ;
- lors de la crise du Timor-oriental, l’Indonésie
a reproché à l’Australie d’intervenir dans ses problèmes
intérieurs. Début 1999, l’Australie, qui était le
seul pays à avoir reconnu l’annexion par l’Indonésie du Timor-oriental,
a changé de position en déclarant qu’il serait souhaitable
d’envisager une consultation populaire. L’Australie s’est considérée
comme responsable du référendum d’autodétermination
au Timor-oriental et a souhaité jouer le premier rôle lorsqu’une
intervention étrangère s’est révélée
indispensable. Les dirigeants australiens estiment que le bilan de leur
politique asiatique est sans tache alors que les gouvernements asiatiques
expriment, plus ou moins discrètement, leur réprobation.
Les relations entre l’Asie et l’Australie
reposent cependant sur des bases solides. Parmi les dix plus importants
partenaires économiques de l’Australie, six sont asiatiques. 60
% des touristes viennent d’Asie. Les universités australiennes accueillent
bon nombre d’étudiants asiatiques.
B) Normalisation des relations avec la
France.
La visite effectuée en France fin
avril par le premier ministre australien a montré que les disputes
liées aux essais nucléaires appartiennent au passé.
Cinq ans plus tard, il reste peu de traces de ce déchaînement
antifrançais dans nos rapports politiques, économiques, culturels.
La meilleure marque de cette époque sans contentieux nucléaire
est le contrat de retraitement des déchets du réacteur nucléaire
de recherche australien, passé en 1999 par la Cogema, et qui pourrait
renforcer les chances de succès de Technicatome pour la fourniture
d’un nouveau réacteur. Bien que premier pays au monde pour les réserves
d’uranium recensées, l’Australie a pratiquement cessé tout
développement du nucléaire depuis 1972 et ne dispose que
de ce réacteur destiné aux besoins de la recherche, de la
médecine et de l’agriculture.
Aujourd’hui, la France entretient avec l’Australie
des relations limitées mais satisfaisantes. La coopération
militaire franco-australienne dans le Pacifique sud s’est notablement développée
au cours de ces dernières années. Cependant, la position
française sur les questions de commerce international continue de
rencontrer un fort désaccord du côté australien, qui
s’oppose, au sein du groupe de Cairns, à la plupart des subventions
agricoles et des protections douanières de l’agriculture.
220 entreprises françaises sont installées
en Australie. 13ème fournisseur de l’Australie, nous y sommes également
le 7ème investisseur étranger, mais nos efforts pour attirer
les investisseurs australiens en France n’ont guère eu encore de
résultats. L’enseignement du français a bien résisté
à la promotion maladroite des langues asiatiques et notre présence
artistique ne cesse de s’affirmer, comme on le constatera à l’occasion
des Jeux olympiques de Sydney en septembre prochain. Nous avons beaucoup
à gagner de nos rapports avec l’Australie, où nos concitoyens
constituent de loin la plus forte communauté française dans
la région Asie-Océanie.
|